Dr Algernon: L’ Amérique n’est pas PAS post raciale: la xénophobie,l’islamaphobie,le racisme et le 44ème président

Pluton Magazine: Pour commencer, pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs français ?

Dr Algernon : Je suis sociologue et j’ai étudié différents aspects des relations raciales pendant plus de deux décennies. Outre mon métier d’auteur et de consultant sur des sujets liés aux questions raciales, économiques et politiques aux États-Unis, je suis chargé de recherche supérieure au Centre pour des solutions politiques globales, à Washington, D.C. Par le passé, j’ai occupé le poste de directeur du Programme sur les races, l’ethnicité et l’économie de l’Institut de politique économique, à Washington, D.C.

 Quel est l’objectif d’un tel livre et quel message cherchez-vous à faire passer ?

Je me suis intéressé au phénomène des « anti-Obama », les personnes qui détestent passionnément Barack Obama, car je ne comprenais pas les nombreuses attaques et condamnations dont Obama était la cible. Beaucoup d’« anti-Obama » affirment que le président Obama est un dictateur d’extrême gauche qui hait les blancs et qui tente de détruire l’Amérique. Le Barack Obama qu’ils prétendent décrire ne ressemble pas au Barack Obama que je vois.

J’ai commencé à me demander quel était le rôle de la race dans cette haine contre Barack Obama. De nombreuses personnes ont suspecté que cela était lié mais beaucoup de critiques conservateurs ont affirmé que ce n’était pas une question de race mais que les actions d’Obama les avaient poussés à s’opposer à lui. J’ai eu l’impression qu’il manquait une analyse rigoureuse de l’avis de l’opinion publique américaine sur le sujet.

Mon analyse des données d’un sondage représentatif au niveau national confirme que le sentiment contre les noirs est un facteur déterminant de la haine envers Obama. Mais j’ai également été surpris de constater que la xénophobie et l’islamophobie étaient également des éléments de la haine contre Obama. Les « anti-Obama » ne le considèrent pas comme un Américain mais comme un musulman. Comme ils sont persuadés que les immigrants sont néfastes pour l’Amérique et que les musulmans sont profondément anti-américains, ils pensent qu’Obama déteste l’Amérique et veut la détruire.

Quel type de réactions avez-vous reçues de la part des lecteurs ?

Je pense que les gens ont apprécié le fait que j’aie confirmé leurs suspicions sur les motivations qui se cachent derrière la haine contre Obama. Mais le public a été surpris par le niveau de haine contre les minorités en Amérique. Il est important de noter que cette analyse a été effectuée avant que Donald Trump n’annonce sa candidature à l’élection présidentielle. J’ai découvert qu’environ 20 pour cent des Américains nourrissaient un fort sentiment contre les immigrants, quelque 20 pour cent, un fort sentiment contre les hispaniques, environ 30 pour cent, un fort sentiment contre les noirs et quelque 40 pour cent, un fort sentiment contre les musulmans.

 

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Dans le livre, j’aborde également ce que j’appelle la « mentalité de victimisation des blancs » en Amérique. De nombreux Américains pensent que les non-blancs oppriment les blancs ou sont une menace pour ceux-ci en Amérique. Ce point de vue ne repose sur aucun fait. Politiquement, les blancs sont surreprésentés au sein du pouvoir politique. Économiquement, tous les indicateurs économiques démontrent que les blancs s’en sortent mieux que les hispaniques et que les noirs. Et en ce qui concerne les aspects négatifs, comme le taux d’incarcération, les hispaniques et les noirs sont plus nombreux. Mais, alors que la proportion de la population non blanche croît en Amérique, ce sentiment de victimisation des blancs devrait encore se développer et entraîner davantage de conflits au sein de la société.

La force de ce sentiment de haine contre les minorités a surpris le public et le fait que tant de gens pensent que les blancs sont le groupe minoritaire opprimé en Amérique a choqué de nombreux lecteurs.

Quel est votre sentiment sur l’actuel débat politique pour l’élection présidentielle, par rapport à ce que vous avez écrit ?

La peur des immigrants et des musulmans et la haine envers ceux-ci correspondent aux résultats de mes recherches. Comme l’indique le titre de mon livre, après l’élection de Barack Obama, de nombreux Américains ont voulu croire que l’Amérique en avait fini avec la ségrégation raciale et la haine envers les minorités raciales et ethniques. Beaucoup ont cru que le racisme – s’il existait en Amérique – ne s’exprimerait plus que de manière subtile et cachée. L’idée s’est avérée erronée.

Les expressions du racisme étaient passées sous silence avant l’élection de Barack Obama car le statu quo des privilèges des blancs en Amérique n’était pas remis en cause. Comme il n’y avait pas de mouvement antiraciste significatif, les racistes n’avaient aucune raison de se plaindre. Mais l’élection d’Obama a, de façon symbolique, perturbé les Américains qui étaient en faveur de la suprématie blanche. Par ailleurs, au cours des années Obama, nous avons assisté à un activisme en faveur des immigrants, au mouvement Black Lives Matter (les vies noires comptent) et à la volonté des musulmans de pratiquer leur religion et tout cela a énervé les suprématistes blancs. Et aujourd’hui, les principaux thèmes du débat électoral sont la xénophobie, l’islamophobie et le racisme.

 

Propos recueillis par

Dominique Lancastre CEO

Crédit photo PBS.org

 

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