Embarquement immédiat (IV): une Lorraine à Haïti…Pauline Dillenschneider

logopluAvant de partir, j’étais à Bordeaux où je venais de finir mes études d’histoire-géographie.Depuis l’âge de dix ans, je vivais entre la Lorraine et les Landes et finalement, j’ai choisi Bordeaux pour l’université… Pas loin de l’Atlantique que j’ai vu pour la première fois quand j’avais 9 ans et auquel j’étais et suis toujours attachée

Ce départ était planifié depuis quelques années. C’est moi qui avais pris la décision de venir avec mon compagnon de l’époque. Alors, c’est l’amour qui m’a menée en Haïti et c’est toujours l’amour qui m’y a fait rester. L’amour du pays… Natif, natal comme on dit ici !

Je suis arrivée en Haïti le 12 Janvier 2012, donc cela fait 4 ans et près de 4 mois que j’y vis ! Eh oui, je donne toujours le décompte exact quand on me pose cette question ! Allez savoir pourquoi !

12705479_10154002239088701_3027688179576847126_n (1)La France est pour moi le pays où je suis née, ai été élevée et qui est une partie de moi… J’y ai ma famille et mes amis que je visite au moins chaque année. Et puis il y a l’Atlantique…
Quand on pense à Haïti, on pense que c’est le soleil, le farniente, le rhum et le prestige, la mer et les cocotiers ! Pas du tout sous certains aspects ! Ici, la vie commence très tôt ! On vit avec le soleil. On sait comment débute la journée mais jamais comment elle va finir !
J’ai une vie bien remplie, je ne vois pas le temps passer et ceci me plaît ! Mon cerveau tourne à cent à l’heure ! Je suis professeur de français à l’Institut français sis en Haïti, à Port-au-Prince, depuis mon arrivée. Je donne des cours à des adultes (Haïtiens et étrangers) mais aussi à des enfants et des adolescents. Je ne suis pas plus Haïtienne que Lorraine ! Je suis moi, tout simplement ! Ce que je peux dire est que la Lorraine est ma région de naissance mais Haïti est le pays où j’ai choisi de vivre… Elle m’a donné l’opportunité de réaliser un rêve d’enfant, à savoir enseigner le français. Dans cette mesure, je me sens privilégiée. Pour moi, Haïti est le pays de tous les possibles et de tous les impossibles !

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Sincèrement, je ne pense pas revenir vivre en France. Comme je l’ai dit précédemment, j’ai trouvé ma place en Haïti. Elle m’a permis de me trouver… J’ai ma vie ici et mes projets…

 

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Lors du tremblement de terre, j’étais à Bordeaux. Je m’en souviens très bien. Je me suis réveillée et la télévision était restée allumée toute la nuit. Je suis tombée sur la matinale de Canal + qui diffusait un reportage sur Haïti. Je pensais que c’était sur la pauvreté et que l’on montrait Haïti en exemple. Quand il y a eu le retour plateau, sur l’écran géant figurait une photo du Palais National effondré, titrée en gros caractères « Tremblement de terre en Haïti »… J’en suis tombée du canapé, je pensais que c’était un cauchemar et que j’allais me réveiller. Hélas non… Une fois revenue à la réalité, tout ce que l’on souhaite est de contacter les proches que l’on sait là-bas. Ce que j’ai fait jusque tard dans la nuit. La dernière personne dont j’avais réussi à avoir des nouvelles était ma meilleure amie qui était partie vivre là-bas deux ans plus tôt.

 

Même si on ne vit pas ce drame en direct, l’angoisse s’installe et l’attente est terrible car on a le temps de s’imaginer tous les scénarios possibles. Les réseaux sociaux ont été d’une grande aide.

P1030186 (4)Le pays a avancé dans une certaine mesure. Par exemple, depuis mon arrivée, les camps établis après le séisme ont disparu, même si certains camps cachés existent encore. La vie a repris le dessus, ce que j’aime dans ce pays. De nouvelles infrastructures ont été mises en place à tous les niveaux. Mais les choses ne peuvent pas se faire en un jour. On sent un changement latent. Je n’ai pas encore appris le créole par manque de temps, par paresse, mais aussi de peur de mal le parler. Je passe la plupart de mon temps au travail où je baigne dans un univers francophone. Mais je comprends le créole. Et quand je suis dans la rue, je mets mon créole en pratique et j’arrive à me faire comprendre. Mais je dois avouer que mon blocage est parti et que maintenant j’ose me lancer. En même temps, mes étudiants m’apprennent les expressions, ce que j’adore ; le créole est très imagé ! Et puis, quand j’en ai besoin, je fais appel à mon prof de créole !
Ma vie tourne principalement en ce moment autour de mon travail, auquel je m’adonne avec passion. J’adore enseigner le français. C’est ma manière à moi d’être utile à Haïti. Je travaille du lundi au samedi dès 7 heures. Généralement, je finis vers 16 heures. Et là je rentre chez moi ou je passe dans mon restaurant ou plutôt mon spot, où je me pose seule ou avec mes amis pour refaire le monde !
institut français d'haiti (1)J’aime marcher dans la rue où je me sens à mon aise ! Je m’y sens anonyme après une journée où j’entends fuser partout « Madame Pauline » ! Et ce qui est drôle, c’est que l’on pense que je suis Argentine dans la rue ! Alors quand on me parle en espagnol, je réponds dans la même langue !
Une autre chose que j’affectionne est la moto avec laquelle je me sens libre ! Et puis c’est un moyen de transport rapide même s’il est dangereux, car en Haïti il y a « anpil blokis » ! C’est l’excuse favorite de mes chers étudiants retardataires ! Comme s’il n’y avait qu’en Haïti que se produisent des embouteillages ! Pendant mon temps libre, je cours à la mer ou à la montagne ! C’est extraordinaire d’être ici et de pouvoir être en symbiose avec la terre et la mer, les deux éléments qui me sont nécessaires…
Sinon, je pars à la découverte du pays…
DSCN1817Je conseille Haïti comme destination de voyage car c’est un pays qui mérite d’être découvert, connu, tant pour ses habitants chaleureux et accueillants que pour ses paysages et sa nature qui change d’un point à l’autre du pays !Ici, j’ai appris à relativiser les évènements, à revenir aux choses simples de la vie, à me connaître, à savoir qui je suis… Haïti cache beaucoup de choses que l’on découvre au fur et à mesure… Il ne se passe pas un jour sans que je n’apprenne une chose ou je ne sois émerveillée par une autre…
Et ce qui est beau est que les Haïtiens, qu’ils soient dans le pays ou résident ailleurs, portent Haïti en eux… Comme je disais à mes amis haïtiens installés à Bordeaux : « Si Haïti n’existait pas, vous l’auriez créé… »
Mesi anpil Ayiti chewi pou tout bagay…
Propos recueillis par Dominique Lancastre

CEO Pluton-Magazine.

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