L’avocat et le rêve

 

Tout avocat s’est réveillé un jour après avoir passé la nuit à plaider son dossier, et je n’ai pas échappé à la règle. Bien évidemment, dans un rêve, tout est plus beau, plus fort, le verbe est juste, la parole fluide et le dossier gagné !

Mais au réveil, tout n’est pas aussi simple. D’abord, vous imaginez bien qu’après une telle nuit, la fatigue se fait un peu ressentir…Et puis, tout est à recommencer car l’on ne se rappelle pas vraiment le contenu de notre plaidoirie. Un brin contrarié, je me demande alors si le droit et le rêve font bon ménage.

Tiens, d’ailleurs, le rêve existe-t’il en tant que concept juridique ? Autrement dit, un rêve peut-il créer du droit ? Sur le plan civil, il est certain que non.

 

Mais au pénal, puis-je être poursuivi pour avoir rêvé que je tuais ma voisine ? Surtout si l’on découvre son cadavre deux jours plus tard et que j’ai raconté mon songe à un tiers. Et autre cas : si je tuais quelqu’un pendant que j’étais sous l’emprise d’un rêve ? Pourrais-je plaider l’irresponsabilité pénale, le fameux « responsable mais pas coupable » ?

 

Et là, mes interrogations s’accélèrent : mes rêves sont-ils protégés par l’article 9 alinéa 2 du Code civil relatif à la protection de la vie privée ? ils relèvent pourtant bien de mon intimité profonde, et un tiers a-t’il le droit de les divulguer ?

 

Mieux encore, si j’avoue un délit ou un crime lors d’une séance d’hypnose, même volontairement consentie, cet « aveu » constitue-t’il une preuve recevable ?

 

Eh bien non ! La chambre criminelle de la Cour de cassation a depuis longtemps déjà tranché et indiqué que l’hypnose ne peut pas être utilisée comme mode de preuve car elle compromet les droits de la défense.

Le rêve n’existe définitivement pas en tant que concept juridique. Sous prétexte que je suis avocat, je ne devrais donc pas rêver. Le rêve et le droit seraient donc aussi antagonistes que les torchons et les serviettes.

Et pourtant, régulièrement, je ne peux m’empêcher de rêver qu’un jour les décisions de justice seront rendues dans des délais raisonnables, que les magistrats et greffiers seront en nombre suffisant, que des innocents ne seront pas condamnés, et que les coupables seront punis…euh, ce n’est plus un rêve là, c’est carrément de l’utopie !

 

Aurore Boyard exerce la profession d’Avocat au barreau de Toulon depuis le 5 janvier 1998, date de sa prestation de serment devant la Cour d’Appel d’Aix-en-provence. Elle se définit elle-même comme un Avocat de proximité, traitant d’affaires très différentes, même si elle est titulaire de diplômes en immobilier et contentieux.

Ouvrages:

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