Démocratie ou démocrature, quelle voie pour l’Afrique ?

 

pluton-fbCombien faudra-t-il encore de morts, de blessés graves, de paralysés, de torturés, d’otages, de prisonniers, de milliards gaspillés pour des pays appauvris et endettés, pour qu’enfin les Africains comprennent définitivement que la démocratie, du moins la version qui leur a été octroyée, c’est-à-dire, la tropicalisée, constituée aux fins de gérer leurs cités, de gouverner leurs États, leur a créé à ce jour plus de tort que nulle autre part ailleurs sur la planète terre ?

 

Dakar nov 2005 057De facto, depuis l’avènement des indépendances sur papier, c’est-à-dire, les indépendances factices, proclamées avec un drapeau, un hymne national, mais sans souveraineté véritable des pays africains, combien de millions de cadavres ont été répertoriés en Algérie, en Egypte, en Tunisie, en Lybie, au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal, au Congo Brazzaville et démocratique, au Cameroun, au Burundi, en Centrafrique, au Tchad, à Madagascar, en Guinée et actuellement au Gabon, sous prétexte de démocratie et d‘alternance ?

Comment dans ces conditions, ne pas admettre au regard de ce bilan morbide, que la démocratie censée être au service des peuples en leur permettant de choisir librement leurs dirigeants et leur régime politique, n’a pas apporté aux Africains la succulence tant escomptée des fruits.

En d’autres termes, et tout compte fait, elle n’a pas permis aux différents peuples Africains de choisir librement leur président et leurs représentants au sein des parlements. Ces derniers, faut-il le rappeler, ne sont que des chambres d’applaudissement et d’enregistrement de la volonté du Président qui, dans les faits, est un empereur non proclamé.

Ce dernier compte aussi à son service la cour constitutionnelle, avec des juges corrompus dont la mission ultime est de proclamer ou de confirmer de faux résultats d’élections. Et pourtant, sous d’autres cieux, cette noble institution rassemble en son sein les sages, garants de l’équilibre des pouvoirs, de la légalité des normes et des organes institutionnels.

Au total, la démocratie en Afrique ou encore les élections qui en sont l’expression la plus aboutie, riment  souvent avec leurs  lots de morts, de déportés, d’exilés, d’affamés, de traumatisés à vie. Cette démocratie-là, est-elle vraiment ce que souhaitent les peuples d’Afrique ?

 

 L’urgence du retour au soi

 

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Baobad-au-malgadikgadi

Comme avec l’intrusion et la domination des religions étrangères dites abrahamiques sur la spiritualité et les pratiques cultuelles africaines, l’Afrique noire subit l’impérialisme du modèle occidental sur le plan politique, économique, culturel, etc.  Le continent noir paie un lourd tribut à suivre volontairement, que dis-je, involontairement, la voie imposée par ceux qui vainquirent sans avoir raison. Ce faisant, le continent mère se retrouve à la croisée des chemins, balloté dans un système qui, ailleurs, permet aux peuples d’expérimenter véritablement la puissance de ce qu’est la souveraineté du peuple en décidant librement, dans les urnes, de l’homme ou du parti qui conduira leur destinée collective. En Afrique, contrairement aux apparences, l’expérience des faits montre que cette liberté de choix n’est pas encore possible à l’étape actuelle de notre cheminement politique : que faire ?

Il est donc on ne peut plus urgent pour l’Afrique, qui entend enfin conquérir sa réelle souveraineté internationale, de définir ses priorités et ses choix à l’aube de ce nouveau millénaire. Ce d’autant plus que, face à des défis majeurs de gouvernance, de sécurité, de démographie galopante et de reconquête de notre identité spirituelle, ce n’est certainement pas l’Occident qui nous sortira véritablement de notre condition.

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Aimé Césaire

Le poète démiurge Aimé Césaire, parlant de l’Europe et de tous les malheurs endurés par le continent noir dans sa relation avec l’Occident, disait : « l’Europe est indéfendable » ! Cela se justifie au regard des conséquences de la bulle papale du Pape Nicolas V de 1454, aux termes de laquelle l’église catholique, par le biais de son plus haut représentant, bénit l’esclavage et la traite négrière en ordonnant aux Européens d’assujettir de façon perpétuelle les Africains ; par le Code noir du ministre Colbert (1616 – 1683), qui consacra l’inhumanité des Africains en faisant d’eux des biens meubles vendables sur les lieux publics ; par la conférence de Berlin de (1884 – 1885) avec Bismarck, qui consacra, à son tour, le morcellement et le partage de l’Afrique entre les pays européens, et le tout suivi du pillage de ses biens culturels et cultuels ; par la néo-colonisation avec tous les contrats abusifs d’indépendance,  aux termes desquels les nouveaux pays « indépendants » s’engageaient à laisser à la disposition totale de la puissance colonisatrice, toutes les richesses de leurs sous-sols et sols.

De ce qui précède, il résulte que l’histoire des relations Afrique – Occident est une vieille relation marquée du sceau de l’agressivité et de la violence extrême de la part de l’envahisseur occidental.

Faut-il le rappeler, il ne s’agit point ici de faire des amalgames et des généralisations absurdes. Tous les occidentaux ou tous leurs ancêtres ne sont pas complices des malheurs de l’Afrique. Il s’est toujours agi d’une minorité d’occidentaux, très souvent la plus influente, la plus en vue, celle détentrice du pouvoir suprême.

Dans ces conditions, la nouvelle génération d’Africains, consciente de son histoire, devrait en tirer les conséquences non pas en termes de vengeance mais de vigilance de tous les instants, à l’instar du peuple juif après l’avènement de l’holocauste.

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Cheihk Anta Diop

Force est donc de constater que le temps de la réarticulation, de la redéfinition, de la réorientation des modèles, a sonné. Nous n’avons pas d’autre choix que le choix de nous-mêmes. Nous nous devons de nous réinventer, de nous fonder, de créer dans chaque domaine de nos sociétés, la voie qui est la nôtre en nous rappelant de ce que nous fûmes hier avant l’arrivée et l’agression des peuples d’ailleurs. C’est-à-dire, l’une des plus brillantes civilisations de l’histoire humaine au regard de son apport et de son legs à la postérité. Que les ennemis de l’Afrique le veuillent ou non, l’Afrique renaîtra un jour prochain de ses cendres car telle est la destinée de toute chose sur notre terre des hommes. Rien n’est éternel, tout passe, tout mue.

Aussi, est-il urgentissime pour les jeunes africains de s’armer de science et de connaissance pour reprendre l’invitation, à eux lancée par le père de la modernité scientifique africaine, pardon, le  célèbre savant Cheihk Anta Diop. Tant il est vrai que c’est de cette maîtrise de la science et de la connaissance que naîtront les outils indispensables pour affronter les ténèbres de l’adversité,  aux fins de célébrer la vérité.

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De l’impossible alternance par la voie des urnes en Afrique

 

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Chutes Victoria

Le temps et la mode des coups d’État, qui imposaient une alternance au niveau du pouvoir suprême, étant passés, force est de constater que dans la société traditionnelle africaine, lorsqu’on accède à la fonction suprême de chef, à quelque échelon que ce soit, c’est rarement pour s’en départir plus tard. En général,  ce n’est que par la mort qu’on quitte son titre et/ou sa fonction. Ceci peut donc expliquer sans le justifier, le pourquoi de la résistance de la majorité de nos chefs d’État à la fin de leur mandat, au moment de quitter le pouvoir pour céder leur place.

Il est aussi loisible de remarquer que les fondements, les soubassements de la démocratie furent, dès l’origine, à la veille des prétendues indépendances, biaisés par le colonisateur qui les instaura… Rien de surprenant donc au fait que les régimes illégitimes ainsi installés sur la base de la tricherie, du viol de la volonté populaire et du vol des suffrages du peuple, perpétuent ainsi la tradition de tripatouillage, qui de fait, constitue leur ADN.

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Lac Nakura

Un petit regard sur l’une des premières élections « démocratiques » organisées en 1958 au Cameroun – pays qui incarna au mieux la lutte pour l’accession à la souveraineté internationale des pays africains par voie démocratique, avec un leader charismatique, visionnaire, chantre du panafricanisme moderne, martyr du combat pour la souveraineté réelle  des pays africains et singulièrement du Cameroun,  Ruben Um Nyobe –  nous fait déjà constater les tripatouillages et le détournement de la victoire du parti du peuple, nommé Union des populations du Cameroun (UPC), au profit de l’Union camerounaise (UC) qui était, de fait, un parti à la solde du colonisateur et incarné par son représentant tropical, Ahmadou Ahidjo. Celui-ci signera les fameux accords abusifs d’indépendance, deviendra président de la République et règnera pendant 25 ans avec une violence extrême. Il fit emprisonner, torturer, assassiner, exiler, tous les patriotes qui étaient en divorce idéologique et politique avec lui et ses méthodes  brutales de gouvernance.

Plus de 50 ans après, les mêmes régimes sont encore en place et appliquent avec cynisme les méthodes apprises de ceux qui les installèrent au pouvoir.

C’est donc presque toujours la même musique depuis plus de 50 ans, dans la majorité des pays africains francophones ; à l’exception du Sénégal et du Bénin. Les élections sont truquées, les contestataires sont violentés, emprisonnés ou assassinés. La démocratie est ainsi, depuis les origines, toujours bafouée, l’alternance déjouée, le peuple souverain inconsolable …

Dans cette parodie de démocratie, le vainqueur connu d’avance est toujours le président du parti au pouvoir. C’est lui qui fait changer la constitution pour être éligible à vie, qui organise le scrutin, en fixe les règles, en détermine la date, octroie les moyens, désigne les membres de la commission électorale et de la cour de justice chargée de dire in fine les faux résultats.

Les cérémonies de proclamation des résultats et de prestation de serment sont souvent des moments de cirque à nul autre pareils. Tous les acteurs s’y donnent  avec des talents que ne renieraient pas les plus grands acteurs hollywoodiens. Ils affirment avec ironie et certainement beaucoup de mépris leur attachement à l’État de droit, aux lois de la République  sans oublier leur respect et l’intégrité de la vie humaine.

Le temps est venu d’arrêter avec cette farce nommée démocratie en Afrique centrale. Elle nous affaiblit plus qu’elle ne nous sert. Elle nous divise au lieu de nous réunir ; elle nous appauvrit au lieu de nous enrichir. Elle nous infantilise et nous ridiculise.

 

 L’urgence de nouveaux modèles endogènes

 

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Mont Kenya

À force de tentatives manquées d’alternance, d’échec du renouvellement des régimes politiques, d’emprisonnement de leaders patriotes, les peuples africains ont fini par comprendre que l’alternance n’est pas possible par la voie des élections. L’Afrique doit donc se doter des moyens autres que ceux qui procèdent par les urnes, pour garantir l’alternance à la tête de ses États.

 

Dans cette attente, prendre en otage, pourchasser, punir tous les soutiens locaux de ces régimes illégitimes : ceux qui maintiennent l’Afrique dans l’arriération et à qui profitent directement ou indirectement la confiscation du pouvoir par une minorité, serait-ce la solution pour stopper définitivement cette parodie de démocratie?

Sans partager ces méthodes, Il va sans dire que si c’était le cas, peu d’hommes politiques africains s’engageraient encore à tricher, à ruser, à trahir le peuple comme c’est le cas depuis l’avènement des pseudo-indépendances.

Pour ne pas conclure, il est impérieux pour les Africains, d’inventer de nouveaux modes de gouvernance adaptés à leurs réalités sociologiques, à leur paradigme. Bien plus, les nouvelles générations d’Africains devraient interroger leurs modèles anciens, ceux qui firent de leurs ancêtres en Egypte pharaonique et dans les grands empires du continent, les maîtres absolus du monde ; tant il reste vrai que : « Lorsqu’on ne sait plus où l’on va, il faut se souvenir d’où l’on vient ». L’Afrique doit réécrire son histoire globale et par delà l’histoire de l’humanité entière. Ce, dans le respect des valeurs mâatiques qui sont : la justice, la vérité et l’équilibre du tout.

Pour ce faire, elle doit nécessairement apprendre des autres peuples, et particulièrement de ceux de l’Occident qui a repris l’initiative historique dans bien des domaines, depuis quelques siècles, et particulièrement par de grandes innovations  technologiques au service de l’humanité entière.

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Lac turkana

Toutefois, ce faisant, l’Afrique devra se garder d’assimiler tout de l’école de ceux qui vainquirent sans avoir raison : par exemple, l’école de la guerre, de la fabrication d’armes de destruction massive, de bombes atomiques, de pollution de l’environnement, l’ingérence malsaine dans les politiques et les affaires du reste du monde, et notamment des États dits faibles en les exploitant, en corrompant leurs dirigeants, en pillant leurs matières premières sous diverses formes, en assassinant leurs leaders, etc.

Ce n’est qu’ainsi que le continent noir remplirait véritablement son rôle, celui du fils aîné du monde, mais surtout de phare d’un nouveau monde dans lequel règneront la paix, la sécurité et le bonheur pour tous les humains, indépendamment de leur continent et de leurs nationalités.

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Rédacteur Alain Alfred Moutapam

Secrétaire de rédaction: Colette Fournier

Pluton-Magazine

 

 

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