High-Profile: Sylvie Laporte raconte The Door

De retour de Pologne, Sylvie Laporte nous raconte son parcours dans High-Profile .

« Je rentre juste de Pologne où j’ai été invitée par un ami comédien, Piotr Gasowki, célèbre présentateur à la télévision polonaise. Tout en continuant une intense carrière de comédien, il anime des shows très originaux et atypiques à la télévision polonaise, dans lesquels il joue de tous les instruments et interprète des centaines de rôles de composition, tout en y invitant les plus grandes personnalités du monde artistique polonais.

Il m’a invitée dans le cadre de la sortie de son autobiographie dans laquelle il a eu la gentillesse de me consacrer quelques pages. Aussi m’a-t’il demandé de participer au gala qu’il organisait pour la promotion de son livre à Varsovie. J’ai été très touchée de retrouver cet artiste branché sur une pile de 100 000 kWh,  et son énergie.

 

 

Je l’ai rencontré en 1984 lorsque Jean-Pierre Miquel, alors directeur du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris – dont j’étais élève – puis futur administrateur de la Comédie-Française, avait organisé un échange culturel entre le CNSAD et l’Academia Théâtr Alna de Varsovie, la plus prestigieuse école de théâtre polonaise. Lors de mon récent séjour, tous les  artistes polonais se souvenaient de moi, car j’avais présenté, en 1984, une scène très contemporaine dans laquelle j’interprétais une vieille femme, revêtue des pieds à la tête d’une carapace d’argile verte sculptant ainsi ce que j’imaginais être la vieillesse. J’avais créé cette performance alternative au Conservatoire avec mes deux chers professeurs, Mario Gonzales, maître incontesté de l’art du Masque et de la Commedia dell’Arte dans le monde entier et ex-comédien du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, et Pierre Vial, comédien sociétaire de la Comédie-Française.

J’avais reçu à l’époque en Pologne autant d’ovations qu’à Paris à la présentation de cette scène de Daniel Lemahieu, extraite de sa pièce «  Entre chien et loup ».

Un ancien élève, présent lors du Gala de Piotr, fit la plaisanterie de dire qu’il était surpris de ne pas voir arriver Sylvie avec son masque vert. Cela s’appelle « marquer éternellement les esprits ». C’est rare et précieux pour l’artiste que je suis. Et je l’ai pris pour un grand compliment. Il faisait allusion à La petite vieille ( https://youtu.be/rahhomuhIrQ)

 

Pour ce gala promotionnel à Varsovie, de nombreux acteurs, musiciens et journalistes étaient présents pour célébrer la sortie du livre de Piotr Gasovski, livre qui semble être très comique, mais en même temps qui décrit la Pologne d’avant la chute du mur de Berlin.

Il y avait, entre autres, l’acteur Andrej Chypra qu’on a vu jouer au côté d’Isabelle Huppert à l’Odéon, mis en scène par le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. Ce fut amusant de le rencontrer là, à Varsovie, plutôt qu’à Paris.

Piotr m’a fait l’immense honneur de me demander de chanter devant cette assistance prestigieuse car il savait qu’en plus de ma carrière d’actrice, je menais de front une carrière intense de musicienne et de chanteuse en France.

J’ai chanté une magnifique chanson d’amour, ma préférée, extraite de URBAN OPUS, «  Without You », dédiée à Mickaël Jackson, artiste que j’affectionne tout particulièrement.

 

 

Dans ce nouvel album «  URBAN OPUS »,

4 titres sont en anglais.

J’aime

écrire et

              penser dans cette langue,

                                                          car mes ancêtres maternels étaient anglais.

 

Mon arrière grand-oncle, Henry Ryder, était un musicien reconnu en Angleterre et je tiens  de lui cet héritage culturel,  l’amour et la pratique de la musique. Dans cette grande famille Ryder, tous les enfants  étaient artistes (musiciens, poètes ou peintres) alors que mon arrière-arrière grand-père était un érudit professeur de lettres classiques. Mon arrière grand-père était chef d’orchestre et sa sœur joua du piano à ravir jusqu’à l’heure de sa mort. Ces personnes de ma famille maternelle, libres et un peu fantasques, m’ont influencée durant toute ma vie. Chanter et écrire en anglais est juste un véritable plaisir pour moi et me donne surtout la possibilité d’être comprise et de toucher plus de gens. D’avoir une plus grande audience. C’est mon objectif, car je pense qu’il est souhaitable que je diffuse mon message et mon énergie auprès du plus de gens possible : un message de combat et de lutte perpétuels pour la justice sociale, la Paix, l’Amour et la solidarité fraternelle.

 

Pourquoi cet album arrive-t-il maintenant ?

 

Parce que j’ai décidé d’arrêter d’être seule en scène en piano-voix.

J’ai donné beaucoup de concerts avec ce concept, comme pour mon dernier spectacle-concert      «  Concerto pour Rap en Solo », créé aux Sentiers des Halles et mis en scène par mon complice, le metteur en scène François Kergourlay,  où j’imposais le fait de rapper et de slamer en solo au piano bien avant Abdel Malik.  François Kergourlay  était dans ma promotion au Conservatoire. Il est non seulement metteur en scène, directeur de salles de spectacle, comédien, mais aussi un grand mélomane et surtout un homme de cœur. Une anecdote magnifique accompagne la création de « Concerto pour Rap en Solo »: François m’a proposé d’aller aux Puces pour trouver mes costumes, car je tiens toujours à ce qu’il y ait un travail très précis sur chaque concert. Et nous y avons rencontré Pierre Debauche qui était dans la même démarche. Il nous confiait en sortant un nez de clown de sa poche : «  La chose la plus importante, c’est les chaussures ».  Nous nous sommes tous mis en quête de nos chaussures de scène.

Dans le spectacle précédent «  Divas Blues », je chantais des chansons d’amour, style jazz-blues, écrites et composées par Sophie Meriem Rockcwell.( Divas blues  https://youtu.be/xFZa2PLGdv8 )

J’ai pu tourner partout. J’ai été, grâce à ce concert, sacrée découverte puis révélation du Printemps de Bourges. Mustapha Terki, alors responsable de l’antenne Découverte du Printemps de Bourges, m’a prise sous son aile et est devenu mon manager. Grâce à lui, j’ai pu faire de nombreuses scènes prestigieuses comme les Francopholies de la Rochelle, où j’ai pu donner l’intégralité de mon concert, la Fête de l’Humanité, les Nuits de Champagne, le Festival de Bastia, d’Aubervilliers.  Il a su me proposer des premières parties magnifiques dont celles de William Sheller, Jean Guidoni, Leni Escudero, Giovanna Marini, Jean-Claude Vannier, l’orchestrateur de Melody Nelson de Gainsbourg, et surtout d’Arthur H dont j’ai assuré plusieurs fois la première partie. C’est en effet le chanteur dont je me rapprochais le plus artistiquement et de surcroit un homme très attachant.

Mustapha Terki, à présent directeur fondateur du festival de Musique Meg’Montréal, m’a donné une expérience des grandes scènes, comme des scènes plus petites à l‘image de  la Vieille Grille, les Trottoirs de Buenos Aires, le Sentier des Halles, la Lune des Pirates, l’expérience des  salles  de concert-restaurant,  mais aussi des prisons, des hôpitaux ou des centres sociaux dont je garde un immense souvenir d’humanité, d’authenticité et de nécessité d’intervention.

 

À présent, cette formule pratique et légère, je l’accorde, ne me correspond plus.Je m’ennuie seule sur scène, mais aussi en tournée ou dans les loges.En fait, lorsque je joue, j’entends toutes les orchestrations et vous pouvez imaginer que cela est pour le moins légèrement fatigant (sourires). Il serait égoïste de rester dans cette solitude et de ne pas partager les compositions avec des musiciens.

 

Lors du processus de création, je suis rentrée en résidence pendant 6 mois au Studio Jim Morrison à Paris et  j’ai eu la liberté de pouvoir orchestrer moi-même mes titres. C’est ce que je désirais être capable de faire depuis longtemps.

Romain Mercurol, mon  ingénieur du son, m’a donné cette liberté. Cette rencontre est pour moi capitale, car une symbiose s’est créée entre lui et moi. Il me laissait créer et apporter toutes mes orchestrations tout en suggérant des modifications intéressantes et toujours fort à propos, toujours au service de que je désirais quant aux sonorités et mixages raffinés. Il a apporté de son côté sa part de génie, de musicalité et de liberté pour donner corps à ce magma d’inspiration. Il fait partie des grandes rencontres déterminantes et artistiques de ma vie. Il a su me gérer en sorte. Je n’ai jamais perdu de vue, en studio, l’idée que ma musique devait être avant tout dansante. J’espère y être parvenue et que lors du concert que je prépare,  le public sera debout et dansera. ( Création de  URBAN OPUS : :https://youtu.be/U1QkQRLURVo )

Jusqu’à présent, les scènes que j’ai faites ressemblaient à des théâtres, voire étaient carrément des théâtres à l’italienne comme la magnifique salle du Théâtre du Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris où j’ai été programmée par Jean-Pierre Miquel qui était très partisan de ma double carrière. Une salle mythique, puisque Hector Berlioz y a créé sa «  Symphonie Fantastique « . Hector Berlioz est un de mes compositeurs préférés. Ancienne salle du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris,  l’acoustique y est particulière. C’était un concert magique où tous les élèves et mes amis ont été conviés. Francis Girod et sa classe de cinéma, grâce à l’organisation de Madame Nicole Gasser, ont filmé cette soirée et je garde précieusement cette captation. J’avais ouvert une porte.

Sylvie Laporte et Miou Miou

 

Je sais que désormais, en France, mon côté FAME, que je revendiquais déjà à l’époque au CNSAD, est devenu « normal ».  Et c’est une très bonne chose.Je pense avoir fait partie de ces artistes polyvalents qui ont imposé cette pluridisciplinarité en France, ce qui n’a pas toujours été le cas. Je ne parle pas de l’art de la comédie musicale, mais tout simplement de ce que j’apprends à mes petits élèves de primaire (je suis depuis 3 ans professeur de théâtre pour les enfants, engagée par la Ligue de l’enseignement) : «  Plus vous avez de cordes à votre arc, mieux cela est pour faire du théâtre, qui est pour moi un art complet. »

Je leur parle beaucoup de mon maître Spirituel, Charlie Chaplin, qui pratiquait, en plus d’être producteur et scénariste, de nombreuses disciplines autres que l’art du jeu, de l’interprétation.  Charlot a même été récompensé par l’Oscar de la meilleure musique de film  pour «  Les Lumières de la ville ».

J’ai beaucoup d’admiration pour Jean-Paul Belmondo qui, lui, pratiquait le sport (boxe) de haut niveau et qui ne se faisait jamais doubler pour ses cascades. Son charisme m’a toujours impressionnée ainsi que sa faculté d’être à l’aise aussi bien dans des rôles comiques que dans des rôles  dramatiques. Je déteste les acteurs figés dans un seul genre et qui font la même chose durant toute leur vie. J’aime les acteurs de composition.

Les anglo-saxons, comme d’ailleurs les acteurs africains du Ki Yi Mbock Théâtre d’Abidjan de Werewere Liking, chez qui j’ai séjourné, ou les comédiens de l’Est, justement, de l’Académia Theatr Lena de Varsovie, ont depuis longtemps intégré la notion que l’art du comédien ne reposait pas uniquement sur le jeu, mais aussi sur la capacité d’explorer de nombreuses disciplines comme celle que j’ai pratiquées : la musique, l’apprentissage d’un instrument, le chant, la poésie, l’écriture, la peinture, la danse, l’acrobatie et le Wushu.

Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire

Aussi ai-je été comblée lorsque Jacques Nichet m’a engagée pour jouer la reine Christophe au côté de mon frère Emile Abossolo M’bo dans la « Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire »  , où dans une scène, le personnage doit interpréter un chant haïtien de musique traditionnelle    vaudou.

Nous avons donné ce spectacle dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, ouvrant ainsi la porte à la première troupe africaine et noire dans le lieu le plus prestigieux où tant de grands acteurs comme Maria Casarès ou Gérard Philippe ont posé les pieds. J’ai eu l’immense honneur d’interpréter la fille de  Maris Casarès  dans Hécube d’Euripide, mis en scène par Bernard Sobel au Théâtre de Gennevilliers. Nous avons donné ce spectacle à Berlin, à la Schaubühne,  entourés de grands acteurs comme Vladimir Yordanoff ou Eveline Istria, actrice fétiche d’Antoine Vitez.

 

  

Sylvie Laporte-Maria Casarès.

Puisque je parlais d’Haïti, c’est un pays qui me touche beaucoup, avec lequel je ressens tant d’affinités et qui ressemble dans sa souffrance et sa misère à Madagascar. J’ai pu travailler sur un projet très particulier grâce à Michel et Rosalinde Deville qui m’ont écrit le personnage de la Pianiste dans « Aux Petits Bonheurs », film où la musique était signée Louis Marie Gottschalk, contemporain de Chopin, quarteron Haïtien , compositeur de musique classique aux inspirations créoles.

 

Lorsqu’on est jeune, on ne se rend pas toujours compte des beaux cadeaux de la vie. C’est aussi ce qui fait la beauté de la jeunesse,  de cette insouciance et cette témérité insolente.

 

Je ne remercierai jamais assez les Deville de m’avoir engagée. J’y joue avec Anémone, André Dussolier, Xavier Beauvois, François Marthouret, Nicole Garcia, Michèle Laroque, et surtout Hannah Schygulla qui m’avait tant  touchée  dans le «  Mariage de Maria Braun » de Fassbinder Nous avons noué sur le tournage, qui a duré deux mois, une belle amitié et eu de nombreux échanges sur l’art, le monde des artistes, l’authenticité et la musique. ( «  AUX PETITS BONHEURS »: https://youtu.be/LguPd2GL2Ug )

 

Ma vie n’est pas décousue, mais une broderie finement tissée qui, je l’espère, donnera à la fin un joli voile à travers lequel passera la lumière de la liberté et de l’espoir. Pour revenir à URBAN OPUS, j’ai choisi de présenter 11 chansons de mon répertoire. Le titre annonce déjà une confrontation entre le classique, Opus, classification employée en musique classique et Urban qui évoque la cité, la ville. J’ai grandi une partie de mon enfance  jusqu’à l’âge adulte dans une cité très dure de France, à Beauvais, qu’on appelle la ZUP. J’ai été marquée par cela. Je suis une femme des villes, des cités. Urbaine.

 

Le piano,  les livres m’ont sauvée certainement d’une certaine forme de délinquance qui était de rigueur dans cette ZUP. Grâce à ma mère, j’ai pu poursuivre mes études au Conservatoire de  Musique de Beauvais. Ensuite j’ai rencontré Bernard Maury et George Rabol qui m’ont beaucoup appris.

 

J’ai d’ailleurs une vision assez différente de la délinquance de celle qu’on entend dans les médias et de cette difficulté de la vie des banlieues. De cette stigmatisation évidente. Elle est pour moi avant tout un souci d’urbanisme et non un phénomène dû à l’immigration ou quelque autre mépris des classes populaires quant à l’éducation des familles. Vivre dans des tours a quelque chose pour moi d’anormal, je veux dire de physiquement anormal, comme si on marchait dans le ciel à 200 ou 300m d’altitude et qu’on dormait sur un nuage… Dans le vide. Les sens en sont tronqués, perturbés et déformés. Le manque d’isolation dans toutes ces constructions d’après-guerre et contemporaines a quelque chose de « physiquement » perturbant pour le corps, simplement, et je crois que cela influe sur le comportement.

Heureusement, Urban, cité, banlieue ne rime pas pour moi avec délinquance.

Dans les hautes sphères ou autres milieux sociaux règne une autre forme de délinquance sans doute beaucoup moins visible, mais très grave et dangereuse. Sans parler de la délinquance de certains hommes politiques et de celles de certains hommes de pouvoir (sourire « suivez mon regard). Je traite de ce sujet dans le  titre «  Revolution », un reggae ;  moi, je la veux sans sang, cette évolution.

 

Je veux d’ailleurs en finir  avec cet amalgame entre rap/hip-hop et délinquance. Rap et musique de sauvage remplie d’insultes selon certaines critiques ou, carrément, des groupes qui se vautrent dans la fange d’un simulacre de hip-hop noir américain, les noirs américains fondateurs de ce genre musical extraordinaire. Mes inspirations  sont «  the Last Poets », «  Grandmaster flash » ou «  Public Ennemy ».

 

À l’époque de l’arrivée du Jazz en France, ce fut le même amalgame. Beaucoup d’ignorants taclaient cette musique, la qualifiant d’affreuse musique de «  nègres »,  de sauvages ou de junkies. Le jazz était révolutionnaire comme l’est aujourd’hui le hip-hop.

 

Pour revenir à mon album, les 11 chansons sont très variées, très mixtes comme je le suis moi-même. Je suis métisse, née d’une  maman française et d’un papa malgache. Je ne peux pas tenir à la même place bien longtemps. J’aime les voyages, comme mon papa que je n’ai jamais connu, car il était ambassadeur  de Madagascar partout dans le monde. Il  voyageait sans cesse, préférant défendre la cause de notre pays, QUI EN A BESOIN, plutôt que d’avoir une vie de famille : en Inde, au Japon, à l’île Maurice, en Chine, en Russie, dans les pays arabes… Et il a eu raison, car en son temps, peu de noirs pouvaient avoir une haute  position.S’il était resté en France, il aurait été balayeur. Ou plutôt chef des balayeurs (sourire). Mes parents ont décidé que je garderai le nom de ma mère pour ne pas souffrir du racisme, ici, en France.  À l’époque, la ségrégation raciale battait son plein aux USA et un portrait de Martin Luther King se baladait chez moi. Aussi je m’appelle LAPORTE. POINT. L’histoire prouve qu’ils ont eu raison.

Je suis LAPORTE par ma mère comme chez les Juifs (sourire). THE DOOR.

Souvent on m a hélée  par mon nom, «  Hé, LAPORTE !».  Comme ça, c’est clair.

LAPORTE/THE DOOR. C’est mon nom.

I AM THE DOOR. Comme ça tout le monde comprend (sourire).

J’ai vécu un peu partout : en Turquie,  Bulgarie, Pologne,  Allemagne, Italie, Suisse, Espagne, Sénégal, Côte d’Ivoire, Madagascar, Algérie, Maroc, Tunisie, aux Etats-Unis, en Angleterre, Ecosse, dans tous les départements français, notamment en Guyane, Martinique, Guadeloupe.

J’aime changer d’équipe et de lieu de travail. Aussi ai-je décidé très tôt, à 13 ans, d’épouser la voie des métiers artistiques et de devenir comédienne, ce  qui convient, entre autres, à ce mode de vie qui n’est pas très sédentaire.De la même façon, je ne peux absolument pas écouter le même style de musique.

J’aime toutes les musiques : de Ligeti en passant par Lully pour rejoindre Stravinski (sur lequel je m’amuse à scratcher dans le «  concerto »), le blues, le jazz, la musique hindoue ou amérindienne, le rock, le funk, Maceo, Rick James, Lionel Richie, les Commodores, Earth, Wind and Fire. TOUT. J’aime bien aussi la musique que l’imam chante du haut de son minaret. Aussi je ne comprends absolument pas ce mépris des Intégristes pour la musique puisque Dieu leur parle en sons. Bref ! Comme je hais le fait que Mozart n’ait pas de tombe ou que les Inquisiteurs excommuniaient les artistes. C’est incohérent, sans fondement,  honteux, scandaleux et impardonnable.

J’écoute la musique selon mes besoins sensoriels et mon humeur. J’aime la musique. Je n’imagine pas un monde sans musique, comme le dit Nietzsche. J’ai besoin de la musique pour vivre. De l’écouter, mais d’en faire aussi. La musique est nécessaire.  C’est une nécessité absolue.

 

 

Aujourd’hui, c’est différent. Je présente mon album sous forme de musique digitale.

C’est mon évènement : LA SORTIE DIGITALE DE  URBAN OPUS. C’est ma ligne de conduite.

 

Dans cet album, l’on trouve de nombreuses humeurs « mood »,  des univers divers, et des multitudes d’états d’âme. J’oppose les contraires : la violence et la douceur, le chaud et le froid, la lenteur et la vitesse, les paroles crues et familières,  comme les textes les plus poétiques. Cet album est construit selon mes propres émotions, comme le voyage spirituel et intérieur d’un être en colère vers sa paix intérieure.  Il me ressemble. Tout ce que je ressens comme sentiments, comme émotions, dépend des circonstances de ma vie privée ou de mes réactions diverses face aux problèmes de notre société et du monde qui m’entoure et des problèmes géopolitiques.  Comme les autres, en sorte.

URBAN OPUS est comme les vagues d’une mer parfois calme, parfois très agitée (sourire).

Il y a même parfois des tsunamis ou des bruits de chasse d’eau (sourire).

Il est construit comme un 33 tours dont la première partie est houleuse et la seconde face plus calme, car composée en particulier de reggaes ou de morceaux soul, RNB, aux paroles plus poétiques et douces qui parlent de l’amour universel, comme dans le dernier titre «  Without You », un mix de gospel à ma manière.

Ainsi, je crois qu’il est difficile d’identifier ma musique comme il est assez difficile dans la vie de m’identifier, de savoir de quelle partie du monde je viens exactement (sourire). Je ne suis d’ailleurs pas du tout patriote, remuant un quelconque drapeau au-dessus de ma tête. Je me revendique avant tout comme habitante de la planète terre, et cela, on pourra me le concéder. Dans mes bagages, j’ai tous les livres, les musiques et les plats du monde. Je mange tout  ce qu’il y a, car la vie d’artiste a fait que, parfois, je n’avais pas à manger. Donc je me contente de ce qu’il y a. Et j’ai vu dans mes voyages tant de misère, la famine…

Bref, ma musique est libre. C’est de la musique libre.  De la musique tout court. Peut-être, comme le dit Piotr Gasovski dans son livre, «  Sylvie Laporte est un peu une  anarchiste. »

Je pense que c’est à l’auditeur de qualifier ma musique et non à moi. Moi je donne, lui, reçoit.

Cet album commence par ma profession de foi, mon credo «  Concerto pour Rap en Solo ».

C’est l’INCIPIT de URBAN OPUS.

Je m’inscris ainsi dans la culture hip-hop à laquelle je participe depuis les années 90, durant lesquelles j’ai fondé le groupe de rap/slam acoustique KABA’AL avec le batteur Cyril Atef (batteur de M, Princess Erika, Bumcello avec Vincent Segal, ou de CongoPunk) et le bassiste Olivman avec lequel je m’associais pour ses ateliers de graffitis en Guyane, le département où    Kaba’al s’est exclusivement produit. Nous avons répété dans les caves du Louxor, à Barbès, dont j’avais les clés, « mécènée » alors par Fabien Ouaki, PDG de Tati à qui appartenait ce lieu mythique. Époque un peu folle. Comme dit l’artiste  Lord Esperanza,  « on fait nos choses en silence, jeunes entrepreneurs en Freelance  ».

Nous avons fait de nombreuses télés, radios, concerts en Guyane, en étant récompensés par un vif succès et merveilleusement accueillis pour notre musique originale par les auditeurs guyanais qui sont de fins musiciens.

Je me suis battue à l’époque pour imposer un son acoustique, refusant tout apport de synthétiseurs ou de DJ. J’avais cette obsession que je garde toujours d’ailleurs «  et si on n’avait plus d’électricité ! ».

Vous pouvez trouver sur You Tube un titre  de notre répertoire, «  LE MOINE », qui parle de l’arrivée du MESSIE, rien que cela (sourire) (LE MOINE https://youtu.be/MjGTWQYul8w )

 

Vous m’avez demandé la raison de la couleur violette de la jaquette de URBAN OPUS .J’ai travaillé sur ce visuel lorsque j’étais à Édimbourg, pendant le festival international d’art  où j’étais pour des rendez-vous professionnels et pour tourner un clip. Là-bas, cette couleur que j’adore est partout. Les voitures, les bus, les trains, les taxis, tout est mauve, violet, rose…

 

Cela m’a inspirée.

Ce Pays m’inspire d’ailleurs. Il est mystique. Il paraît que chez les bouddhistes, cette couleur représente le chakra le plus élevé de la conscience. Et en hommage à Prince que j’admirais, à Purple rain, ces couleurs se sont  imposées à moi. Sans doute suis-je une personne spirituelle.

C’est ma couleur.

J’ai travaillé le visuel de cette pochette dans le même esprit que le disque, en jouant avec le clair-obscur puisque sur le disque, la rondelle est dans des couleurs plus chaudes. Finalement, involontairement, j’ai adopté  les couleurs des moines tibétains.

 

J’ai  dans mon répertoire des chansons dont  je n’ai pas écrit les textes.L’une d’elle, «  Chômage », a été écrite par le grand poète B Raymond Chanté dont j’adore la poésie visionnaire et réaliste. Le clip «  Chômage » est en ligne. ( CHOMAGE: https://youtu.be/PUBXcLHhAL8 )

 

Je regrette d’être dans l’incapacité de faire des clips avec des belles nanas  et des BG (Beaux Gosses), faisant des brochettes ou des crêpes autour d’une piscine devant leur voiture décapotable jaune ou rouge et riant à pleines dents tout en dégustant un cocktail à Malibu. Je n’y parviens pas. J’aimerais avoir cette inconscience, mais je n’y parviens pas encore.

 

Bien sûr, je travaille minutieusement mes textes et la versification de mes chansons. Je fais attention aux images, aux allégories,  aux sonorités, aux rimes  si importantes pour donner le rythme et les appuis de mon flow. Mon passage éclair en khâgne au lycée Molière, à Paris, et dans la classe de versification de monsieur Bernardy,  au CNSAD, m’auront au moins servi à cela : FAIRE DU BON RAP (éclats de rire).

 

« Impressions fortes. Impressions tristes

                     Impressionniste

                               Sur des nappes sympathiques de violonistes

                                               J’irai danser autour du feu  valihi à l’âme

                                                           Bois et flûtes au bec j’irais sans rien  sans lame. »     

(extrait d’Evasion).

 

 

Bien sûr, je prépare un concert, mais auparavant, j’insiste sur cette sortie digitale et propose au public un ensemble de clips. Je suis en plein montage de clips, l’un tourné à Londres pour «  Out of Ghetto », l’autre en Écosse pour «  Just a melody for my Lord » .

Je communique sur tous les réseaux sociaux, Facebook, Twitter surtout, Lidenkin,  Moonpeel, Viadéo, Instagram, You Tube, pour parler de cette sortie digitale. Je souhaite me servir de cet outil mondial qu’est le net. Mon distributeur me dit que ma musique est en ce moment téléchargée partout dans le monde, en Amérique du Sud surtout, aux États-Unis, en Asie, en Afrique et en Europe, mais qu’il faut encore faire monter les courbes de téléchargement.

Pour mon spectacle, je veux garder une part de mystère sur la création. Ce que je puis dire, c’est qu’il sera étonnant, original,  futuriste par la composition de l’orchestre, mais aussi au niveau visuel. J’affirme ne pas vouloir être la représentante de telle ou telle musique, mais simplement celle de ma propre musique et de mon propre style. Je veux être simplement l’icône de ma propre chapelle. Juste avoir la liberté d’être moi-même, et d’exprimer mes propres sentiments, mon propre point de vue et ce que j’entends comme son et qui symbolise ces moments de vie.

J’écris en anglais mais en français aussi, la langue de Molière. J’adore Molière, car il a su en son temps se moquer de l’État, des institutions, du roi, des princes, de la Noblesse, de l’Église. J’écris dans la langue du pays dans lequel je suis née et où j’ai grandi jusqu’à ma majorité.

Je suis libre, voyez-vous. Mon capital est réduit à peu (sourire). Je ne possède rien d’autre que mon intériorité et mon corps. Mon corps étant la maison de mon esprit. Donc j’écris, je compose et je veux qu’aucune frustration ne me soit infligée par une quelconque règle de marché. J’imposerai. Je m’imposerai ainsi. OK (sourire). Comme vous le constatez, tout est pensé et fondamentalement construit et prêt à être diffusé. Je suis déterminée. C’est mon métier. Celui que j’ai choisi pour gagner ma vie et pouvoir élever dignement mon enfant. »

« C’est  très important. »  S.L

 

 

Propos recueillis par Dominique Lancastre

Secrétariat de rédaction Colette Fournier.

©Pluton-Magazine/High-Profile/2017

Crédit photo slide: Christine Marie

 

 

MUSICIENS

Batteur: Serge Marne. 
Clarinettiste basse : Fred Costa.
« Ils m’ont donné tout leur savoir faire et leur talent  pour interpréter ma musique ». Sylvie Laporte.

LIEN DE TÉLÉCHARGEMENT DE L’ALBUM URBAN OPUS 

https://itunes.apple.com/fr/album/urban-opus/id1198631089?l=en

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