Alzheimer : ou syndrome de démence

 

 

La mémoire de l’homme est une pierre dure,
Et le poète y rompt son outil et son cœur
Sans qu’il ait pu graver de strophe qui l’assure
Dès ce temps à jamais d’un toujours jeune honneur.
La vie est brève ; l’art est vain. Mais la nature,
Ouvrière dont rien ne lasse le labeur,
Cache un dessein constant sous sa poussée obscure.
Elle médite ; et son génie, associant
La ronce échevelée au lierre patient,
Enguirlande l’ogive en ruine et les cippes
De vers mystérieux qui n’auront point d’Œdipes.

 

Charles Guérin (1873-1907) La mémoire de l’homme est une pierre dure ; Recueil Le semeur de cendres.

 

La maladie d’Alzheimer renvoie à une altération globale et persistante du fonctionnement cognitif suffisamment sévère pour retenir et réduire les capacités du sujet (autonomie, langage, rapport social…).

 

Quand faut-il diagnostiquer ?

 

Un déclin cognitif, une modification psychologique et comportementale et une réduction des activités de la vie, combinés à l’âge, permettent d’émettre une suspicion. Certains individus présentent de façon plus accrue un terrain favorable au risque. En plus de l’âge et de l’appartenance au sexe féminin, plus prédisposé, un bas niveau socioculturel ou d’activité sociale, les facteurs de risques vasculaires, l’hypertension artérielle, le diabète sucré, l’hypercholestérolémie, des antécédents d’évènements traumatiques, des dépressions sont autant de terrains favorables.

La frontière entre le vieillissement normal et le vieillissement pathologique, dont le paradigme est la maladie d’Alzheimer, est particulièrement difficile à définir, d’après le Pr Florence Portet.

Avec l’âge, on oublie. La plaine mnésique  doit être soigneusement analysée : l’individu a du mal à mémoriser et à évoquer des informations nouvelles. Une anxiété inhabituelle, une irritabilité, le repli sur soi, le désintérêt… sont minimisés par le sujet du fait de la survenance du trouble, mais sont des signes précieux pour l’entourage et qui doivent l’alerter. L’examen clinique s’impose alors.

 

Est-elle héréditaire ?

 

La maladie d’Alzheimer est une maladie d’origine polyfactorielle dans laquelle des facteurs génétiques prédisposants sont très certainement impliqués. La génétique ne permet pas actuellement, en pratique médicale courante, d’avoir accès à un diagnostic de certitude. Les avancées dans ce champ ont permis de mieux connaître la physiopathologie de la maladie et de repérer des groupes de sujets à risque. F. Portet

Dans moins de 5 % des cas, la maladie d’Alzheimer est familiale avec une transmission génétique selon le mode autosomique dominant. La maladie est ainsi transmise de génération en génération. Il s’agit de mutations sur les chromosomes 21, 14 et 1. Elles impliquent la synthèse de l’une des protéines anormales caractéristique de la maladie, la protéine bêta-amyloïde.

 

 

Peut-on ralentir la maladie ?

 

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative à évolution lentement progressive. Selon le Pr Jacques Toulon, on y distingue trois grands stades :

 

Au stade présymptomatique, les lésions déjà présentes n’ont pas encore de traduction clinique.

Au stade symptomatique prédémentiel, les lésions ont un développement suffisant pour entraîner des symptômes sans perturber l’autonomie du sujet.

Au stade symptomatique démentiel, le développement des lésions provoque une altération cognitive psychocomportementale suffisamment importante pour induire une perte d’autonomie avec une échelle de niveau d‘atteinte démentielle, lequel peut être léger, modéré ou sévère.

En corrigeant  certains facteurs  de risque, l’évolution de la maladie peut s’infléchir. Le respect de certaines règles d’hygiène de vie peut avoir un impact positif sur cette évolution, tels  un régime riche en poissons, légumes, fruits et une consommation très modérée d’alcool.

Une stimulation de l’activité intellectuelle (cérébrale) et sociale importante permet le développement de connections neuronales plus nombreuses du fait de la richesse des stimulations cognitives. Ceci crée une réserve cérébrale permettant de retarder l’apparition des symptômes.

La vitamine E, C, le sélénium et les oméga 3 pourraient jouer un rôle positif dans la stratégie de prévention de la maladie.

À terme, les essais thérapeutiques visent non seulement à ralentir, mais à pouvoir bloquer le processus.

 

Famille et malade

 

 

 

Le choix de garder ou placer le sujet atteint de la maladie d’Alzheimer peut être source de conflit si, en amont, les proches ne s’entendent pas sur la préparation, l’organisation et la gestion de ce choix. Il sera plus ou moins facile en fonction du stade symptomatique du sujet et sa capacité à exposer sa volonté. La charge de travail devient importante quand la présence est quasi nécessaire, et la surveillance devient fondamentale en cas de perte d’autonomie. Il est important de veiller au turn-over pour ne pas épuiser les aidants familiaux, car ils sont les éléments centraux du maintien à domicile de la personne. Le répit est important et à ne pas négliger.

 

Une proposition de mise en institution devient nécessaire lorsque les conditions de maintien à domicile ne sont plus favorables. C’est une décision lourde de conséquences, mûrement réfléchie au sein d’une relation tripartite réunissant médecin – malade – famille et cela bien avant d’atteindre la limite du maintien possible à domicile.

 

Les Etablissement Hébergement Personnes Agées Dépendante (EPHAD)

 

Ces établissements médico-sociaux  répondent  aujourd’hui avec excellence aux besoins de leurs résidents quand ils sont bien gérés et mettent en confiance la famille, en faisant ainsi  reculer la culpabilité et le sentiment d’abandon de l’aidant auquel le malade a parfois sacrifié sa vie entière pour  lui assurer une réussite.

La poursuite thérapeutique reste fondamentale pour les malades, mais c’est l’organisation autour d’une animation de qualité qui joue un rôle majeur dans la vie au sein de l’EPHAD. Elle crée des liens, elle est participative, elle propose des formules d’insertion, d’échanges pour développer les potentialités de chacun dans le cadre d’un projet collectif.

Le coût de mise en institution reste onéreux, cependant, depuis 2001, il est possible de bénéficier d’une Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA), que le malade reste à domicile ou soit placé en EPHAD.

 

 

 

La maladie d’Alzheimer n’est pas inéluctable et elle ne correspond pas forcément au vieillissement normal. Certains centenaires ont atteint un âge très élevé sans avoir des lésions de démence de type Alzheimer.

 

Pour l’OMS, la démence est une priorité de santé publique. Elle touche dans le monde 47,5 millions de personnes, dont un peu plus de la moitié (58 %) vivent dans un pays à revenu faible ou intermédiaire. Chaque année, on dénombre 7,7 millions de nouveaux cas.

On estime dans l’ensemble de la population qu’entre 5 et 8 % des personnes âgées de 60 ans et plus seront atteintes de démence à un moment donné. Le nombre total de personnes atteintes de démence devrait atteindre 75,6 millions en 2030 et à 135,5 millions en 2050 (source OMS).

 

On dit qu’elle se cultive, qu’elle s’entretient comme un jardin, qu’elle peut être riche et pauvre en même temps ; la mémoire est un compagnon fidèle, seuls ceux qui l’ont savent combien elle est chère, alors nourrissons-la, stimulons-la !

 

 

Rédacteur Georges COCKS

Secrétariat Rédaction Colette Fournier

Crédit photo: Carnet Fatôme

 

 

Sources: Rédigé à partir de la littérature scientifique « la maladie d’Alzheimer » du Professeur Jacques Toulon, Service Neurologie Hôpital de Gui Chauliac, Montpellier..

 

 

 

©Pluton-Magazine/2017

 

 

 

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