LA PEINTURE abstraite, composante de la peinture figurative

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On a souvent opposé la peinture figurative à la peinture abstraite. La première, représentative, se base totalement sur le dessin de l’objet, la reproduction du visible et du réel. La deuxième, non représentative, se base sur la création, la reproduction de l’invisible, le jeu et la combinaison des couleurs et des formes.

Historiquement parlant, la peinture figurative est apparue avant la peinture abstraite. Les prémices de cette divergence s’annonçaient au sein même de la peinture figurative. L’opposition de la forme à la couleur prédisait de façon très subtile la naissance, la libération et l’indépendance de la peinture abstraite. Ainsi, tout au long de l’histoire figurative et à travers ses différents mouvements, cette problématique était omniprésente, Raphaël Raffaelo Sanzio (1483-1520), né à Urbino, est essentiellement formé à Florence. Son œuvre montre l’importance de l’influence de Leonard de Vinci et de Michel Ange, tous les deux artistes de la Renaissance. Dans ses œuvres, le dessin occupe une place prépondérante. L’art de Raphaël se caractérise par son dessin, en particulier celui des madones.

En revanche, Titien (1488-1576) est le peintre de la couleur. Il est formé à Venise, la peinture vénitienne se caractérise par le jeu de la lumière et des nuances chromatiques. Titien reprendra cette caractéristique et donnera à ses compositions une dimension dramatique, grâce à la couleur aux tonalités chaudes, aux effets de contrastes de couleur et de lumière. Dans son œuvre, la couleur, c’est l’expressivité et l’émotion, la sensualité qui ne se dit pas avec les mots.

« Dans les Écrits et propos sur l’art (éditions Hermann), Matisse parle de sa peinture et définit celle-ci comme « l’éternel conflit du dessin et de la couleur dans un même individu », il décrit son travail comme une recherche constante, qui l’amène a « s’exprimer » avec ce qu’il croit avoir d’exceptionnel : les couleurs, bien que ce soit le dessin au trait qui lui permet le mieux d’exprimer l’émotion qu’il ressent devant le spectacle de la nature. Cependant, Matisse ressent une tension entre sa couleur et son dessin, et cherche à la résoudre, ce qu’il fera tout au long de sa vie, par différents moyens. » Anne-Maya Guérin

Dans la peinture figurative, la forme a la fonction du mot : c’est la définition picturale de chaque objet et de chaque personnage, elle nous en renseigne la nature. Toutefois, dans un contexte représentatif, elle est contraignante, car elle est censée être précise et objective, elle doit être exacte et bien dimensionnée. En tant qu’humanistes, des artistes peintres comme Masaccio (1401-1428), Jan van Eyck (1390-1441), Piero della Francesca (1416-1492), Léonard de Vinci (1452-1519), Raphaël (1483-1520) etc., devaient, pour leurs compositions, mobiliser leurs connaissances en mathématiques, géométrie, anatomie. Ce sont donc également des scientifiques, d’òu le caractère rationnel et exact de la forme dans la peinture figurative.

Cependant, au niveau des compositions représentatives, la couleur est conditionnée, enfermée, limitée par la forme. Elle est à l’intérieur de cette dernière. On peut même, de manière métaphorique, dire qu’elle est sa prisonnière : la couleur n’est pas autorisée à dépasser les contours ou les limites que la forme lui a imposés. Dans le cas contraire, le sens de l’objet représenté risque d’être anéanti.

La naissance du mouvement impressionniste va permettre à la couleur de transgresser les lois contraignantes de la forme et de s’en libérer. Elle en devient l’outil de composition. Joseph Mallord William Turner (1775-1851), en est l’exemple. Il a eu une grande influence sur les impressionnistes – et Monet en particulier. Un lien subtil le relie à la picturalité moderne. Le peintre abstrait américain Mark Rothko peut être considéré comme son héritier. Ainsi, on peut dire que Turner fera progressivement du paysage le prétexte pour des jeux de couleurs. Dans son œuvre, la couleur est souveraine, le paysage et l’atmosphère sont les seuls moyens qui lui permettent de faire abstraction de l’hégémonie de la forme. Dans le mouvement néo-impressionnisme la couleur est subdivisée, juxtaposés…En 1913, naît le mouvement abstrait dont Vassily Kandinsky est le fondateur, une peinture non représentative, sa fonction est de créer des formes et des couleurs pour elles-mêmes, et non de représenter des sujets ou des objets du monde naturel

De ce fait, on peut déduire que les compositions réalistes religieuses, héroïques, ou si romantiques soient-elles, conféraient à la peinture classique (figurative) un caractère littéraire. En revanche, au niveau de la peinture impressionniste, le réalisme de la forme a partiellement laissé place à la combinaison et aux jeux de couleurs, une subjectivité picturale s’est mise en place, dotant la peinture impressionniste d’un aspect poétique. L’absence totale de la forme représentative confère à la peinture figurative un aspect musical.

Ainsi, la peinture figurative a perdu son aspect narratif, romantique, et littéraire. La forme représentative qui lui permettait, à travers le dessin, d’avoir un sens, d’être un texte pictural capable d’être lu et compris, est détrônée par la libération de la couleur et le non-sens de la forme. Dans le cadre représentatif, le rapport de la couleur à la forme est le même que celui de la lettre au mot. Si, par exemple, on intervient sur une toile figurative et qu’on cadre une certaine surface d’un drapé, d’une texture d’un mûr, d’une mosaïque etc., et qu’on l’isole de son ensemble figuratif ou représentatif pour en faire une œuvre, bien évidemment, on obtiendra une peinture abstraite. Cette démarche est semblable à l’isolement de la lettre du mot : la forme de la lettre sera dépourvue de tout sens. Dès lors, on peut déduire que l’œuvre figurative est un ensemble doté d’un sens composé d’éléments qui n’ont aucun sens, en l’occurrence la peinture abstraite

En dépit du clivage établi entre la peinture figurative et la peinture abstraite, la deuxième demeure une partie composante de la première. Elle est la lettre insensée qui construit ses mots, ses phrases et son texte. Elle est la composante de son caractère intélligible et rationnel.

En dehors du mot, la lettre est dépourvue de tout sens, elle devient juste un son. De ce fait, on peut considérer que l’œuvre figurative est une picturalité littéraire et l’œuvre abstraite est une picturalité musicale…

Oeuvre de Nadim Rachiq

Rédacteur Nadim Rachiq

Secrétaire de rédaction Colette Fournier

Pluton-Magazine/2018

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