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  • Littérature arts cinéma

Wifredo Lam à Cambridge University

  • 12 juin 2018
  • Albert James Arnold
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Le 19 mai dernier, au Trinity College de l’université de Cambridge, eut lieu le vernissage de l’exposition « Wifredo Lam : Livres d’artiste ». Le site de l’exposition, que l’on peut visiter jusqu’au 14 juin, est la magnifique bibliothèque conçue par l’architecte Christopher Wren, à qui on doit aussi la cathédrale Saint-Paul, à Londres. Par une journée ensoleillée les étudiants manœuvraient des bateaux à la perche (appelés « punts ») sur la rivière Cam, tandis que les amateurs d’art se délectaient à l’intérieur.
 
 
Sur la photo on découvre, au premier rang, le fils de Wifredo, Eskil Lam, avec, à sa gauche, Dorota Dolega-Ritter Directrice Adjointe de SDO Wifredo Lam. Au fond de la salle trône la statue de Lord Byron. (Photo Felicity Bromley-Hall)
 
La bibliothèque Wren possède aujourd’hui la plus grande collection présente en Grande-Bretagne de la collaboration de Wifredo avec des écrivains ayant évolué dans le sillage des surréalistes : Artaud, Char, Césaire, et le poète d’origine roumaine Ghérasim Luca. Les livres d’artistes exposés sont un don fait par un ancien élève de Trinity, Nicholas Kessler (1937-2018). Les pères spirituels de l’exposition sont Jean Khalfa – « Fellow » de Trinity – et Nicolas Bell, le nouveau bibliothécaire de la « Wren ».
 
Sur cette photo prise le 18 mai 2017 figurent, de gauche à droite : le regretté Nicholas Kessler, donateur de la Kessler Collection ; Barbara Grigor-Taylor, libraire, spécialiste du livre rare et assistante de Nicholas Kessler ; et Nicolas Bell, Fellow et Bibliothécaire de Trinity College. (Photo Jean Khalfa, 18 mai 2017)
 
 Sur le plan artistique, le livre qui a attiré le maximum d’attention est Apostroph’ Apocalypse, une collaboration entre Lam et Luca, immense livre à la typographie extraordinaire, contenant 14 eaux-fortes avec aquatinte de Lam.
 
Une page de Apostroph’Apocalypse ; texte de Gherasim Luca, eaux-fortes avec aquatinte de Wifredo Lam. (Photo Nicolas Bell)
 
La Fondation Wifredo Lam possède de précieux documents sur la collaboration de l’artiste cubain avec le poète martiniquais Aimé Césaire. Eskil Lam, qui gère ce patrimoine, en a prêté plusieurs. Ils permettent de suivre les étapes de cette amitié fervente et créatrice qui a duré de 1941 à 1982, l’année de la mort de Wifredo.
 
Exemplaire dédicacé par Aimé Césaire à Wifredo Lam, mai 1941. (Photo Fondation Wifredo Lam)
 
 On sait que « ce poème de nos révoltes, de nos espoirs, de notre ferveur », offert à Wifredo en mai 1941, a abouti à une édition cubaine. Le projet d’édition de Retorno al país natal a été réalisé au mois de janvier 1943, grâce au concours de trois créateurs de renom. Lydia Cabrera a assuré la traduction du texte du « Cahier » paru pour la première fois en 1939 dans la revue Volontés. Benjamin Péret a contribué par une préface fulgurante qui proclame Aimé Césaire « le seul grand poète de langue française qui soit apparu depuis vingt ans ». Et de Wifredo Lam, surtout, dont les illustrations représentent la première interprétation connue du long poème de Césaire.
 
Colophon réalisé par Wifredo Lam pour l’édition de La Havane (janvier 1943) de Retorno al país natal. (Photo A.J. Arnold)
 
L’édition de La Havane a représenté la rencontre de la négritude césairienne avec la poésie nègre   cubaine, soit une ouverture vers le monde caribéen, alors déchiré par la seconde guerre mondiale. Aimé Césaire a répondu à la fin des hostilités par « Wifredo Lam et les Antilles », où il présente le peintre afro-chinois sous le signe de la liberté : « Wifredo Lam, le premier aux Antilles, a su saluer la Liberté. Et c’est libre, libre de tout esthétisme, de tout réalisme, libre de tout souci documentaire que Wifredo Lam tient, magnifique, le grand rendez-vous terrible : avec la forêt, le marais, le monstre, la nuit, le vent, les graines volantes, la pluie, la liane, l’épiphyte, le serpent, la peur, le bond, la vie »[1].
 
 
Page du manuscrit autographe de « Wifredo Lam et les Antilles » d’Aimé Césaire. (Photo Fondation Wifredo Lam)
 
Le programme du vernissage comprenait une lecture bilingue par James Arnold et Véronique Samson de trois poèmes que Césaire avait dédicacés à son ami Wifredo. Les deux poèmes du recueil moi, laminaire… (1982), « Insolites bâtisseurs » et « Nouvelle bonté », commentent les eaux-fortes avec aquatinte réalisées par Lam dans le studio Grafica Uno de Giorgio Upiglio, à Milan, pour le grand portfolio « Annonciation ». Le troisième était le poème manuscrit « Simouns » qui a paru dans Poésie, Théâtre, Essais et Discours chez CNRS-Éditions, en 2014. Il date des débuts de l’amitié d’Aimé et Wifredo.
 
Manuscrit autographe de « Simouns » dédicacé à Wifredo Lam.
Conclusion du ms. de « Simouns » avec signature d’Aimé Césaire. (Photos Fondation Wifredo Lam)
La traduction lue en anglais devant le public du vernissage a été réalisée par nous-même avec le concours de J. Khalfa. Elle fait ressortir la différence d’inspiration de la version remaniée pour la collection « Les Armes miraculeuses », en 1946, sous le titre  Les Oubliettes de la mer et du déluge», traduite en 1983 par C. Eshleman et A. Smith. Entre autres, l’anaphore  « Baguirmi », gommée en 1946, africanise le sujet, qui se termine par  « Les premières eaux des crimes de la mer ».
 
Véronique Samson et James Arnold lisent trois poèmes de Césaire associés avec Lam. (Photo Felicity Bromley-Hall)
Les professeurs Khalfa et Arnold ont dialogué sur les difficultés que pose le texte de Césaire à son traducteur. Le public a suivi avec la plus grande attention les choix successifs faits par différents traducteurs pour rendre divers passages difficiles, en particulier la conclusion du Cahier d’un retour au pays natal.
 
Jean Khalfa interroge James Arnold sur les difficultés rencontrées dans la traduction de Césaire en anglais. (Photo Felicity Bromley-Hall)
.
À la fin du programme, le public, comprenant bon nombre de spécialistes, a pu déambuler parmi les eaux-fortes avec aquatintes grand format du portfolio « Annonciation », qui n’a pas déçu.
 
On reconnaît sur cette photo, de gauche à droite, Alyce Mahon, historienne du surréalisme, Jim Butler, spécialiste du livre d’artiste, Dorota Dolega-Ritter, de la Fondation Wifredo Lam, auteure du Catalogue Raisonné des livres et estampes de Lam, Sebastian Carter, historien de la typographie, et Jean Khalfa. (Photo Felicity Bromley-Hall)
On peut consulter le lien suivant pour une description en anglais du vernissage de l’exposition : https://trinitycollegelibrarycambridge.wordpress.com/.
 
 
Prof.Albert James Arnold
Secrétaire de rédaction: Colette FOURNIER
Pluton-Magazine/2018
©Pluton-Magazine .  Toute reproduction interdite.
©Photos-contributeurs
Autres articles du professeur Albert James Arnold:
http://pluton-magazine.com/?s=James+arnold
 
Footnote:
[1] Les connaisseurs reconnaîtront ici quelques variantes par rapport à la version publiée dans notre édition Poésie, Théâtre, Essais et Discours, publiée en 2014, p. 1411-1412.
 
 

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Albert James Arnold

Professeur émérite de lettres modernes et comparées. Originaire du nord-est des États-Unis ; formé à l'université de Paris-Sorbonne. Carrière universitaire en Virginie, France (Paris), Australie (Queensland), Pays-Bas (Leyde), Allemagne (Potsdam), Angleterre (Cambridge). Domaines de recherche: contact de cultures entre l'Europe, l'Afrique et les Amériques ; mouvements identitaires ; discours politique populiste ; poésie moderne (franco- et anglophone) ; métissage.

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