Le jeu de cartes « à la russe »

 

logopluLes jeux de cartes les plus populaires d’Europe représentent de grands souverains de l’Antiquité et du Moyen-âge. La figure du roi de cœur représente l’empereur Charlemagne, le roi de pique, l’ancien roi hébreu David, le roi de carreaux, Jules César et le roi de trèfle, Alexandre le Grand.

La reine de cœur est apparue pour la première fois sous les traits d’Hélène de Troie mais, plus tard, elle a été remplacée par la figure biblique Judith. La rigide Pallas Athéna a été choisie pour représenter la reine de pique. La reine de carreau était incarnée par Rachel, la beauté de l’Ancien Testament. Comme pour la reine de trèfle, une certaine confusion a fait que ce costume a finalement été attribué à un personnage imaginaire nommé Argina (du latin « regina »).

Les personnages historiques de la chevalerie peuvent également servir de représentations, notamment les célèbres Lancelot et Jeanne d’Arc.

Игральные карты… Лица, масти… – откуда они? Кто эти люди, которых мы называем короли, дамы, валеты? Мы попытаемся снять завесу тайны над одной из самых популярных колод с именем «Русский стиль». Ее создание вдохновил Никoлай II и его любовь ко всему истинно русскому. Эта колода явилась символом времени, сметенного ветром Октябрьской революции, но ее рисунки пережили десятилетия бедствий и катастроф, Гражданскую и Великую отечественную войны, эпоху сталинских репрессий и хрущевской оттепели, брежневский застой, перестройку Горбачева и создание новой России Ельцина.

Le jeu de cartes « à la russe »

 

Mais il existe également des cartes à jouer ornées de figures classiques russes. D’où viennent-elles ? La première version russe des cartes à jouer a été imprimée par Alexandre dans le cadre de la fabrication d’œuvres destinées à célébrer le 300e anniversaire de la maison Romanov, à Saint-Pétersbourg. Ce jeu a été nommé le « Style russe ». Cette toute première version reste la plus populaire aujourd’hui encore.

 

La première ébauche des figures a été dessinée au début de l’année 1911 à Francfort-sur-le-Main, dans la fabrique allemande de cartes à jouer de la société Dondorf. Mais les images n’ont pas été choisies par hasard. Elles sont basées sur l’« Album du bal costumé du palais Zimny » qui contenait quelque 200 photos. Il s’agit d’une très belle édition publiée par l’organisme exécutif d’état chargé de la publication des documents gouvernementaux. Elle montre des costumes très luxueux portés lors du célèbre bal de 1903. Le concept de ce bal costumé était le suivant : l’ensemble des 390 invités étaient priés de porter d’élégants vêtements de la maison royale du tsar Alexeï Mikhailovich.

 

Ce magnifique album a été remis à chaque participant du bal pour une somme assez importante et les bénéfices ont été offerts à des œuvres caritatives.

De quel genre de fête s’agissait-il pour que les images de celle-ci nous émerveillent aujourd’hui encore sur des cartes à jouer ?

 

Nostalgie de l’époque antérieure à Pierre le Grand


L’idée d’un bal costumé est venue à l’Impératrice Alexandra Fedorovna (une ancienne princesse allemande) après qu’elle a entendu une histoire narrant la beauté d’un véritable costume national russe, qui lui avait été racontée lors d’un petit-déjeuner par Paul Zhukovsky, le fils du célèbre poète russe. Le tsar a soutenu cette idée ; il pensait qu’un tel événement pouvait favoriser le renouveau des « authentiques coutumes et traditions de la Cour royale russe ».
Il convient de rappeler une des caractéristiques de Nicolas II, lequel ne se sentait pas très à l’aise dans son palais et n’était pas un bon commandant pour son armée (il a d’ailleurs conservé le grade militaire de colonel et a catégoriquement refusé de devenir général). Mais il vouait une véritable admiration au style disparu du Royaume de Moscou, avant l’époque de Pierre le Grand. Il avait hérité cet amour de son père et souhaitait s’affirmer par le biais de celui-ci. Cette idée s’est très vite popularisée en Russie et le style russe est devenu une des plus belles manifestations de la culture et des arts aux XIXe et XXe siècles. Rappelons qu’à l’époque, la recherche d’une cause nationale agitait l’esprit et le cœur de nombreuses personnalités russes importantes. La victoire sur Napoléon en 1812 avait contribué à conforter l’identité nationale et l’originalité artistique et motivé un certain sens du patriotisme. Le problème de l’identité ethnique est alors devenu le principal aspect de la culture artistique russe. Cette direction culturelle se fondait sur l’intérêt pour le passé historique de la Russie et sa culture antérieure à l’époque de Pierre le Grand, ainsi que pour les coutumes et les traditions des campagnes russes et leurs habitants, l’artisanat et les arts appliqués du pays.
Nicolas II soutenait la société patriarcale et de nombreuses autres choses qui lui rappelaient cette époque. Certains de ses ministres portaient même des robes du XVIIe siècle et organisaient des dîners dans le style de l’ancienne Russie avec de nombreux plats et des chœurs gitans.

 

Mais l’événement de 1903 ne souffrait nulle comparaison. Certains historiens pensent que la fête de Saint-Pétersbourg était inspirée du bal organisé en 1897 dans le Devon en l’honneur du jubilé de diamant du règne de la Reine Victoria. Le bal avait été préparé pendant six ans et les membres de la famille royale avaient choisi d’élégants costumes du XVIe siècle. Il symbolisait la prospérité de l’empire britannique. Mais la Russie avait également connu de tels bals : le 25 janvier 1883, un magnifique bal avait été organisé au palais de Vladimir Alexandrovich et Maria Pavlovna avec des costumes du XVIIe et, en 1894, un bal similaire avait été organisé au palais de Sheremetyev.

 

Павловны в костюмах по образцам XVII века. В 1894 году похожий бал дали во дворце Шереметевых.

 

Splendeur Byzantine


Au cours de l’hiver 1903, tous les convives ont été invités à se vêtir pour le bal dans un style antérieur à l’époque de Pierre le Grand, lorsque la Russie ne connaissait aucune influence européenne en matière de mode. Le Tsar a par la suite écrit dans son journal : « La salle, remplie de personnes vêtues à l’ancienne, était très belle ». À dire vrai, certaines des personnes invitées avaient dû décliner l’invitation : elles ne pouvaient pas se permettre le luxe byzantin.

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bal-tzar-1-1Nicolas II est apparu au bal dans un « modeste costume de tsar » du Tsar Alexey Mikhailovich. Le costume pourpre et or avait été dessiné par le directeur de l’Hermitage I.A. Vsevolozhsky en collaboration avec E.P.Ponomarev, artiste des Théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg. Le caftan était cousu à partir de deux sortes de velours différents et un tissu doré avait été utilisé pour la coiffe (chapka) fabriquée par les frères Bruno, chapeliers. Il convient de noter que le costume comportait des éléments d’époque : les boutons et les décorations avaient été fabriqués à la main au XVIIe siècle. 16 éléments décoratifs avaient été commandés pour décorer les armoiries du Kremlin, notamment des bracelets composés de véritables perles ayant appartenu au Tsar Fédor Ioannovich (fils d’Ivan le Terrible). Pour l’occasion, .Nicolas II avait reçu en prêt le sceptre d’Alexey Mikhailovich  D’autres costumes avaient été dessinés par l’artiste Sergey Solomko.

the-emperess-picture-0-1L’Impératrice Alexandra Fedorovna s’est affichée dans une copie d’une robe de Maria Ilyinichna (Miloslavsakya, la première femme d’Alexey Mikhailovich). Le costume était composé d’un tissu brocardé mat, décoré de satin argenté et de taffetas brodés de fils d’argent et cousus de véritables perles. Son décolleté était orné d’une gigantesque émeraude et sa couronne arborait des branches d’olivier rehaussées d’émeraudes, de perles et de diamants.

 

 

Certains experts avancent qu’un tel costume pourrait valoir aujourd’hui au moins dix millions d’euros. Tamara Korsavina, une célèbre ballerine de l’époque, a par la suite affirmé : « L’Impératrice ressemblait à une véritable icône byzantine ». Rien d’étonnant à cela : les bijoux avaient été soigneusement choisis pour elle par Carl Fabergé en personne !

La seule rivale de l’Impératrice était la duchesse Zinaida Yusupova qui portait un éblouissant costume de châtelaine. D’autres dames de la cour royale s’affichaient dans des robes-chasubles richement ornées de pierres précieuses et brodées, et arboraient un serre-tête (Kokoshnik), tandis que leurs cavaliers portaient des costumes historiques de fusiliers et d’Austringers. Parmi les 390 invités, 65 étaient des « officiers de danse », nommés par l’Impératrice et vêtus également de costumes historiques.

Le Grand Prince Mikhail Alexandrovich, le frère du Tsar, était absolument magnifique mais, à la fin du bal, un incident curieux eut lieu : alors qu’il dansait, il perdit une broche en diamant qui avait appartenu à Pavel Ier et qui décorait sa coiffe (chapka). L’Impératrice Maria Fedorovna adorait cet objet et fut très courroucée de cet incident.

Certains des costumes sont encore visibles à l’Hermitage.


Que le bal commence

 

pavlova-pic-4Le 11 février 1903, les invités se sont rassemblés dans la galerie Romanov de l’Hermitage où sont finalement apparus le Tsar et son épouse. L’assemblée s’est ensuite dirigée vers le Théâtre du Bolchoï et les invités ont accueilli la famille du Tsar avec une révérence à la russe. Le bal a débuté par un concert : des scènes de « Boris Godounov », de « La Bayadère » et du « Lac des cygnes » ont été dansées par la célèbre Anna Pavlova.

 

La deuxième et plus importante partie du bal eut lieu le 13 février. Mais pourquoi diviser l’événement en deux parties ? La raison en est simple : la veuve du défunt empereur était souffrante et ne pouvait pas prendre part au bal. Le 13 février, l’ensemble de l’élite politique russe et des ressortissants étrangers, dont les ambassadeurs, se sont rassemblés. Le dîner de gala a été dressé sur 34 tables dans la salle Nikolayevsky et une salle des thés et des vins a été installée dans la salle Malakhitovy.

Les danses ont commencé par une danse russe circulaire (khorovod) suivie d’un air dansant composé par Feliks Krzesiński. Le bal avait été préparé de façon très scrupuleuse : le 10 février, une répétition générale avait été annoncée et l’Impératrice Alexandra Fedorovna en avait dirigé les choix. Ils se portaient sur huit magnifiques couples, bien que certains aient avancé que la valse dansée dans des costumes du XVIIe siècle avait un côté un peu absurde.

Les danseurs étaient également confrontés à certaines difficultés : les costumes richement ornés, brodés de fils d’or et d’argent, s’avéraient très lourds à porter. Mais, comme l’écrivit un des témoins : « L’impression était splendide. Cet événement a permis de montrer l’abondance des bijoux de la famille, qui est allée au-delà de toutes les attentes ».

L’Impératrice avait exprimé le souhait de voir ce luxueux événement de deux jours immortalisé pour les générations futures par les meilleurs photographes de Saint-Pétersbourg ; ils étaient une dizaine à travailler dans la salle. Le jour suivant, le 14 février, un nouveau bal affichant un faste splendide se tint au palais du comte Sheremetyev pour ceux qui souhaitaient à nouveau éblouir par leur costume extravagant et luxueux.

 

L’adieu à une certaine époque

 

Le Grand Prince Alexander Mikhailovich a écrit dans ses mémoires : « C’était le plus grand et le dernier bal de l’histoire de l’empire russe. Pendant que nous dansions, à  Saint-Pétersbourg, des ouvriers se sont mis en grève et la situation en Extrême-Orient devenait de plus en plus dangereuse. »

Il avait raison… Très vite, la guerre entre la Russie et le Japon et la grande révolution d’octobre allait éclater.
card-russian-style-8Seules deux choses peuvent aujourd’hui nous rappeler ces jours fastueux : un album rare de photos et les cartes à jouer montrant des personnes insouciantes et qui ignoraient que, très bientôt, elles allaient devoir commencer une nouvelle vie qui les disperserait par la suite dans le monde entier.

 

 

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P.S. Une entreprise autrichienne produit toujours les cartes « russes ».

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Reportage Zetta Ermakova Sotchi Russie

Traduction GoTranslate Belgique

Secrétariat rédaction Colette Fournier 

Zetta Ermakova
Zetta Ermakova

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