Entre les lignes (2): « Cet autre amour » de Dominique DYENS

 

 

 

Dans ce récit , Dominique DYENS, auteure de huit romans, nous entraîne dans cette aventure fascinante qu’est la psychanalyse.  Si vous avez entrepris une psychanalyse ou que vous vous êtes toujours posé la question de savoir si vous devriez vous lancer ou pas, Cet autre amour est certainement le roman qu’il faut absolument acquérir en cette rentrée littéraire 2017.

Comme il arrive bien souvent, on entame une psychanalyse après un choc émotionnel. Sans cette angoisse déclenchée suite à un incident vécu par celui qu’elle appelle M. (son mari), la narratrice ne se serait jamais confrontée à ses névroses et ses angoisses.

C’est avec une certaine appréhension mais aussi par curiosité qu’elle dit elle-même rentrer en psychanalyse. Se jeter sur le divan d’un inconnu à qui elle doit raconter surtout des choses intimes la laisse dubitative et un peu méfiante. Mais cette appréhension a quelque chose de fascinant et d’attrayant.

 

 

« Je suis entrée en psychanalyse comme on rentre en religion ; J’y ai prononcé des vœux de fidélité et d’engagement ; Je me suis engagée à dire à un inconnu, dans le huis clos de son cabinet, la vérité, toute la vérité, sur ma vie. Du moins celle que je savais car je comptais sur lui pour m’aider à déterrer le reste.

Cet homme ne serait ni un mari ni un père. Ni un ami ni un amant. Pas même une mère. Juste un homme. Comment peut-on être homme en n’étant rien, pas même une mère ? Sans doute en étant tout. Sans conscience et sans connaissance de la notion de transfert, j’ai pourtant déjà investi affectivement cet homme et lui ai conféré les attributs de toutes les figures masculines aimées. Restait mon désir interdit. Embarrassant, gênant. L’amant était la seule figure capable de recueillir ce désir-là. »

 

 

Rien ne se serait passé sans ce choc émotionnel qu’elle intitule une fausse mort et  par lequel le roman débute. Un incident médical subi par M. Mais rien ne risquait de se passer si, à la suite d’un message laissé sur le répondeur du psychanalyste, elle n’avait pas reçu un coup de fil des plus inattendu de celui-ci.

Entre fascination et curiosité et surtout avec cette conviction que de toute façon ce ne sera qu’un simple passage, elle se retrouve face à un homme qui va bouleverser sa vie.

D’une écriture incisive, limpide et fluide, la narratrice nous entraîne dans ses diverses consultations où, bien entendu, les rêves ont une importance primordiale.  Les remontées dans l’enfance nous livrent quelques informations sur sa vie.  Cependant, ne vous y fiez pas, car tout ce remous ne sert qu’à renforcer progressivement son attachement envers son psychanalyste dont elle tombe amoureuse.

Toute l’histoire tient au fait de « cette tombée en amour » comme elle dit elle-même.   À travers cet amour quelque peu particulier, qu’on pourrait identifier à un mélange d’un Like et d’un Love comme il en existe dans la langue anglaise, la narratrice tente de cerner ce qu’est le transfert en psychanalyse.

Le roman est écrit sous forme de petits chapitres et le lecteur se laisse prendre au jeu de ces rendez-vous toujours empreints de fantasmes et de situations rocambolesques vécues par une femme passionnée et amoureuse de son psychanalyste qui, lui, reste à sa place et que sa déontologie tient à distance.

 

« J’essaie d’attraper vos explications au vol mais je n’y parviens pas. J’entends les mots père, mère, inceste, psychanalyste. J’ai l’impression que vous vous adresse à moi comme à une petite fille à qui vous expliquez la différence entre le bien et le mal.

Et pourquoi pas ajouter dieu pendant que vous y êtes ?

  • Je ne comprends rien de ce que vous me racontez ! je n’ai jamais eu envie de coucher avec mon père, ma mère, ni avec qui que ce soit de ma famille !
  • Le but d’une psychanalyse n’est pas de coucher avec son analyste ! me répond-il en souriant. »

 

Ce roman, qui rend hommage à la psychanalyse, ne peut laisser indifférent le lecteur. Dominique Dyens nous permet certainement de découvrir un milieu qui fascine mais qui évoque un certain mysticisme et qui paradoxalement traite de l’angoisse tout en angoissant ceux où celles qui se font traiter. Cette plongée au plus profond d’elle-même permet de revenir sur des années antérieures de sa vie et si par moment on a la sensation de lire une autobiographie, ce n’en est pas une. La Tunisie est évoquée, la Normandie, le Paris des souvenirs et des incidents qui ont toute leur importance.

Avec ce neuvième roman, Dominique DYENS signe certainement une histoire très poignante qui pourrait même être un élément déclencheur pour se faire psychanalyser. Un roman donc à découvrir et surtout à apprécier.

 

 

Interview de Dominique Dyens

 

Dominique Dyens copyright Charlotte Jolly de Rosnay.

1) Avec ce roman on a l’impression d’une pause littéraire. La volonté de faire le point sur votre vie en quelque sorte. Confirmez-vous ce ressenti ?

 

Je ne le ressens pas comme une « pause littéraire » parce que c’est mon texte le plus littéraire. Je parlerais plutôt d’une « halte ». Ce roman s’est imposé à moi comme une nécessité. Il fallait que je raconte cette histoire d’amour incroyable, que je la partage avant de pouvoir écrire quoi que ce soit d’autre. C’est un livre personnel mais qui traite d’un sujet universel. J’ignore pour l’instant si « Cet autre amour » s’inscrira comme une parenthèse dans ma vie d’écrivain ou s’il marque au contraire un tournant important. Quoi qu’il en soit, quelque chose est survenu, oui…

 

2) Certains personnages ne sont nommés que par une lettre alphabétique. Pourquoi ?

 

C’est peut-être une façon de les protéger. Mais ils sont là. Ils existent même s’ils ne portent pas de prénom. Le mari de la narratrice porte l’initiale M, comme mari mais aussi comme l’injonction du verbe aimer. Chacun peut ainsi librement s’approprier mes personnages. Quant au psychanalyste, il cesse d’être « il » et devient « vous » dès que prend naissance la relation amoureuse.

 

3) La fin tranche, avec ce que les lecteurs n’ont pas l’habitude d’avoir. Une série d’explications assez surprenantes et amusantes. Pourquoi ce choix ?

 

Je donne une série d’explications ? Je ne me souviens pas… Si ? C’est plutôt une fin de roman en forme de point d’orgue. Où chaque lecteur peut interpréter à sa façon la partition. Je ne mets pas de point final à ce roman, en tout cas pas au sens habituel, car une analyse est un peu comme une série TV dans laquelle chacun pourrait écrire ou imaginer sa prochaine saison. C’est aussi peut-être une façon de faire atterrir le lecteur en douceur.

 

4) Cet autre amour ne rend pas hommage qu’au psychanalyse. On découvre une partie de votre enfance.  Avez-vous l’intention de revenir sur cet aspect-là de votre vie ultérieurement ?

 

Je ne sais pas. Peut-être. J’en suis la première étonnée mais en même temps il était impossible de rendre compte de la force de cet amour sans en explorer les racines, c’est à dire l’enfance.

 

5) Appréhendez-vous la réaction des lecteurs ?

 

De moins en moins !

 

 

L’auteure

 

Écrivain, Dominique Dyens est notamment l’auteure de huit romans, parmi lesquels La Femme éclaboussée (Héloïse d’Ormesson 2000), Intuitions (Héloïse d’Ormesson 2011), Délit de fuite (Héloïse d’Ormesson 2008), Lundi noir (Héloïse d’Ormesson 2013) et Cet autre amour (Robert Laffont, 2017).

 

Informations :

 

Site de Dominique Dyens:

http://dominiquedyens.com/

Éditions Robert Laffont:

http://www.laffont.fr/site/cet_autre_amour_&100&9782221197455.html

Cet autre amour:  ISBN : 2-221-19745-3/ P.234/ Prix 18,00 euros.

 

 

 

Pluton-Magazine

©Entre les lignes/2017

Crédit photo: Charlotte Jolly de Rosnay.

Secrétaire de rédaction: Colette Fournier 

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