High-Profile: Gabriel YARED, 40 ans de musique de films

 

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Le 9 décembre l’artiste aux quelque cent B.O, césarisé pour l ‘Amant, couronné d’un Oscar, d’un Grammy Award et d’un Golden Globe pour Le Patient en anglais, donne un concert musique et images inédit dans la grande salle de La Philharmonie de Paris, interprété par le London Symphony Orchestra, dirigé par Dirk Brossé et Gabrielle Yared.

 

 

Compositeur d’environ 100 musiques de film dont 37°2 le matin, L’Amant, Chocolat (Roschdy Zem), Vue sur mer (Angelina Jolie – Brad Pitt) et bien d’autres, le compositeur Gabriel Yared  nous donne rendez-vous au grand Week-end des Musiques à l’image, le 9 décembre, pour une journée dédiée au compositeur français de renommée internationale, et lors de laquelle il sera accompagné du London Symphony  Orchestra  dans cette magnifique  Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris.  Catherine Ringer et Yael Naim (chant), Juan José Mosalin (bandonéon) et Lewis Morison (saxophone) participent à cette journée  intitulée  Gabriek Yared/40 ans de musiques de films.

C’est la première fois que le compositeur propose ses musiques sur scène avec la projection d’extraits de films.

Césarisé pour L’Amant, couronné d’un Oscar, d’un Grammy Award et d’un Golden globe pour Le Patient anglais, Gabriel Yared a bien voulu accorder une interview à Pluton-Magazine.

 

https://lso.co.uk/whats-on/icalrepeat.detail/2017/12/09/859/-/the-film-music-of-gabriel-yared-paris.html

 

Compositeur d’une très grande humilité, c’est avec un café sans sucre, car, comme il le souligne lui-même, les bons connaisseurs de café ne boivent jamais de café sucré, qu’il nous accueille.  Mais il insiste pour la barre de chocolat au lait avec du sel ; un délice selon lui. Cependant, nous ne sommes pas là pour parler de chocolat mais de musique et de musique de film.

Gabriel Yared est un autodidacte et comme pour tous les autodidactes, on sent la passion qui est en lui. Il s’initie à la musique à Beyrouth, où il est né en 1949, et il commence à s’intéresser aux partitions ; il fouille, il papillonne sans aucune intention de devenir un jour ce grand monsieur qu’il est aujourd’hui, même s’il garde toute cette humilité que l’on perçoit dès la première seconde. Il cite Margin Gaye, Stevie Wonder qu’il adore, mais aussi Schumann ou Ravel, car il ne fait pas de  différence entre ces musiciens, en ce sens que, pour lui, c’est de la musique, un ensemble musical, et c’est cela qui l’intéresse.

En 1970, il part au Brésil où il reste 2 ans, c’est dans ce pays qu’il découvre que toute la musique était déjà en lui, que la musique l’a toujours habité, et qu’il se rend compte alors que c’est cela qu’il veut faire. En rentrant à Paris, au lieu d’acheter un appartement ou autre comme tout le monde, il achète des partitions, car pour lui «  la musique est un chemin pour apprendre ». La musique, contrairement à ce qu’on pourrait croire, on la compose sur du papier, alors lui vient l’idée de prendre des cours à l’École normale de musique de Paris. Où il suit des cours avec Henri Dutilleux. Il commence tout à zéro. À l’issue de ces deux ans de cours, il fait la rencontre de Jacques Dutronc qui lui présente Jean-Luc Godard, et ce fut sa première expérience de musique de film.

 

Comment compose-t-on une musique de film ?

 

Gabriel Yared aime sentir les choses et crée une fraternité avec le réalisateur dès le départ : avant même de commencer quoi que ce soit, il demande au scénariste de lui raconter son film… Il lit ensuite le scenario.  C’est quand il lit que l’inspiration arrive et qu’il « voit » l’histoire sur laquelle il doit composer. Comme il le fait remarquer lors de cette interview, il demande souvent au public de fermer les yeux et d’imaginer les images. Avoir les images restreint un peu la composition, car la musique est un art et comme dans tout art, la création émane de l’imagination, et il est donc important d’imaginer. Le cinéma a besoin de la musique et c’est pour cela qu’il se rend  parfois sur le tournage, rencontre les acteurs,  et ce n’est qu’à partir de ce travail d’appropriation totale de l’histoire que le processus visant à épouser l’esprit du film se met en place. Il compose plus avec le souvenir des images qu’avec les images elles-mêmes. Gabriel Yared ne cherche pas à être impeccable, mais voit sa responsabilité d’élever le public en tant que compositeur. Beaucoup plus de gens vont au cinéma plutôt qu’à des concerts et c’est là sa contribution, ce qu’il rend à la musique. Il n’est pas lui-même un grand cinéphile et quand on lui a demandé d’être jury à Cannes,  il s’est demandé s’il était la bonne personne, mais là encore, en s’investissant à fond dans ce rôle. Tout est passion et fusion chez ce compositeur qu’on écouterait des heures, mais une interview est toujours limitée dans le temps, et nous avons quelques questions à lui poser avant de le quitter.

 

Son plus mauvais souvenir

 

Gabriel Yared

« Le plus mauvais, dit-il, c’est quand on a travaillé tous les jours sur un projet et qu’on croit à ce projet et qu’on a mis toutes son âme et toute sa passion et que l’industrie américaine dit finalement on prend quelqu’un d’autre.

L’expérience est douloureuse car tout un travail acharné s’écroule. Mais, c’est la vie.

Je me réveille très tôt le matin,  je travaille chaque note.

Je lis aussi beaucoup, je me promène aussi beaucoup, tout cela fait partie de la musique, car c’est un art si complet. Marcher, se promener, se vider la tête pour la remplir aussitôt. Donc, cela peut faire mal de se voir refuser un travail pour lequel on s’est tant donné de la peine ».

 

Sa plus belle expérience.

 

37°2 le matin, les bonnes expériences sont des expériences humaines. Il évoque son ami Anthony Minghella pour la passion qu’il avait pour Bach et les longs échanges qu’ils avaient tous les deux.

Les belles expériences, c’est sentir l’inspiration pleuvoir sur lui et lui rendre. Il se sent alors gâté et il s’applique à restituer cette inspiration et tout ce qu’elle lui a donné.

 

Un public exécrable

 

Jamais , car il cherche toujours à démythifier ce qu’il entreprend et il n’a pas de souvenir d’un public exécrable. Il prend comme exemple l’Amant qui est une histoire simple qui connu un grand succès. Il a donné des représentations un peu partout en Europe et le public lui a toujours rendu. Il se laisse guider par l’ange qui le garde.

 

Un rêve non réalisé

 

« Je ne suis pas en manque de rêve car l’ange qui me garde m’aide à les réaliser tous. Je contribue à la réalisation de mes rêves en travaillant dur et en me promenant ».(rires)

 

Pour finir la journée du 9 décembre

 

Il en est content, bien entendu, et il travaille depuis juillet sur cette journée. Cela lui fait plaisir et lui tient à cœur. Le cahier des charges, les images, 90mn de musique, une salle prestigieuse, un orchestre prestigieux, des solistes prestigieux, tout cela le comble :

« Je voulais donner à entendre le fruit de toutes ces années de création. Mais je ne peux pas quand même cacher ma timidité. Je suis un homme de l’ombre et je suis très touché par cela, mais c’est quand même beaucoup de monde ».

Car, comme il l’a souligné tout au long de l’interview, Gabriel Yared  aime être en retrait. Des qualités qu’on retrouve chez tous les grands qui sont d’une très grande humilité, ont de la courtoisie et ont gardé leur âme d’enfant,  et qui savent partager avec l’autre « ce que l’ange qui le garde lui donne », ainsi qu’il le dit.

 

 

Interview par/by Dominique LANCASTRE 

Secrétaire de rédaction: Colette FOURNIER

Crédit photo: L.Koffel

Lien site Gabriel Yaredhttps://www.gabrielyared.com/

Films à venir, collaboration Gabriel YARED.

-La Promesse /Terry Georges /USA  /SP / sortie en France le 29 novembre 2017
-Si tu voyais son cœur /Joan Chemla/2016 :/
-The Happy Prince / de et avec Rupert Everett / son premier film en tant que  réalisateur
-The death  and life of John F.Donovan / Xavier Dolan / 3e collaboration avec Gabriel Yared
– Dilili à Paris /Michel Ocelot /sortie en France  le 10 octobre 2018 /   2e collaboration avec G.Yared

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