Parmenidês : Emmanuel RAVI « Mon engagement est sans faille pour mon pays »

Parmenidês , les dossiers politiques.

Ils sont jeunes et ils se sentent, à leur tour, capables de se lancer en politique. Ont-ils compris que la vieille garde, ces ténors de la politique antillaise, commence à ne plus représenter les territoires d’Outre-mer ?  Chômage, violence, pouvoir d’achat, etc.,  tous les voyants sont passés au rouge depuis un certain moment et les territoires bouillonnent dans une campagne électorale où ils ont compris qu’on ne s’intéresse à eux que pour les faire voter.

Cependant proches de leur parti, des partis qu’ils soutiennent depuis des années, ils aspirent à autre chose tout en restant attachés aux principes. Nous avons rencontré l’un deux, Emmanuel Ravi, fidèle au  P.S, un parti divisé et qui peine à se positionner en vue de cette élection présidentielle.

 

« Mon engagement est sans faille pour mon pays », dit-il. Et il poursuit sur un ton de militant très en campagne. On comprend sa fougue, il veut être député et défend son engagement On sent qu’il a bien écouté avec attention les anciens et qu’il a du mal à s’en détacher. On lui pardonne un certain mimétisme.

« Je suis engagé depuis quelques années déjà, parce que je ne peux me résoudre à rester inactif quand je vois la souffrance de mes compatriotes, quand je vois autant de jeunes au chômage, quand j’ai l’impression que mon pays s’enlise et s’enfonce dans la violence et la désespérance. Je crois que la politique, comme d’autres éléments, mais j’ai choisi la politique, peut transformer le réel, comme disait Jean Jaurès, pour construire un futur désirable.  »

Quand on lui demande si tout cela n’est pas utopiste et de l’aveuglement. il répond :

 

« Je ne suis pas utopiste, mais je crois qu’avec du courage politique, on peut améliorer les choses. Je ne promets pas la lune, mais je peux apporter ma pierre à l’édifice parce que je crois qu’une nouvelle offre politique peut être apportée pour changer les choses, améliorer notre quotidien. La résignation n’est pas dans mon caractère, donc je me battrai jusqu’au bout pour faire valoir mes idées d’émancipation, de progrès, de justice sociale.

Je sais évidemment qu’à l’aune de toutes les affaires de mise en examen, ici et ailleurs, la tentation de mettre tous ceux qui s’engagent dans le même sac est forte, mais il y a encore beaucoup de femmes et d’hommes qui sont engagés tous les jours et qui n’ont rien à se reprocher parce qu’ils se donnent, donnent de leur temps et de leur énergie au service des autres. C’est dans cette perspective que l’on peut me faire confiance. Et puis, je suis favorable à l’émergence de garde-fous.

Dans une société démocratique et éclairée du 21° siècle, quand vous sollicitez des efforts, vous devez être irréprochable. Sur ce point, je ne donne pas de leçon, nous restons des hommes, mais j’essaie tous les jours de m’améliorer, conscient d’ores et déjà de mes forces, mais aussi de mes faiblesses.  »

 

N’avez-vous pas peur de vous lancer, précisément en cette période difficile ?

 

« L’engagement en politique fait peur. Incontestablement !

Quand je me suis engagé, c’était comique pour certains et au fur et à mesure que je me suis affirmé, on m’a souvent ri au nez. C’est évidement compliqué et difficile, ce d’autant qu’à l’époque, le Parti socialiste était en mauvaise posture. Même au sein de votre famille, cela peut être mal vu.

« Fais attention à toi, ne mets pas la charrue avant les bœufs »

 

Et les proches dans tout cela ?

 

« Globalement, j’ai grandi au sein d’une famille recomposée avec des parents qui ont de profondes valeurs qu’ils m’ont inculquées, mais qui étaient terriblement apolitiques. Et qui le sont encore aujourd’hui, regardant de loin cet engagement qu’ils savent pourtant ancien et profond avec de vraies idées qui ont souvent essaimé dans la société. Je ne me suis jamais caché sur ce point.

Mes enseignants (dès le primaire, à Petit-Paris, avec Alcide CHARLES, en passant par mes professeurs du collège et du Lycée les Persévérants, à Basse-Terre, et notamment Guy CHANLOT, aujourd’hui décédé et qui m’estimait énormément), m’ont toujours encouragé. Même ceux qui sont connus pour ne pas être de mon bord politique, comme Yvon LEMOYNE, adjoint au maire à Vieux Habitants, m’ont appuyé. Eh bien, voyez-vous, encore aujourd’hui, ils me soutiennent tous !

Le monde politique est cruel ! Les places sont chères et ne se donnent pas. Il faut les prendre !

On ne m’a jamais fait de cadeau. Vous perdez beaucoup d’amis, au profit d’autres, parfois, et puis votre entourage intime doit pouvoir tenir, des réunions, des activités de militant, votre travail personnel… c’est un engagement au quotidien, permanent, pour lequel il faut trouver son équilibre. J’ai trouvé le mien, je m’engage !

D’autres jeunes sont engagés comme moi et j’imagine les difficultés auxquelles ils ont été confrontés.

D’autres voudraient et craignent de le faire, mais quand on veut, on peut. Ceci étant dit, nous sommes encore trop peu à investir, comme en métropole, le champ politique, par peur de l’engagement ou des représailles, par exemple. Et comme je vous l’ai dit, faire de la politique en étant jeune exige une sorte de mental d’acier parce que vous prenez des coups…

S’agissant de ma démarche, je rappelle qu’elle s’inscrit dans un cadre démocratique. Je suis encarté depuis 15 ans aujourd’hui. Le parti a prévu des Primaires. Je m’y présente en respectant les règles.

Donc, je n’ai pas peur. Ni d’être investi, parce que je le souhaite ni des attaques qui pourraient résulter de ma démarche, je les ai déjà subies et cela ne m’a pas déstabilisé. Je suis prêt, nous sommes prêts, parce que cette démarche n’est pas simplement la mienne, c’est aussi le souhait des jeunes qui souhaitent désormais que l’on puisse incarner un changement, une relève, pour notre pays.

 

Déjà, les législatives ?

 

S’agissant des législatives en elles-mêmes, je veux être le député de La Guadeloupe et intervenir sur tous les sujets, évidemment ceux qui concernent notre pays. Et pour cela, je travaille sur des propositions intéressantes, parce que je compte peser pour faire bouger les choses. Mon équipe comporte des jeunes, des moins jeunes, des experts, mais surtout des citoyens qui ont des propositions intéressantes qui pourraient être portées par un parlementaire. Celles que je ne pourrai pas porter, nous les instruirons, parce que, quand un administré vient vous voir, vous ne pouvez pas lui dire que cela ne relève pas de vos compétences. Eh bien, quand ce sera le cas, je faciliterai toutes les démarches.

En somme, un député, c’est un avocat de toutes les causes, collectives avant tout, mais aussi individuelles.

L’électeur qui se tourne vers vous le fait parce qu’il a un besoin. Il faut lui répondre et je le ferai.

J’aurais, si je suis élu, une permanence où je recevrais et dans laquelle mes collaborateurs recevront tout le monde quand je ne le pourrais pas. Je veux être et je serai un élu de proximité.

 

Et à ceux de mes amis qui doutent, je réponds par cette citation de Mark TWAIN : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. »

Comme vous le remarquez, Mark TWAIN est un auteur qui inspire beaucoup une partie de la jeunesse en politique dans les territoires d’Outre-mer

 

Reportage Dominique LANCASTRE

Secrétariat de rédaction Colette FOURNIER

Copyright Parmenidês/Pluton-Magazine/2017

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