Once Upon a Time… « Ivre et Mourir  » de Michèle Jullian.

Par Dominique Lancastre

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Si l’on s’arrêtait à ce long paragraphe suivant, on pourrait croire qu’Ivre et Mourir, le nouveau roman de Michèle Jullian, ne s’attache qu’à nous faire découvrir l’atmosphère des randonnées, mais la réalité est tout autre.

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[…]  Participer à une randonnée, c’est s’immerger dans une forme d’aventure soigneusement orchestrée par des spécialistes du voyage : c’est partager l’intimité d’une tente la nuit avec des étrangères ; c’est s’engager dans une expédition périlleuse, ballotté entre appréhension ( peur immédiate) et désir refoulé de danger ( pour raconter au retour) ; c’est s’interroger sur la commercialisation des émotions orchestrées par des coachs de vie autour de feux de camp, de pauses-thé et de concerts improvisés par des nomades ; c’est se saouler de mélodies hypnotiques vibrant dans la nuit sur la peau tendue des benjirs ; c’est s’émerveiller devant un lever de soleil en pratiquant la respiration «  en pleine conscience » ; c’est marcher en conformité avec des thèmes imposés par le coach ; en silence pour se reconnecter avec le désert, ou par petits groupes e, fonction des affinités : c’est accepter de se soumettre aux rites des «  cercles de paroles » entre participantes afin de favoriser l’expression de ses propres émotions ou réflexions ; c’est se plier aux séances acrobatiques  de yoga ; enfin, une randonnée, c’est choisir – la nuit tombée- de dormir sous un tapis d’étoiles et dans un sac de couchage ou subir des ronflements des autres randonneuses sous la tente […]

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Ivre et mourir : essai romancé ou reportage romancé se situe dans une catégorie de roman unique en son genre. La bibliographie en atteste . Michèle Jullian, qui connait bien le Maroc pour y avoir séjourné à plusieurs reprises, nous livre ses impressions à travers cet ouvrage où la fiction et la réalité se superposent. Ivre et mourir revêt plusieurs aspects, et cela dépend de la manière dont le lecteur aborde la lecture.

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On y découvre beaucoup d’information sur un tourisme peu connu, celui « du sable », car il faut comprendre que l’univers du sable est particulier et, dans cet univers particulier, les guides contrôlent les esprits. Luisa, jeune journaliste orpheline, est envoyée faire un reportage sur ce tourisme du sable, et rencontre Aylal un guide touristique cultivé, qui va lui donner un cours sur la culture nomade.  Charlotte , elle, est une amie avec laquelle Luisa échange par messagerie tout au long du roman.

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Alors que tout les sépare , il s’opère alors une sorte de synergie et, au fil des pages, Luisa est attiré de plus en plus par Aylal ou plutôt Aylal aspire Luisa dans son monde. Luisa est intelligente, mais Aylal aussi. Le jeu de séduction qui se déroule entre les deux personnages est brillamment orchestré par Michèle Jullian. ils se titillent mais ils connaissent la limite à ne pas franchir.

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Mais , un roman reste un roman et, si les personnages sont fictifs, l’auteure nous livre des informations concrètes sur la façon, dont l’islam s’est progressivement imposé au Maroc. Et s’il est question d’Islam , il est forcément question d’interdits. En abordant la question des interdits, Michèle Jullian nous construit un roman très subtil où elle met en scène petit à petit l’alcool.

C’est ainsi que le vin devient presque un personnage dans Ivre ou Mourir. Michèle Jullian parle de religion sans virulence, car les informations qu’elle nous transmet font partie de ses propres recherches et de ses lectures. Ivre ou mourir, nous invite à nous arrêter et à réfléchir. Il y a dans ce roman la volonté de chercher la vérité et cette vérité passe par des expériences. Le vin est la pomme dans le jardin d’Eden en quelque sorte. Michèle Jullian joue avec le lecteur. On ne peut s’empêcher de comparer Luisa à Eve dans un contexte particulier. Elle pousse Aylal à transgresser une loi et elle y met un certain plaisir. Elle ne le fait pas par perfidie ni par méchanceté. Rien de tout cela. Il est question de liberté et le vin devient l’élexir qui libère Aylal de sa facette refoulée..

Luisa mène une enquête pour son article, mais se retrouve peu à peu sous l’emprise d’Aylal. À partir de ces personnages, Michèle Jullian explique comment tout est mis en scène dans ce milieu touristique, et tout est fait pour contrôler les esprits. Ces touristes, en majorité des femmes célibataires, tombent très facilement dans le piège. Le passage sélectionné n’est pas anodin, car c’est précisément où réside le piège.

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Le roman n’est pas toujours dans les critiques et l’auteur met en valeur cette partie du monde dans ses descriptions tout en pointant du doigt ce qui lui semble hypocrite et ce qui lui semble de toute beauté. On perçoit à travers ses descriptions une région du monde pour laquelle le cœur de l’auteure palpite. Habituée à parcourir le monde et à jeter son regard sur diverses sociétés, Michèle Jullian partage avec nous, lecteurs, des univers particuliers. C’est un regard de grande voyageuse , toujours alerte et à la recherche de sensation forte, mais contrôlée. Un roman captivant qui devrait plaire à tous ceux qui recherchent la vérité sur le tourisme de séduction.

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Par Dominique LANCASTRE

Pluton-Mag Littérature

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Luisa a grandi entre un père juif marocain et une mère chilienne, tous deux chercheurs célèbres et peu enclins à partager leur passé. Après leur disparition brutale, Luisa, tout juste promue photojournaliste, part au Maroc pour le compte d’un magazine féminin, étudier « le tourisme de séduction » dans le désert. Elle y rencontre Aylal, un guide cultivé et déroutant qui lui ouvre les portes de sa culture nomade, tandis qu’elle l’initie au plaisir sensuel du vin, éveillant en lui le vertige d’une liberté absolue – mais à quel prix ?
Porté par une écriture sensible et précise, ce roman explore les zones floues entre héritage, désir et mémoire. Michèle Jullian signe ici un récit à la fois intime et engagé, où l’enquête journalistique devient quête identitaire.

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