Les errances utiles de l’avocat

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Par Maître Aurore Boyard

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Il est un aspect méconnu de notre profession, tellement les préjugés sont difficiles à combattre : il s’agit de ce que j’appelle « les errances utiles » de l’avocat.

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Nous sommes en effet nombreux à accepter d’assurer la défense de clients dont les affaires sont jugées en dehors de notre juridiction habituelle. Pour ma part, inscrite au Barreau de Toulon, mes juridictions habituelles se situent dans le Var et les Bouches-du- Rhône : Toulon, Marseille et Aix-en-Provence. Mais il est fréquent que j’accepte des dossiers à Bordeaux, Paris, Versailles, Nanterre voire Metz.

Bien évidemment, cela nécessite une organisation familiale sans faille mais également une organisation professionnelle tout aussi millimétrée. Et puis les voyages forment la jeunesse, dit-on ! A ce compte-là, je vais rester éternellement jeune…

Mais revenons à nos moutons, lorsque l’on sait qu’une plaidoirie dure parfois dix minutes, au plus vingt minutes (à part en matière criminelle mais ce n’est pas le sujet de cette étude) et que le temps de trajet pour se rendre à l’audience avoisine dix heures voire deux jours, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle, pour utiliser une expression courante ?

Et bien, la réponse est oui. Les clients qui nous retrouvent au tribunal le voient bien. Si en plus, le juge pose des questions et qu’un échange interactif s’ensuit, la nécessité d’être présent s’avère particulièrement fructueuse. Car, au-delà de la décision elle-même, qu’elle soit favorable ou non au client, ce dernier a pu constater que l’acte de juger reste parfois humain ; il a également le sentiment d’avoir été entendu et d’avoir pu faire valoir son point de vue. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des audiences non virtuelles, vous savez, celles où vous rencontrez des êtres humains qui se penchent sur ce qui constitue l’histoire d’une vie, ou « un accident » de parcours.

L’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme précise que « toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable ». Cette notion de publicité des débats est importante et l’on peut s’interroger sur le fait que les réformes à venir visant à dématérialiser les procédures civiles, et donc à ce que les affaires inférieures à 5000 euros ne soient pas jugées publiquement mais sur dossier dans un bureau, remplissent cette condition. Je ne le pense pas !

Déjà, les acteurs du monde judiciaire dénoncent l’utilisation de la visio-conférence, car elle enlève toute approche humaine et en plus, elle ne fonctionne pas bien ! Ce système crée une distance avec le juge à l’instar des box vitrés contre lesquels la profession d’avocat lutte et qui ont donné lieu à une prise de position du Défenseur des droits et des décisions de magistrats faisant droit aux demandes de leur conseil visant à ce que leurs clients soient jugés hors desdits box vitrés.

Au final, ces errances sont utiles, et même si le temps de déplacement est sans conteste possible, parfois, sans aucune mesure avec le temps de plaidoirie, ce n’est pas vain.

La question se pose alors de savoir ce que fait l’avocat pendant le temps de transport. Mais cela est une autre histoire…

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Rédactrice Maître Aurore Boyard

Secrétaire de rédaction Coette Fournier

Pluton-Magazine

Maître Aurore Boyard  a publié à Enrick.B.Editions  l’avocatesse. https://www.enrickb-editions.com/l-avocatesse

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