Par Georges Cocks
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Au nom du progrès, nous progressons aujourd’hui vers la situation la plus critique de notre existence. Nous menaçons la vie présente et nous compromettons le futur de toutes espèces animales et végétales en brandissant l’innovation comme le serviteur dévoué d’une humanité devenue de plus en plus paresseuse. Mais pourquoi fonçons-nous ainsi, tête baissée, alors que certaines données sont déjà très alarmantes?
Comme en médecine, le bénéfice attendu l’emporte sur le risque. Sauf qu’aujourd’hui, ce ne sont pas quelques individus qui tombent sous la menace de cette catastrophe, mais c’est l’ensemble des humains qui en sont impactés. Nous regardons le présent et nous oublions que le futur découle de son prédécesseur.
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En raison du changement climatique, l’eau est devenue une denrée rare. Les grandes sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes et intenses partout dans le monde entier.
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On ne parle plus d’Éthiopie qui détient ce palmarès depuis très longtemps. Le problème s’étant généralisé, le nord du Chili souffre d’une dure sécheresse depuis 14 ans. Huit pour le sud-ouest des États-Unis et trois pour l’Australie. Ces sécheresses pluriannuelles sont responsables d’énormes dégâts économiques sur l’agriculture et les écosystèmes destinés à l’élevage, selon l’ Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL.
Par endroit, ce n’est pas le déboisement ou le climat qui en sont les causes du problème. Notre grande course sans frein vers la révolution technologique. L’informatique et la création exigent une quantité considérable de cette ressource précieuse qu’est l’eau. Qui de l‘homme ou de la machine en a le plus besoin? Les dommages causés à environnement sont irréversibles. Les géants du numérique viennent implanter leur méga data center dans des pays pauvres en toute impunité. Un néocolonialisme honteux ou le pillage des autres semblent naturels pour satisfaire le désir égoïste des autres.
Au Chili, que nous avons cité, on a vu en moins de dix l’installation de sept infrastructures de ce genre et, pour les refroidir, il faut de l’eau, beaucoup d’eau. C’est un eldorado pour ces entreprises parce que l’état chilien permet d’octroyer gratuitement des titres d’extraction d’eau à perpétuité sans payer de consommation. Chaque seconde sont pompés 50 litres d’eau. Le système de refroidissement ne fonctionne pas en circuit fermé, ce qui fait une augmentation sans fin du besoin en eau. Les marais qui autrefois couvraient un territoire relativement vaste de roseaux ne sont qu’un ruisseau de deux mètres de large dans un fossé où une vache ne se noierait pas. L’ activité de vannerie est en train de mourir et les mains aussi qui les tissent. La nappe phréatique atteint un niveau inquiétant. Elle baisse très rapidement pour le volume important d’eau qu’elle représente.
En introduction, nous demandons pourquoi nous fonçons tête baissée : aujourd’hui, nous prenons à peine conscience tant que nous n’avons vu que comme des Thomas modernes. Nous ne réagissons pas à l’invisible, sauf quand il nous frappe dans notre chair par la maladie. Mais c’est de l’invisible qu’il faut se méfier le plus. Ces géants numériques nous ont aussi embarqués dans leurs crimes odieux. Il n’est plus nécessaire de venir à la maison pour partager l’album de famille. Un seul click sur un lien suffit pour montrer les photos de vacances, de mariage ou le dernier petit né de la famille. Ces données sont accessibles de n’importe où, c’est la révolution que l’on nous a vendue et il est naturellement normal d’y adhérer. Ils se gardent bien de dire comment cela est possible. Il n’y aura certainement plus d’arbres à abattre pour l’album photos, mais bientôt, il n’y aura pas une goutte d’eau pour faire pousser un buisson. Lorsque nous saurons la réalité, nous ne pourrons pas faire marche arrière.
On ne cesse de jouer sur nos cordes sensibles pour se remplir les poches et, par la même occasion, nous laissant dans un écran de fumée pour ne pas trop comprendre la partie qui se joue. La voiture électrique est au cœur des discordes, car elle a déjà une dette carbone colossale avant même d’avoir parcouru un kilomètre de 5 à 15 tonnes de CO2 selon le modèle. Sa production, et notamment les batteries, émet des gaz à effet de serre. Cette empreinte est deux à trois fois supérieure à celle d’un équivalent thermique, indique l’Ademe. Produire une voiture électrique est environ 50% plus impactant pour l’environnement qu’une voiture thermique en raison de la fabrication de sa batterie. Ce bilan s’inverse lorsque le véhicule est utilisé, car rouler avec un moteur électrique ne produit aucun gaz à effet de serre. La question est de savoir si l’utilisation future permettra d’éviter les conséquences désastreuses de la production. L’extraction des terres rares qui transforme le paysage et élimine la faune et la flore reviendra-t-elle à son état initial en roulant à l’électricité ? La réponse est non! Ces minéraux ne sont pas présents partout dans le monde et leur quantité est limitée. Pour extraire 1kg de lithium, les techniques utilisées dans les salars du Chili demandent ainsi de pomper jusqu’à 2000 L d’eau. L’arrivée des voitures électriques se rajoute à l’extraction pour la fabrication des batteries pour nos appareils du quotidien. La grande mode des outils du bricolage aujourd’hui, mise sur le sans-fil avec des puissances remarquables en termes de batterie. Le recours à l’énergie n’a jamais été aussi grand qu’à notre époque.
« Même électrique, la voiture n’est pas un véhicule durable et ne résout pas les problèmes d’occupation d’espace, d’accidentalité et de sédentarité », indiquait dans une tribune le Groupe d’étude et de recherche sur les véhicules intermédiaires (Gervi). Calquer les usages des voitures électriques sur leurs prédécesseurs, c’est reproduire un certain nombre d’erreurs ou en créer de nouvelles. Recharger ultrarapidement une batterie comme on fait « le plein » de carburant, en deux minutes, représenterait un appel de puissance équivalent à celui, simultané, de 1 500 foyers !
Si cette recharge se fait sur une centrale à charbon, alors nous n’avons rien compris aux enjeux écologiques et climatiques et à la menace qui plane sur l’humanité entière.
La réparation de ces voitures pose un vrai problème. Elles sont réformées très rapidement pour des chocs pour des dégâts mineurs qui ne seraient en aucun cas un problème pour une voiture thermique.
Si nous avons autant d’éléments pour comprendre l’impact négatif de notre technologie et que nous voyons déjà les effets produits, alors pourquoi sommes-nous obstinés à poursuivre la route dans cette direction? Si nous nous enrichissons pour profiter de la vie, où est le bon sens de détruire notre environnement? Quel intérêt y a-t-il de posséder des biens sophistiqués non vitaux si ces derniers contribuent à rendre hostiles nos conditions de vie?
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Ce déni réside dans le bonheur immédiat procuré par tous ces artifices et les discours contradictoires qui mettent en avant les avantages de consommation au détriment des impacts environnementaux et de sociétés.
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Ces fossoyeurs avides savent parfaitement les conséquences, mais ils préfèrent l’appât du gain à une meilleure condition de l’humain. Ils ont fait perdre le sens du besoin à tous les humains par un système commercial efficace.
Souvent, ils se dédouanent de cette responsabilité, car ils n’obligent personne. Nous faisons aussi un choix délibéré de faire un usage abusif ou modéré de ce qui nous est proposé. Sauf qu’il y a toujours un petit fil d’Ariane subtilement incrusté dans le subconscient. Habilement, il nous influence et nous fait croire que nous nous sommes fait un choix personnel et réfléchi.
Le déni s’en trouve renforcé parce que nous avons été éduqués à rester dans notre zone de confort. Personne n’est prêt à renoncer à ses gadgets pour garantir un futur meilleur. Le futur appartiendra à une nouvelle génération qui se démènera à trouver une solution aux problèmes que nous allons leur léguer. Elle est d’ailleurs conditionnée à devenir des inconditionnels de la technologie. Il n’y a aucun mal à ce qu’ils ne sachent pas compter ou résoudre des problèmes sans avoir recours à un support d’intelligence artificielle.
Le défi à relever est si grand qu’on pourrait se demander si nous n’avons pas jeté l’éponge depuis très longtemps et que nous sommes dans un simulacre sans fin pour ralentir le chaos. Le génie humain n’a jamais trouvé son côté pair pour corriger les imperfections répétées dont il est la source. La seule volonté de créer pour consommer lui enlève toute lucidité sur les conséquences de ses actions. La prédation constante des ressources de la terre a fait de l’homme le plus médiocre des chasseurs qui puissent exister.
Nous avons le choix de continuer à faire l’autruche et sortir des tours de magie enfantins ou d’être réalistes en en imposant une nouvelle société de consommation.
Le bonheur de vivre est en train de nous échapper pour un conditionnement binaire de nos vies. Il n’y a peut-être que la grande panne qui pourrait nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard.
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Rédacteur Georges Cocks
©Pluton-Magazine/2026/Paris 16e
Écrivain- Éditeur-Poète-Romancier

