Lorsque l’on a 15 ans et que l’on reçoit un prix national pour son initiative de monter sa propre troupe théâtrale, on doit obligatoirement fuir une condition ordinaire. Lorsque l’on a 17 ans et que l’on signe son premier contrat de comédien professionnel, à Montpellier, près de Pézenas où jouait Molière, le chemin semble tracé. Et quand l’antichambre de la Comédie Française, le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique lui ouvre ses portes, on sait que le jeune comédien va être célèbre.
Mais le bonhomme est d’une autre trempe, sans que l’on sache bien laquelle, et le chemin direct qui devait l’amener à la célébrité sera parsemé de virages assez secs et de quelques sommets escarpés. Briller sur les planches par son talent ne lui suffit pas. Il aime mettre en scène la vie, et le théâtre lui offre cette opportunité avec sa première mise en scène, dans ce magnifique « théâtre classé », rue du Conservatoire. Sera-t-il rassasié lorsqu’on lui découvrira ce nouveau talent, adoubé par le directeur d’alors, Pierre Aimé Touchard ? Apparemment pas, car diriger des acteurs lui fait découvrir une autre facilité, celle de les former, de les transformer (Jean-Marc Barr, Gilbert Melki).
Les mises en scène qu’il signe le propulsent au Japon, au Liban, en Espagne mais la France, malgré un magnifique Songe d’une Nuit d’Eté au théâtre de la Porte Saint-Martin, ne le reconnaît pas. Trop atypique. Trop dévoreur. Trop de talents tuent le talent diront certains. Et la France n’aime pas ça.
En souffrira-t-il, ce doué trop précoce refusant toute concession ? Acceptera-t-il de voir ses copains en haut de l’affiche et se contenter d’un beau succès, mais d’estime comme on dit ? Sa rencontre avec les japonais et les arts martiaux fait résonner un autre désir : de maîtrise du corps, du silence et de la découverte de l’Asie. Un moyen de fuir l’étroitesse de son pays ? Il découvre surtout le lien avec les maîtres » et le respect qui leur est dû. Est-ce une autre antichambre qui s’ouvre vers les montagnes sacrées du Tibet ? Et le son sourd des trompes et cloches tibétaines estompera-t-il les nombreuses retraites qui le nourrissent avec ses copains moines bénédictins de l’Abbaye de Solesmes ? Dans tous les cas, le mystique rejoint l’acteur, à la dérobée, et le monde des lumières artificielle s’estompe tout autant.
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