Haïti a enfin un président élu. La désignation de Jovenel Moïse, agriculteur, novice en politique, mais bénéficiant d’importants soutiens financiers, clôt une très longue crise électorale, commencée en octobre 2015. Un président PDG à la carrière opaque qui marque un retour en arrière pour les Haïtiens, avec une poursuite des mesures ultralibérales engagées par son prédécesseur et parrain, Michel Martelly.
Après les passages du président prêtre, du président dictateur, du président musicien, qu’apportera celui-là ? « Mon élection est la preuve de la maturité politique du peuple haïtien et de son aspiration à un mieux-être », n’a-t-il pas hésité à dire le jour de son investiture .En réalité, Jovenel Moïse est un homme d’affaires surtout connu pour être le PDG d’Agritrans, une entreprise de production et d’exportation de bananes biologiques, à destination principalement de l’Allemagne, et première zone franche agricole du pays. C’est un méga projet de 987 hectares, pour lequel Moïse a obtenu 6 millions de dollars du gouvernement Martelly. Ce dernier avait déjà pour objectif de créer plusieurs zones franches, projet que Jovenel Moïse a repris dans son programme. Comme l’ancien président, le jeune homme d’affaires a construit sa campagne sur son image d’outsider. Agritrans est néanmoins un projet vitrine très opaque qui rappelle l’opacité de la carrière de Moïse. D’après une récente enquête, il posséderait 14 comptes bancaires et ferait l’objet de soupçons de blanchiment d’argent. Moïse entre en fonction avec au-dessus de sa tête un nuage légal qui pourrait paralyser sa présidence et déstabiliser encore plus Haïti. Il est la cible d’une enquête menée par l’Unité de lutte contre les crimes financiers du gouvernement.
Un système « San Man Man »
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