Que voyez-vous en vous regardant dans un miroir?

Que voyez-vous en vous regardant dans un miroir?

Je me suis très souvent confronté à cette question pendant toutes ces années au cours de ma carrière professionnelle. Cet instrument magique nous renvoie constamment la réflexion d’une image qui n’est pas toujours en symbiose avec ce que nous ressentons au plus profond de nous. Cette relation agitée peut être problématique pour une danseuse mais les danseurs masculins n’en sont pas pour autant épargnés. Ce n’est qu’après des années de pratique que j’ai moi-même trouvé la paix et un certain plaisir face aux reflets d’imperfections que moi seul voyais. Oui, se retrouver presque nu avec comme seul vêtement, un simple collant, peut être déstabilisant. Subir les regards scrutateurs et critiques des autres danseurs, n’est pas facile à supporter, surtout au début.

Cette relation tumultueuse entre le miroir et le danseur n’est pas évidente. Cette opposition permanente entre la critique constructive et destructive que suscite le danseur peut à la longue être démoralisante. Nous, danseurs, sommes connus pour le fait de nous imposer ce schéma autodestructeur pendant notre quête de perfection. Paradoxalement, ce même miroir peut être à la fois notre meilleur ami et notre pire ennemi. J’ai moi-même vécu ces moments où il me semblait que le miroir se moquait de ma façon de danser, de mon corps qui brusquement me paraissait tantôt maigre tantôt trop gros et obèse des fois.

Aussi, il est arrivé que ce même miroir qui hier me faisait douter de mes capacités, me renvoyait une image bien plus en harmonie avec ce que je voulais voir, partager, tout en me réconfortant sur mes aptitudes de danseur.

Malgré tout cela, on finit par apprendre à accepter cette relation conflictuelle que nous nous imposons en nous rendant compte que danser ne se résout pas qu’à une simple technique, qu’aux mouvements parfaits et que la quête de perfection ne peut aboutir qu’à l’autodestruction. Ce n’est qu’en se dégageant de l’emprise du miroir que la magie se libère et que l’art de la danse peut s’opérer.

Alors, que m’ont apporté ces expériences qui pour certains peuvent paraître traumatiques ou bénéfiques pour d’autres? Est-ce que tout danseur doit s’en passer?

Chaque cas est unique et chaque danseur réagira en fonction de son tempérament propre. Personnellement, elles m’ont surtout appris à me regarder, à m’accepter pour ce que je suis en tant qu’humain, aussi appris comment tirer profit de ce corps qui parfois semblait ne faire qu’à sa tête. Un cheminement qui m’a permis d’être l’artiste, le professeur de danse et chorégraphe que je suis devenu.

Le corps du danseur se transforme avec l’entrainement mais, sans un esprit sain, celui-ci ne peut fonctionner dans le sens souhaité. Oui, après toutes ces années, on arrive par faire du miroir, un outil pratique qui permet de parfaire les éléments techniques comme les lignes, les positions du corps dans l’espace. Lors des répétitions, il sert de témoin face aux changements qui s’opèrent là de l’intérieur vers l’extérieur.

Au final, est-ce le miroir le coupable ou tout simplement un problème de sous-estime de soi sous-jacent que la pratique de la danse face à lui ne fait qu’activer ?

Vaste question qui demanderait surement plus qu’une simple réponse. Mais en ce qui me concerne, ce n’est qu’en s’acceptant avec ses soi- disant imperfections que tout danseur peut progresser artistiquement et professionnellement. Et puis, de toute façon, il n’y a pas de miroir sur scène, donc il faudra bien faire avec.

Merci de m’avoir lu !

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Alain « Dobrah » Michigan , professeur de danse à  Move on , John Harris Fitness Center et  Broadway Dance Connection.

(Vienne, Autriche) alainmichigan@yahoo.fr

 

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1 comments

Il est parfait cet article. Incroyable description de l’analogue de « la vue d’autrui » vs miroir qui n’est pas forcément en concordance avec la vue réelle et perception des autres car notre propre mental est notre pire ennemi. Merci Alain.

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