MOUSSA KONATE ou comment la boxe change des vies

MOUSSA KONATE nous accueille dans son bureau de l’Escale et sa salle d’entraînement baptisée « KONATEAM ». Ici, ça respire la sueur, la discipline. Ici se côtoient aussi bien des enfants, des adultes, des pratiquants de sport en amateur que des champions du monde.

MOUSSA KONATE 

cache_2421942076 (1)Français d’origine malienne de 38 ans, père de 4 enfants. Sa rencontre avec la boxe a changé sa vie et sa destinée.À l’âge de 14 ans, par hasard, Moussa découvre la boxe.
La bagarre étant à l’époque son passe-temps favori (il se battait 2 à 3 fois par jour), un assistant social lui conseille alors de pratiquer un sport de combat pour canaliser son énergie.
Il part assister à un entraînement de boxe thaï dans le 11ème arrondissement de Paris, sur le boulevard Richard Lenoir et découvre ainsi le monde de la boxe pieds-poings. L’entraînement observé entre 2 jeunes et la rencontre avec son futur entraîneur, KRONSAK (multiple champion du monde thaïlandais), lui donnent envie d’essayer ce sport et vont l’aider à expulser cette rage qu’il a en lui.
Moussa comprend que la boxe peut être non seulement un défouloir, mais aussi une échappatoire pour aider sa famille à sortir de la galère. Dans son « pressbook » d’alors, il a même déjà écrit que son objectif, son rêve, était de « devenir champion de France, champion d’Europe et du monde, mais aussi d’entraîner de futurs champions et surtout de transmettre ses valeurs ».
Pour l’aider dans son projet, il fera tout d’abord la connaissance d’une assistante sociale, madame BROM, qui va l’aider à construire son dossier pour financer sa licence de 100 francs de l’époque (soit environ 15 €), Le règlement de cette licence notera le début de son premier combat, ses parents n’ayant pas les moyens de s’en acquitter.
Sa licence en poche, après trois mois de dur entraînement, Moussa gagne son 1er combat par KO, à l’âge de 13 ans. Doué pour ce sport, il enchaîne avec un titre de Champion d’île de France à l’âge de 14 ans ; il est en train de réaliser ses rêves.
Son parcours est également émaillé des déplacements fréquents de sa famille. Il débute à 14 ans dans le 11e arrondissement de Paris, puis part vivre à Montreuil un an après. En parallèle de ces déménagements répétés, Moussa cherche à se perfectionner et à progresser.
Il change de club en 1996 et intègre un club professionnel de Nanterre, chez le réputé Monsieur CUDERC. Il y devient champion de France à l’âge de 18 ans et démarre sa carrière professionnelle avec un passage d’amateur à semi-pro classe B ; il y restera 4 ans.
Le déménagement de ses parents dans le 18e arrondissement de Paris l’emmène chez RACHID SAADI, un monument de la boxe thaï. Il deviendra champion d’Europe puis champion du monde (2000 – 2002) : « LE MARABOUT DU RING frappe là ou l’on n’y attend pas ».
Mais son souhait le plus cher restant de transmettre et de former de futurs champions, il n’a donc pas de temps à perdre. En passant boxeur professionnel, il ambitionne en effet de gagner le plus de combats possibles pour amasser de l’argent et préparer son avenir.

 KONATEAM

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Son installation en 2002 dans la ville de Villiers-sur-Marne va marquer un nouveau tournant dans sa vie. En effet, en 2005, il rencontre le maire de la commune, monsieur Jacques-Alain BENISTI qui lui fait part de son envie de l’embaucher pour qu’il réalise des cours de boxe à l’ESCALE (espace socioculturel).
Cette rencontre est une opportunité qu’il saisit afin de passer du statut de sportif de haut niveau à celui d’entraîneur. En s’impliquant dans ce projet, il peut enfin réaliser un nouveau pan de ses rêves : redonner et former.
Le maire crée pour lui un poste d’agent de médiation orienté vers les jeunes de 18-25 ans afin de travailler à la réinsertion par le biais du sport. Moussa donne alors gratuitement des cours de boxe, entre 12 à 14 heures par semaine, aux jeunes de la ville. Il leur apprend à découvrir leur corps, le dépassement de soi et à se canaliser. Très rapidement, il représente l’image du grand frère et devient une figure de la commune, les jeunes lui font confiance. Les résultats sont marquants car beaucoup d’entre eux ont arrêté de boire.
Ses excellents résultats lancent sa carrière d’entraîneur – éducateur
En tant que « grand frère », comme il le dit lui–même, son rôle est « d’aider les petits frères, les prendre sous son aile, comme le tout premier boxeur qui leur fera confiance et qui les sauvera de la prison. »
En parallèle, il crée en septembre 2006 l’association sportive Konateam à Villiers, où il propose différentes disciplines autour de la boxe, dans lesquelles chacun peut se retrouver (loisirs – compétitions, enfants – les hommes comme les femmes). Des cours de boxe anglaise, de grappling ou MMA, de la boxe Thaï, du Kona cross et même du fitness pour les femmes y sont dispensés.
Comme il le dit si bien, le mot d’ordre est :

« Ici, c’est comme si on est une famille. On est tous ensemble ».
À la Konateam, tout le monde s’entraîne ensemble et respecte les règles, les exercices. Il précise : « Tout le monde s’entraîne en même temps. Ici on ne triche pas. On est une famille, peu importe ton niveau ».
Les résultats sont éloquents, beaucoup de jeunes retrouvent une hygiène de vie, des femmes font leur apparition, des nouvelles activités diverses sont proposées.
Moussa arrive à prouver qu’un champion du monde issu d’un milieu défavorisé peut, à son tour, former des champions du monde issus de banlieues ou de cités. Le grand frère qu’il est se met dans la peau des jeunes : « J’ai connu la misère, donc, je peux m’identifier à chacun d’eux ».
Autre rencontre décisive, celle de TAREK MANSOUR (responsable du service de la jeunesse et des sports à la mairie de Villiers-sur-Marne, speaker reconnu dans le monde de la boxe), qui l’aide à se professionnaliser et à s’organiser : cette rencontre débouchera sur un évènement encore inédit en France : Moussa organise, promotionne et gagne son championnat d’Europe et du monde en 2008.
Mais, la Konateam, c’est aussi l’insertion des jeunes et des actions solidaires.

Valeurs de Moussa Konaté – rôle de la boxe

Une phrase résonne ici, constamment : « Ici, c’est une famille, avec l’écoute, le respect, la discipline, Ensemble nous sommes plus fort, nous allons plus loin, plus vite. La boxe, c’est de la discipline. Ce sport donne envie de réussir, suscite du courage mais apprend aussi le dépassement de soi et à donner aux autres. Redonner tout ce que j’ai appris et continue d’apprendre, l’écoute, la discipline, le respect, le dépassement de soi, la confiance en soi, c’est mon leitmotiv ».
Chacun possède en lui un trésor immense.
La boxe, c’est une discipline, en Thaïlande, la boxe muay-thaï, c’est un métier, en France, c’est l’école qui prime. Moussa a vite ancré en lui cette éthique de travail, il a en fait son leitmotiv. Pour lui, sur le ring, c’est comme dans la vie, on est seul face à soi-même. On doit être attentif, rigoureux et courageux si l’on veut réussir. Le respect de l’autre, la connaissance de son corps sont également importants. Les valeurs de la boxe inculquées dans la KONATEAM sont : la discipline, la rigueur et la concentration.
La famille aide à se construire, à avancer et aller plus loin ensemble, car il y a de la solidarité.
La boxe a permis de prouver qu’on peut se découvrir, croire en soi, donner confiance, que tout est possible.

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Pourquoi la Boxe Thaï – Qu’est-ce que la boxe Thaï ?

La boxe Thaï allie concentration, rapidité d’exécution, endurance, technique, tactique.
Elle implique la connaissance de son corps et un respect de l’autre.
La boxe thaï, c’est une discipline thaïlandaise, mais c’est un art de vie avant tout basé sur la discipline, la rigueur et le respect de son adversaire.
C’est un sport national en Thaïlande mais c’est aussi un métier à part entière.
On utilise les coups de poing, de coude, de genou et de pied ainsi que le corps à corps. On distingue le Middle (coup de pied à la hauteur du tronc), le low kick (coup de pied derrière les cuisses), le high kick (coup de pied à la hauteur du visage). Le coup de pied circulaire porté à différentes hauteurs (tête, tronc et cuisses) est souvent délivré avec le tibia.
Chez les professionnels, le combat se déroule en cinq rounds de trois minutes. Il est précédé par une « danse » rituelle : le ram-muay durant lequel le nak-muay (boxeur) porte le mongkon (bande de tissu enroulée autour de la tête pour marquer la tradition du peuple thaï et manifester, entre autres, le respect dû à son entraîneur, et pour optimiser sa perception mentale). Cette danse est composée de gestes codifiés exécutés par les deux adversaires individuellement et qui peuvent être propres à chaque école ou style de muay-thaï. L’explosivité des coups fait penser à un sport très violent.

 

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– C’est quoi la Konateam ? C’est pour qui ?

Le club est une association sportive de muay-thaï, créée le 4 septembre 2006 avec MOUSSA en tant qu’entraîneur avec l’aide de la ville de Villiers-Sur-Marne qui l’accueille dans sa structure de l’Escale.
Le club a voulu être créé à l’image de son coach, un club aux valeurs familiales, où tout le monde trouve sa place, le but étant de promouvoir cet art ancestral avec une aide éducative et ludique auprès des jeunes pour la plupart, mais accessible à un large public de niveau débutant, amateur et confirmé.
Régulièrement, les élèves participent à des réunions sportives (interclub ou championnat) afin de découvrir la joie de la compétition et le fruit de leur travail d’entraînement.
L’association est composée de passionnés de la boxe, d’anciens et de nouveaux boxeurs.
L’objectif du club est de permettre à tout type de public, enfants, adulte, homme, femme, pour les loisirs ou en compétition, de pouvoir venir découvrir et apprendre plusieurs disciplines. L’objectif est que chaque membre de cette famille apprenne à se découvrir, connaisse la rigueur, la concentration, qu’il découvre son corps, qu’il prenne confiance en lui. Ici, il n’y a pas de mélange, les débutants s’entraînent en même temps que les compétiteurs et les professionnels, ce qui renforce les liens et forge le respect : « Nous sommes une famille. »
Les effectifs :
KONATEAM (1)Aujourd’hui, il y a 300 licenciés dans la catégorie éducative : ce sont les enfants de 7 à 17 ans (dont 40 compétiteurs).
15 amateurs, 5 semi-pros, 4 professionnels et 4 champions du monde sont formés au club.
La Konateam organise et promotionne ses propres tournois de boxe avec le partenariat de TBM event.
Depuis 2008, pas moins de 8 gros tournois internationaux y ont été réalisés avec l’organisation du TOURNOI KONATEAM pour les saisons 2011-2013-2015. La Konateam existe depuis 8 ans et a permis à de nombreux jeunes sportifs, champions ou non, de devenir éducateurs à leur tour, en continuant à perpétuer cette transmission.
Parmi les champions formés, on peut citer :
Johane BEAUSEJOUR, un jeune du quartier à qui MOUSSA a appris tous les rudiments de la boxe, qui gagnera le championnat de France et sera sacré champion d’Europe.
Mickael BOURSEAU, le premier boxeur à avoir boxé pour lui, la première personne qui lui a fait confiance et qu’il a sauvée de la rue (* aujourd’hui Michael a ses diplômes d’entraîneur sportif, il a créé des associations BASICS 5 (intervention sur l’éducation dans les écoles primaires de la ville pour les temps d’activités périscolaires et le Human style tour (mise en avant des jeunes talents par le chant, la danse et l’humour, aide des jeunes dans la réalisation de leurs projets).

MASSA NISSIA, champion du monde Amateur, puis champion professionnel de France et d’Europe.
Michael LALLEMAND, jeune homme timide et en manque de confiance, qui deviendra champion de France.
Ines KANCEL championne de France.
Mohammed GALLAOUI, champion de France et d’Europe, champion du monde intercontinental.
Quentin HONORE, jeune lycéen arrivé à 17 ans et qui est aujourd’hui éducateur diplômé de boxe, entraîneur à la Konateam et boxeur professeur, également employé à l’Escale pour l’encadrement de jeunes.
Ainsi qu’autant de sportifs en manque de confiance qui, grâce à la boxe, se dépassent et deviennent des champions.
Au niveau sportif, l’association représente aujourd’hui :
300 licenciés.
40 compétiteurs en éducatif : « les enfants de 7-17ans »
15 amateurs, 5 semis pros, 4 pros, 5 champions du monde
La KONATEAM est donc bien plus qu’un club, c’est aussi une organisation de tournois internationaux comme le tournoi Konateam de 2008-2011-2013-2015.

 

– Quelles sont les disciplines proposées ?

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La Konateam comporte une salle de boxe dans laquelle se déroule la plupart des activités, c’est-à-dire, le muay-thaï et la boxe anglaise.
On y trouve aussi des cours de grappling ou MMA, un parcours kona cross, du fitness pour inclure les femmes aussi et leur permettre de venir se dépenser, se dépasser au lieu de rester à la maison.
Les entraînements se déroulent tous les jours :
Pour le Muay thai : lundi, mercredi et vendredi
Le lundi s’articule sur un travail mélangeant la technique à la tactique.
Le mercredi, on travaille le cardio avec du sparring (combat à la touche qui implique de toucher son adversaire en combattant durant quelques secondes) ; l’idée est d’expérimenter les montées d’adrénaline dans les combats.
Le vendredi : on travaille le cardio, le step, le développement et le renforcement musculaire.

Pluton Magazine – Moussa, nous te remercions pour cet entretien. Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?
– De continuer à rester moi-même, que la famille sportive grandisse. Avant d’être un club, nous sommes une famille, nous sommes unis, nous nous respectons, nous nous écoutons, nous avançons ensemble, ensemble, nous sommes plus forts et nous allons plus loin. Je souhaite que chacun puisse s’épanouir en venant ici, qu’il trouve sa place, peu importe ce qu’il vient chercher. Qu’on continue à former et à aider le maximum de personnes, qu’on forme des nouveaux compétiteurs, des futurs champions, des hommes, des femmes, des enfants plus confiants, plus sereins, qui apprennent à se connaître. Continuer à intervenir encore plus quand il le faut pour aider ceux qui en ont besoin : en dehors des événements sportifs, aider aux missions humanitaires, aider lors des inondations. Avant d’être un club, c’est d’être une famille : une famille, c’est fait pour grandir…
Et pour conclure, Moussa me lance un défi :
– 2 entraînements hebdomadaires durant l’été pour prouver que l’on peut se développer physiquement, mentalement et acquérir une grande confiance en soi !

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Un reportage de Lomon Taïdes
http://www.konateam.fr/
http://www.konateam.fr/actualit%C3%A9s/

Photos de Christian Julia

http://www.christianjuliaphotos.fr/Escale-Boxing-Club.html

Secrétariat rédaction Colette Fournier

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2 comments

Très bon article qui prouve que la réussite est possible. Peu importe d ou l’on vient. ..ce qui compte, c’est de savoir où l on veut aller et moyen .nous allons utiliser pour arriver au succès. …

hyper-actif positif, le développement personnel, le voyage, la culture, le partage, la créativité, sont mes passions. sportif et entrepreneur dans l âme en tant que coach sportif de champions pour le haut niveau.

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