High-Profile : Xander Parish un anglais au Mariinsky, St. Pétersbourg

 

12193646_422714154586486_1253509034728009166_nXander est né dans l’East Yorkshire, en Angleterre, et a commencé à danser dans sa région, à la Skelton Hooper School of Dance & Theatre de Kingston upon Hull, à l’âge de huit ans. En 1998, il a rejoint la Royal Ballet School de Londres où il s’est entraîné jusqu’à l’été 2005, avant d’intégrer le corps de ballet de la Royal Ballet Company. En 2009, il a été invité à se joindre au Théâtre Mariinsky par son directeur de ballet, Youri Fateyev, et s’est envolé pour Saint-Pétersbourg pour intégrer la compagnie en janvier 2010. Il en était le premier et seul danseur britannique.

 

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Xander Parish

Xander est aujourd’hui premier soliste du Ballet du Mariinsky et il interprète des rôles tels que le prince Siegfried dans le Lac des Cygnes, le duc Albrecht dans Giselle et le prince Désiré dans la Belle au bois dormant. Il a remporté le Positano Premia La Danza « Léonide Massine » du Danseur émergent sur la scène internationale en 2014, le prix du Meilleur danseur 2014 lors de la première édition des Taglioni European Ballet Awards à Berlin et le prix de la Meilleure performance masculine (classique) 2014 pour son rôle d’Apollon décerné par les Critics Circle National Dance Awards britanniques.

« La plupart des danseurs de ballet que je connais au Royaume-Uni ont commencé à danser à cause de leur sœur. C’est également mon cas. Ma sœur, Demelza, et moi sommes très proches et la différence d’âge est très faible, puisque 15 mois nous séparent. Notre mère a commencé à l’emmener aux cours de danse classique dès ses trois ans et, apparemment, j’y allais aussi, mais je m’asseyais sous le piano et je jouais avec mes petites voitures pendant que les autres sautillaient au son de la musique. Cela n’a donc pas duré longtemps et les cours de danse et moi avons fait une pause de quelques années.

Quand j’avais environ 8 ans, je suis allé assister à un spectacle de ma sœur avec mes parents. Apparemment, je me suis tourné vers ma mère et je lui ai demandé pourquoi elle s’amusait sur scène alors que moi je regardais dans le public. Ma mère a donc décidé que si je voulais danser aussi, je reprendrais les cours de danse classique avec ma sœur. Je ne savais absolument pas ce que c’était qu’un ballet. C’est le spectacle qui me captivait. Très vite après que j’ai commencé les cours, une audition a été organisée dans mon école de danse de Hull pour une production des Aventures de Monsieur Pickwick au Hull New Theatre, avec l’acteur anglais Sir Harry Secombe.

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J’ai passé l’audition et obtenu un rôle de gamin des rues. C’est ainsi que j’ai fait mes débuts sur les planches. C’était tout simplement fantastique. J’ai adoré être sur scène, jouer et porter différents costumes. C’était génial et cela a jeté les bases de ma carrière sur scène. Peu après, j’ai auditionné pour le programme Junior Associate de la Royal Ballet School à Leeds et j’ai commencé à m’y rendre une fois par mois pour suivre des cours spéciaux. Quand j’avais 10 ans, je suis allé à Londres et j’ai passé une semaine aux cours d’été de la Royal Ballet School, à l’école pour jeunes de White Lodge, un ancien pavillon de chasse royal construit pour le roi George II au milieu de Richmond Park. L’endroit est entouré d’arbres, de champs, de bois et de cerfs. C’est un lieu magique, notamment le matin lorsqu’on se lève, qu’on regarde par la fenêtre et qu’on voit un cerf marcher dans la brume qui recouvre les herbes hautes. Je n’étais pas tout seul aux cours d’été. J’y suis allé avec un de mes amis de Hull, Joseph Caley, qui est aujourd’hui un des principaux danseurs du Birmingham Royal Ballet. Nous étions dans le même dortoir qu’un autre garçon, Liam Scarlett, qui est maintenant un célèbre chorégraphe. Nous avons finalement suivi notre scolarité ensemble et avons décroché un diplôme de danseur professionnel, neuf ans plus tard.

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Toutefois, à l’époque, même si j’aimais beaucoup le ballet, je me passionnais aussi pour d’autres choses, le cricket notamment. J’étais un enfant sportif et ma mère m’emmenait à toutes sortes d’activités et de cours après l’école, de la natation aux scouts. Mais pour moi, le cricket était le sport le plus sympa. C’était comme si le terrain était une scène et le match un spectacle. J’avais (et j’ai toujours) de longs bras et j’étais bon lanceur. J’étudiais des vidéos des meilleurs lanceurs, tels que Darren Gough, et je m’entraînais sans relâche. Je rêvais de jouer pour l’équipe du Yorkshire et pour l’Angleterre !

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Par ailleurs, après les cours d’été, j’ai auditionné pour devenir pensionnaire du Royal Ballet School et j’ai été sélectionné. Pour décrocher une place, des centaines d’enfants auditionnent et il n’y en a que 16 qui sont sélectionnés par classe et il n’y a qu’une classe de filles et une classe de garçons par an. Même à 10 ans, je réalisais l’importance d’un tel choix, mais mes parents ont géré ça intelligemment et m’ont tout simplement dit que si je voulais entrer dans cette école, cela devait être ma décision, ils ne décideraient pas pour moi.

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Finalement, après avoir beaucoup réfléchi, je n’ai pas accepté la place et j’ai décidé de poursuivre mes études à Hull et j’ai continué le cricket. Au début de l’année scolaire, mon ami Joseph n’est plus venu aux cours de danse car il avait accepté la place à White Lodge et était parti à Londres. Très vite, j’ai eu l’impression que je passais à côté de quelque chose. J’en ai parlé à mes parents et nous avons contacté l’école. On nous a répondu que je pouvais commencer tout de suite. J’ai fait un essai d’une semaine et j’ai commencé après le congé de Pâques. Comme j’avais manqué les sept premiers mois de cours, j’avais du retard sur mes condisciples et j’ai dû travailler deux fois plus dur que les autres pour me remettre à niveau, mais c’était un mal pour un bien car j’ai beaucoup appris en termes de discipline et de persévérance.

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Chaque année, l’école organisait des évaluations et celui qui n’obtenait pas 50 % devait quitter l’école. Une année, j’ai obtenu 59 %. J’ai alors su que je devais travailler encore plus dur. J’entendais mes amis jouer au football dehors pendant que je répétais mes pas dans le studio après les cours. Après tout, je savais que j’avais abandonné une carrière de joueur de cricket (du moins, c’est ce que je croyais !) pour devenir danseur et quand j’ai fait ce choix, c’était décidé : j’allais devenir le meilleur danseur possible. Je n’ai pas fait les choses à moitié ! Sept ans plus tard, à la remise des diplômes, seuls Liam et moi nous sommes vu proposer un contrat pour rejoindre la Royal Ballet Company de Covent Garden. Cela avait été mon objectif pendant toutes mes années d’études et, lorsque j’ai rejoint la compagnie, j’espérais vraiment passer toute ma carrière de danseur au sein du Royal Ballet. Comme je me trompais !

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En tant que diplômé de l’école du Royal Ballet, j’étais très heureux de rejoindre les rangs du Royal Ballet mais les choses sont allées beaucoup plus lentement que ce que j’avais prévu. Je savais que je devrais être patient, mais, avec le temps, il est apparu que la compagnie faisait partie du haut du panier et qu’il y avait peu d’opportunités pour les jeunes danseurs de sortir de l’ombre et d’apprendre, et ne parlons même pas de gagner en expérience ! Un danseur doit faire de la scène pour devenir un danseur aguerri et malheureusement, je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités en tant que danseur de ballet.

Toutefois, j’ai continué à faire de mon mieux et j’étais convaincu que tout finirait par s’arranger ! Un jour, un nouveau professeur invité est arrivé de Russie. Il était jeune et il dégageait une énergie incroyable. Ses cours étaient intelligents et exigeants mais ils étaient utiles pour les danseurs. Il est resté deux semaines avec nous au Royal Opera House et, le dernier jour, je lui ai demandé s’il voulait jeter un œil à quelques-uns de mes sauts, en tête-à-tête, car je voulais glaner un maximum d’informations auprès de lui avant son départ pour la Russie. Nous avons travaillé une demi-heure de plus et, à la fin, j’étais tout rouge et en nage, mais j’ai adoré ça ! Il est parti et je n’y ai plus beaucoup repensé jusqu’à ce que, six mois plus tard, ce maître de ballet, dont le nom était Yuri Fateyev, ne devienne directeur du Ballet du Mariinsky et ne me propose un travail ! Apparemment, il se souvenait de moi et il était convaincu que j’étais un des meilleurs espoirs du Royal Ballet, mais lorsqu’il m’a rappelé et qu’il a découvert que je jouais des rôles secondaires dans les ballets, il m’a dit que je devais venir en Russie pour travailler avec lui.

Je n’ai pas pris ça au sérieux, tant ça semblait ridicule. Quel Occidental va danser en Russie ? Et si cela arrive, ce n’est certainement pas un jeune qui essuie les plâtres et qui joue des rôles de figurant.

Un an plus tard, Yuri a repris contact avec moi pour me dire que le Mariinsky venait à Londres et qu’il souhaitait m’inviter à venir suivre un cours et assister aux représentations. J’ai donc accepté son invitation et pendant mes vacances d’été, je suis retourné à Londres. Après deux semaines, il m’a vu dans les coulisses et m’a demandé si j’aimais la compagnie. Je lui ai répondu que je trouvais la compagnie excellente et il m’a tout simplement dit « Viens en Russie ! ». J’ai ri parce que j’ai cru qu’il plaisantait, mais ce n’était pas le cas. Je lui ai énuméré les raisons pour lesquelles je ne pouvais pas le faire, telles que mon manque d’expérience et la barrière de la langue, mais il est resté imperturbable. Franchement, l’idée me terrifiait et je n’ai pas accepté son offre, tout comme j’avais refusé ma place à la Royal Ballet School 12 ans plus tôt. Il a semblé très déçu mais il m’a donné sa carte et il m’a dit de garder le contact.

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Le mois suivant, à l’ouverture de la nouvelle saison, j’ai raconté à ma directrice ce qu’il s’était passé, en espérant qu’elle me donnerait de plus grands rôles, mais elle m’a dit qu’elle ne pouvait rien me proposer qui m’inciterait à rester. Après voir beaucoup réfléchi, en avoir parlé à mes parents et avoir prié (la religion chrétienne est très importante dans ma vie), j’ai décidé que c’était une opportunité à ne pas rater et que, finalement, je n’avais rien à perdre. Au pire, je serais le premier Britannique et un des seuls étrangers à entrer au Mariinsky et j’entrerais ainsi dans l’histoire !

En janvier 2010, j’ai dansé pour la dernière fois pour le Royal Ballet (Tante Petitpas dans les Contes de Beatrix Potter mis en scène par Frederick Ashton) et, le lendemain matin, j’ai pris l’avion pour Saint-Pétersbourg. C’était la première fois que j’allais en Russie. Il faisait -15 quand je suis arrivé et je ressentais tout ce qu’on peut ressentir dans une telle situation – j’avais quitté ma famille à Heathrow, ma mère pleurait, Demelza aussi, mon père avait l’air inquiet. Je ne savais pas où j’allais habiter, mais à l’arrivée, un gentil monsieur appelé Dmitri est venu à ma rencontre et m’a emmené en voiture, entre les tas de neige de chaque côté de la route, jusqu’à un bâtiment abritant les appartements de la compagnie, près du théâtre.

Une fois mes valises déposées, Dmitri m’a emmené au théâtre où j’ai rencontré Yuri dans les coulisses pendant une représentation de Casse-Noisettes. Il avait l’air heureux de me voir et m’a dit que je ferais mes débuts dans Chopiniana en février. Je lui ai demandé quel rôle je danserais sans réaliser qu’il s’agissait des Sylphides !!! Je n’avais jamais dansé un solo avec le Royal Ballet, à l’exception d’un rôle principal. J’étais sous le choc mais très enthousiaste ! Même si la maison me manquait, j’étais très occupé à m’entraîner et à apprendre le spectacle de la compagnie, qui était très différent de ce à quoi j’étais habitué à Londres.

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Les trois années suivantes ont été riches en apprentissages dans la mesure où j’ai dansé principalement dans le corps de ballet, mais également avec un travail en solo pour lequel Yuri m’entraînait et m’apprenait à être un danseur principal. À 26 ans, trois années après mon arrivée, Yuri m’a donné le rôle d’Albrecht dans Giselle. Cela a été un tournant et l’occasion pour lui de voir ce que ces trois années d’entraînement et d’apprentissage avaient donné. La plupart des premiers danseurs dansent leur premier ballet complet bien plus tôt mais, encore une fois, mon parcours inhabituel a été une bénédiction. À Londres, je serais peut-être finalement devenu un soliste mais je n’aurais probablement été qu’un danseur anglais parmi d’autres danseurs anglais talentueux.

Xander Parish - Russian Prince
Xander Parish – Russian Prince

Aujourd’hui, je fais partie de cette compagnie russe depuis presque sept ans et je danse régulièrement les rôles principaux. Je suis vraiment reconnaissant pour la confiance que Yuri m’accorde. Je suis heureux qu’il ait vu en moi une opportunité et qu’il ait eu le courage d’adopter un Anglais au sein d’un ballet russe, à contre-courant de sa grande histoire et de sa grande tradition. Il a sans doute dû faire face à une grande résistance mais il a tenu bon et je lui en serai éternellement reconnaissant. Aujourd’hui, après chaque spectacle, j’attends ses remarques avec impatience et j’espère qu’il est fier de moi et que je lui ai prouvé qu’il a eu raison de me faire venir ici. J’ai un peu l’impression de vivre ma propre version de Cendrillon ! »

Propos recueillis par Dominique Lancastre

Secrétariat rédaction Colette Fournier

Remerciements  Xander Parish

Copyright Pluton-Magazine/2016

Traduction Gotranslate

Crédit photos: Serguey Proskuryakov – Natacha Razina – Valentin Baranovsky – Emma Kauldhar – Katya Kravtsova.

 Ouvrage Xander Parish-Russian Prince ISBN 978-09549804-6-7

Les performances de Xander en tant qu’invité ou lors d’un échange d’artistes incluent notamment des représentations avec le Ballet du Kremlin à Moscow et à l’American Ballet Theatre à New YorkXander bénéficie du soutien généreux du Mariinsky Theatre Trust UK.

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