Marie-Galante: Le Rucher de l’île de Tony Prudent

 

 

12193646_422714154586486_1253509034728009166_nPluton-Magazine vous emmène sous les tropiques à la découverte d’une ruche, sur l’île aux cents moulins, plantée dans une biodiversité au cœur de l’océan Atlantique, à quelques milles nautiques au large de la Guadeloupe : l’île de Marie-Galante. Depuis quelques années, s’y joue un ballet incessant composé de milliers d’ouvriers s’activant pour leur reine et pour le roi Tony, dans le Rucher de l’île, dans un bourdonnement mélodieux. Pluton-Magazine interviewe pour vous Tony Prudent, apiculteur marie-galantais. Depuis 20 ans, Tony est le premier ouvrier de la ruche, et ses amies les abeilles sont très généreuses et lui offrent un filet d’or remarquable : un miel issu des fleurs du campêche, qu’il faut absolument goûter.

 

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PM : Quelle relation entretenez-vous avec les abeilles ?  Faut-il en avoir peur ?

 

Le mot « admiration » ne serait pas trop fort ! C’est surtout l’organisation de cette société animale qui est phénoménale ! L’apiculteur reste un observateur qui, certes, va intervenir pour augmenter la productivité, mais dont l’abeille n’a pas besoin pour survivre au quotidien. Ces insectes sont donc indépendants et savent très bien défendre le fruit de leur travail acharné. Pour les non-initiés, il vaut mieux les craindre et s’en tenir à distance, surtout quand on ne connaît pas leur fonctionnement et qu’on ne dispose pas du matériel adapté pour les visites (enfumoir et protection individuelle). Le risque encouru peut être assez grand (choc anaphylactique en cas de nombreuses piqûres).

 

PM : Qu’est-ce qu’un bon miel pour vous ?

 

Il faut partir du principe qu’un bon miel doit être issu impérativement du butinage des fleurs (rien à voir avec ces miels industriels pasteurisés à bas prix qui sont souvent proposés, récoltés et conservés dans des conditions d’hygiène strictes. Les saveurs et les parfums seront chaque fois différents et c’est surtout aux consommateurs de faire leur choix. Tous les miels finalistes qui sont dégustés lors des concours sont de très bons miels qui remplissent toutes les exigences en termes de normes (teneur en eau, taux de HMF…)

 

PM : Quels sont les différents types de miel les plus communs de la zone Caraïbes ?

 

Dans la Caraïbe, les miels sont essentiellement issus du butinage des fleurs de la forêt. Cette flore est propre à chaque île et c’est donc cette variété qui fait la richesse des miels tropicaux. Dans la réalité, il est souvent difficile, voire impossible, pour l’apiculteur, d’identifier la provenance du nectar butiné par les abeilles, surtout quand beaucoup d’espèces sont en fleurs en même temps. Il y aura donc en cours de saison une grande variété de miels dits « toutes fleurs  » avec des dominantes différentes. Les habitués connaissent néanmoins le miel campêche, d’acomat, de savonnettes… par exemple.

 

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PM : Quelle est la particularité du miel que vous produisez ? Nous pensons à l’insularité et l’action du sel marin, pourraient-elles apporter une valeur ajoutée ?

 

Il est clair que le terroir et le climat sec propre à Marie-Galante ont une action sur les arbres, les fleurs, le nectar et donc le miel en bout de chaîne. C’est difficile d’en dire plus, mais Marie-Galante est surtout connue pour la qualité de son terroir, de ses sols exsangues en raison du chlordécone, et de la qualité des produits qui y sont fabriqués dans le respect des traditions !

 

PM :  Aux Antilles, est-ce que le miel sert essentiellement à composer le « petit punch » ?

 

Le miel n’est pas seulement utilisé pour le punch ! Bien avant l’époque de nos grands-parents, ses vertus médicinales étaient connues surtout en cas de grippe ou de mal de gorge. Maintenant, avec les recherches et l’avancée des connaissances, on en fait des usages très variés :

– utilisation dans la gastronomie et la cuisine au quotidien.

– aide à la cicatrisation des plaies.

– utilisation dans certains hôpitaux spécialisés (grands brûlés, par exemple).

Mais d’autres produits de la ruche, méconnus du grand public,  sont aussi exploités et possèdent des vertus intéressantes.

La propolis est un puissant antibactérien et dont les effets sont augmentés quand elle est associée au miel.

Le pollen, très riche en vitamines et en oligo-éléments, la gelée royale recommandée en cas de fatigue…

PM : Le miel dans tous ses états. Parlez-nous des transformations et de vos produits dérivés du miel.

 

Le miel produit par les abeilles est un produit fini ! Il n’y rien à faire, ou presque, avant qu’il soit mis en bocal, si ce n’est la récolte et l’extraction. Mais les abeilles ne nous offrent pas que du miel. J’essaie donc d’exploiter tous les produits de la ruche, à savoir miel, propolis, pollen, et je propose aussi quelques produits dérivés, avec surtout un produit phare : « l’Hydromel » ! C’est un alcool très ancien, similaire au vin, bien connu en Bretagne et dans les pays du Nord de l’Europe. Il est issu de la fermentation d’un mélange d’eau et de miel. Il peut être bu à l’apéritif ou accompagner un bon jambon de Noël ou de foie gras en ces périodes de fêtes. À partir de cet hydromel, il est ensuite possible de fabriquer un vinaigre de miel avec un goût et une saveur très particuliers.

PM : Le miel de Rucher s’exporte-t-il ?

 

Le miel du Rucher de l’île reste une petite production qui est surtout vendue à Marie-Galante et parfois en Guadeloupe. Mais les expéditions restent toutefois possibles vers d’autres destinations

 

PM : Médaillé d’or en 2015 au salon de l’agriculture à Paris, quels sont vos futures ambitions ?

 

Pour une première participation au Concours général agricole, l’obtention de cette médaille d’or a été  pour moi une reconnaissance de la qualité des produits que je propose. C’est de plus une réelle motivation pour le travail à accomplir au quotidien dans les ruches car les retombées en termes de communication sont très grandes. Le Salon international de l’agriculture de  Paris a une grande renommée et reste une référence à laquelle il est bien chaque année de s’essayer. Je souhaite tout simplement pouvoir continuer à m’adonner à cette passion qu’est l’apiculture, sans posséder plus de ruches. Je cherche, par contre, à optimiser le rendement des ruches (faire produire aux abeilles plus de miel) et à ces fins, il convient d’échanger régulièrement avec d’autres professionnels d’ici et d’ailleurs sur les pratiques et les techniques apicoles.

 

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PM : Quel est l’avenir, tant environnemental que social, de la profession ?

En Guadeloupe, la profession s’organise de mieux en mieux grâce aux 2 structures qui représentent la filière apicole. : l’APIGUA, qui est l’association des apiculteurs de Guadeloupe et qui regroupe près de 80 % des apiculteurs amateurs et professionnels et dont le but est d’échanger sur les pratiques, et la SICA MYEL PEYI GWADLOUP, qui rassemble certains professionnels qui se sont regroupés pour la commercialisation du miel,  l’achat et la vente de matériel.

L’intérêt de la pratique apicole est de plus en plus reconnu car les abeilles restent des sentinelles écologiques, très sensibles, dont l’état de santé nous renseigne sur notre environnement. De plus en plus, on propose aux apiculteurs des emplacements pour les ruchers afin d’augmenter la pollinisation des vergers. Nous avons déjà travaillé avec certaines collectivités afin que des espèces mellifères soient plantées de préférence lors d’aménagement d’espaces verts ou de parcs. La filière a de beaux jours devant elle, surtout que l’offre de miel pour la consommation locale est très inférieure à la demande. De très grandes quantités de miel sont chaque année importées et c’est autant de marges de progression qu’il nous reste à gagner pour nous développer. La profession est malheureusement assez âgée et il faut vraiment que des jeunes prennent le relais. La conjoncture économique fait aussi que la plupart des apiculteurs sont pluriactifs. Malheureusement, les récoltes de miel ne se font pas toute l’année et la production reste très sensible aux aléas climatiques.

Si vous faites un détour à Marie-Galante, une halte au Rucher de l’île s’impose.  N’hésitez pas à offrir un joli coffret cadeau mielleux. Il paraît que la grippe ne résiste pas au petit punch au miel et que même les Gaulois n’ont pas réussi un aussi bon hydromel. C’est l’occasion d’exciter les papilles de vos invités, ce Noël, en faisant découvrir le secret majestueux de cette eau de vie du Rucher.  Si vous aimez le miel, rappelez-vous que la seule usine qui produise cet élixir depuis l’apparition de ces majestueux insectes, c’est la nature et que sans eux, il n’y a plus de vie ni de miel !

Rédacteur : Georges Cocks

Crédits Photos : Le Rucher de l’île miel de Marie-Galante

Secrétariat rédaction: Colette Fournier

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Le Rucher de l’île miel de Marie-Galante

Tél : 0690 467488

lerucher.marie-galante@orange.fr

Le Rucher de l’île est une petite entreprise individuelle agricole qui existe depuis 2010. Âgé de 43 ans, Tony Prudent a découvert l’apiculture il y a exactement 20 ans, à son arrivée à Marie-Galante, petite île magnifique au Sud de la Guadeloupe, réputée pour son charme, sa tranquillité et son authenticité. Il a dans un premier temps commencé en aidant de temps en temps un ami apiculteur dans son rucher et progressivement, cette passion a pris une place de plus en plus importante dans son quotidien. Maintenant, il gère fièrement à lui seul près de 100 ruches.

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