High-Profile: Wilhem LATCHOUMIA,  le pianiste lyonnais que le monde s’arrache.  

 

      Retour sur une vocation aboutie.

 

  Il est arrivé dans les circuits internationaux très élitistes pour ne pas dire très fermés par un modeste apprentissage au départ, via une MJC de Bron, à la périphérie lyonnaise, son coup de foudre lui étant venu vers l’âge de 7-8 ans par la découverte d’un piano ; le jeune Wilhem n’eut aucun mal à convaincre ses parents et il raconte avec humour que ceux-ci ont tout simplement feuilleté les pages jaunes de l’annuaire à la recherche d’une école de musique et que la réponse fut aussitôt favorable : « Aussi facile que de s’inscrire à des cours de tennis, ou dans un club de foot ! ».

 

A la bibliothèque, il écoutait un peu de tout, au hasard des disques et s’il n’a pas oublié les premières émotions de ses treize ans avec une sonate de Bartók ou le Pierrot lunaire de Schoenberg ; si son apprentissage par la suite le propulse bien évidemment  parmi les « classiques » incontournables, le jeune Wilhem, né à Lyon en 1974, se frotte très vite à la « musique de son temps », et cela il le doit à une femme, Rose-Marie Cabestany qui la lui fera découvrir. Aux Mureaux, de 13 à 18 ans, il sera en effet un élève assidu, il baigne dans une atmosphère très contemporaine, « Alors c’était bien, on voyait tout, les partitions, les manuscrits, elle expliquait, elle nous a fait si bien découvrir le monde de la compositionOn est donc parti du XXème siècle et puis on a remonté le temps ! », Rose-Marie Cabestany travaillait au sein d’un ensemble tout voué à la création, Diabolus in Musica, basé à Tours et où des passionnés de musiques du Moyen Âge se retrouvent.

 

 Un solide apprentissage, des prix et les portes sur le monde.

 

 

 

Après deux années passées en Martinique, l’île des origines familiales, c’est le retour en Métropole avec une soif toujours intacte de musique. Le garçon est bien  tenté par Maths Sup/ Maths Spé mais c’est finalement l’instrument qui l’emporte et le voici à 18 ans au Conservatoire de Lyon avec aussi des études à la fac de musicologie (titulaire de la licence) avant d’intégrer le CNSMD, le Conservatoire National Supérieur de Musique et Danse de Lyon, avec des professeurs tels Eric Heidsieck et Géry Moutier, notamment. Là, il y obtiendra en 1999 son Premier Prix, à l’unanimité, avec les félicitations du jury. Il a été élève de Claude Helffer, il a suivi les master-classes d’Yvonne Loriod-Messiaen et de Pierre-Laurent Aimard.

 

Il rappelle volontiers qu’il ne courait pas après les concours mais que c’est par simple curiosité qu’il s’est ensuite lancé dans l’aventure, dès 2004. Il aura été bien inspiré puisqu’il décrochera en 2006  pas moins de six prix ! dont l’un en catégorie musique contemporaine (concours d’Orléans où il fait la connaissance du compositeur Pierre Jodlowski).

 

 

 

 

Ces lauriers le propulsent dans le monde entier pour une bonne moitié de ses concerts, Berlin, Saint-Sébastien, New-York, Pékin, Corée du Sud, Shanghai, Buenos-Aires, Liban, Estonie, Biélorussie, Italie, Grèce, Turquie…Et bien-sûr en France, comme dans la contrée familiale de la Martinique. Entre deux représentations, il professe en Suisse, au Conservatoire de Genève.

 

Aussi à l’aise dans la création contemporaine que dans le    grand répertoire.

 

 

Chez lui, lorsqu’il retrouve son bureau, son piano, les partitions venues de partout se sont accumulées mais il entend donner une chance à chacune ; on ne refuse pas, on s’y colle, c’est ensuite après avoir travaillé l’œuvre proposée qu’on se décide… Ce qu’il aime, c’est la diversité, c’est sa mission d’interprète pour le meilleur rendu. « Les compositeurs ont besoin de cobayes » dit-il amusé, ajoutant que lorsqu’il joue du Ravel, il n’a évidemment pas l’occasion de parler avec lui, pour lui demander ce qu’il pense de son interprétation … Wilhem Latchoumia est heureux de belles collaborations comme avec Pierre Boulez (mort en janvier 2016), Gilbert Amy, Jonathan Harvey (décédé en décembre 2012) ou encore Karl Naegelen pour la musique contemporaine ; il travaille les œuvres d’Heitor Villa-Lobos, le Brésilien, de Béla Bartók le Hongrois, d’autres. Il chemine aussi avec des chorégraphes, Stanislaw Wisniewski, Philippe Cohen, notamment. Il explique avoir toujours l’envie d’un lien avec cette musique que l’on fait maintenant, la musique contemporaine, il y a l’échange, le travail avec le créateur, ensuite c’est à chaque interprète de s’approprier l’œuvre, de l’exprimer selon son ressenti, comme on « dirait » personnellement un poème.  Bien évidemment les grands compositeurs classiques font partie de son répertoire, ainsi en 2004 il sortait un album thématique de Wagner à Venise  (édité par La  Dolce Volta).

 

 

 

Surfer sur la toile à la rencontre des créations, sans oublier le toy-piano pas démodé.

 

Parmi ses influences, la musique latino américaine, en l’occurrence donc Heitor Villa-Lobos  qui a intégré les rythmes d’Indiens d’Amazonie, comme d’autres  apports musicaux dans ce pays. Mais au rang des curiosités de ses débuts, il y a également le jazz tout comme la musique expérimentale ensuite et sur ce dernier point il souligne l’intérêt des supports contemporains grâce à Internet ; on est dans la génération de la toile, dès lors, voir, suivre ce que les autres font et créent, outre une légitime curiosité, peut aider à la stimulation. Se confiant à ekodafrik.net il évoque encore le toy-piano ou ce piano jouet, en français, qui a ravi nombre d’enfants. Idéal en tout cas pour mettre la main au clavier. Il rappelle que l’instrument miniature ne date pas d’hier, puisque né au XIX ème siècle et qui a amusé nombre de bambins depuis…Mais aussi les adultes. On le doit à un jeune émigré allemand de 17 ans, Albert Schoenhut qui lança ce premier Kinderklavier en 1872 à Philadelphie. Mais plusieurs compositeurs classiques l’ont utilisé, comme John Cage, Georges Crumb, ou encore Matthew McConnell (Concerto for toy piano and chamber orchestra -2004-). Et Wilhem s’y est mis aussi, recevant des partitions d’Autriche, des Etats-Unis, de France encore. Sur son Myspace, on peut d’ailleurs écouter un morceau de lui.

 

 

Au récent festival de juin 2017 des Athénéennes (Temple de la Madeleine- Genève) c’était d’ailleurs « carte blanche » données aux musiques pour piano, Toy piano… avec Cowel, Bernstein, Cage, Gervasoni, Montague, Twining, Oda…

 

Toute l’Espagne dans un piano, ou comment le brillant     interprète surfe par-dessus les paysages

 

Ernst Van Bek ne cache pas son enthousiasme à l’écoute du CD La Dolce Volta, en hommage au grand Manuel de Falla ; le compte rendu critique du chroniqueur de Classiquenews.com à propos de ce disque évoque « une séduction méridionale, attachante et enivrante… » C’est tout dire ou dire beaucoup déjà et de souligner tant d’autres vertus qu’il trouve chez le pianiste, corps et âme d’une certaine manière avec les géographies traversées, aux noms évocateurs chargés d’odeurs, de lumière, de fortes chaleurs, de tendres crépuscules qui sont « Aragonaise, Cubaine, Montagneuse ou Andalouse ». L’interprétation de la  partie andalouse emporte sa préférence, la jugeant ivre, provocatrice… Wilhem exprime ici, au travers de ces Quatre pièces espagnoles, son attachement à cette Ibérie des contrastes  que savent si bien rendre ses doigts sur l’instrument, parce que très tôt l’Espagne l’a envoûté, celle de ses débuts, de ses premières victoires, de ces deux concours passés là-bas dont un pour piano. Il aime sentir le rapport du compositeur avec sa terre, ses racines d’où un vif intérêt pour les musiques traditionnelles qu’il écoute, de bien des pays : « Le rapport à la terre est pour moi très important ».

 

 

 

 

« Un pianiste magicien » ; « Une énergie brûlante »

 

Le chroniqueur de Radio classique écrit que ce qui le fascine le plus chez Wilhem Latchoumia, « c’est la fougue qu’il met dans son jeu, une énergie brûlante qui s’accorde bien avec le thème de son disque « Falla » consacré au grand compositeur espagnol. La flamme qui orne la pochette de l’album nous indique bien la chaleur et la vivacité des mélodies qui sont cachées à l’intérieur ». Pour Classiquenews : « Le toucher est souverain : allusif, caressant et aussi d’une grande intensité dramatique. L’interprète semble produire et créer des champs et contre champs, changeants, miroitants d’une justesse poétique enivrante. (…) Pianiste magicien. » Ernst Van Bek s’attarde encore sur ce qu’il qualifie de véritables tableaux enchanteurs de l’Amour sorcier (El Amor Brujo) affirmant davantage «  l’incroyable imagination poétique du pianiste, dont on souligne et se délecte de la fluide torpeur, langueur et rêverie (Pantomina du début) ». En novembre de l’année dernière (2016), Le Progrès dans un long article élogieux, titrait sur «  Le pianiste lyonnais que le monde s’arrache »,  et Antonio Mafra d’ajouter que ce fin connaisseur de Madrid, fait partie des rares aficionados de la musique contemporaine.

 

 

 

 

      « Humour, fantaisie, une virtuosité sans faille. »

 

 

Il y a quelque temps, le journal La Croix ne tarissait pas non plus d’éloge, titrant sur « Un pianiste aux mains d’or ». Bruno Serrou insistait en effet sur ses bras et mains d’une amplitude impressionnante, le qualifiant même de véritable sorcier du piano… ce à quoi répondit le virtuose : « Une grande main n’est pas indispensable, la main idéale est un leurre, il faut la muscler, la former, la maîtriser, Un long travail »  Le chroniqueur voyant là un artiste naviguer avec bonheur et curiosité entre répertoire et création contemporaine.

Quant à Sophie Bourdais pour Télérama, dans un article tout aussi élogieux, elle résume de trois mots les qualités de l’interprète, chaleur, générosité, intensité : ces qualités, écrit-elle, captent à merveille l’âme andalouse des œuvres de Manuel de Falla.

 

 

 

Au début de cette année 2017 s’est tenu  à Liège le Festival EXILS sur l’intitulé L’exil vers le Nouveau Monde, en écho à ces musiciens qui sous la période nazie avaient fui l’Europe vers l’Amérique où ils découvrirent la célèbre Rhapsody in Blue de Gershwin. Wilhem Latchoumia devait en assurer la partie soliste et Michelle Debra, pour Crescendo Magazine, d’écrire : « La musique de Gershwin, au carrefour du classique, du jazz et des mélodies populaires, convient à merveille à cet artiste martiniquais qui sort des sentiers battus et aime pimenter ses concerts d’humour, de fantaisie, avec une virtuosité sans faille. »

 

(Prochainement, on pourra l’apprécier aux Rencontres d’Eté de Musique de Chambre, le 28 juin 2017, en l’église du Bouclier, à Strasbourg (Brahms, Schoenberg, Dusapin). Le 1er juillet, il se produira au  Festival de Chambord, (Gershwin) avec l’Orchestre de la Garde Républicaine. Le 20 juillet 2017 Abbaye Aux Dames ,)

Dimanche 23 juillet 2017: http://www.festival-messiaen.com/detail-concert-messiaen-fr/118-.html

                                                                                      Rédacteur Jean-Louis Lorenzo.

©Pluton-Magazine/2017.

Secrétariat rédaction Colette FOURNIER.

High-Profile une idée de Dominique LANCASTRE (Ceo).

Jean-Louis LORENZO est ancien journaliste de radio et de télévision. Rédacteur-en-chef de Radio-France-Bordeaux-Gironde , en 1994).

 

 

Information:

Festival de Chambord: https://www.chambord.org/fr/agenda/festival-de-chambord/

(Parmi sa discographie, l’album : FALLA_Solo Piano Works_Wilhem LATCHOUMIA – 4 Pièces espagnoles, Homenaje (Le Tombeau de Claude Debussy) ; El Sombrero de 3 picos ; Canto de los Remeros del Volga ; El amor Brujo Pour le Tombeau de Paul Dukas.)

(On peut voir aussi : Une soirée à Grenade, concert enregistré depuis le Prieuré de La Charité-sur-Loire )

Related posts:

Laisser un commentaire

*