Les ouragans : de plus en plus destructeurs.

 

 

Tout comme les séismes, les ouragans sont de plus en plus puissants et mettent à mal l’économie d’un pays et pire, lorsqu’il s’agit de petites îles vulnérables, exposées à ces phénomènes avec une probabilité multiple au cours d’une même saison cyclonique. Pour parer à ces phénomènes naturels, il est nécessaire d’être suffisamment préparé à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête pour ne jamais se laisser dépasser,  au contraire de l’île de Barbuda ou il n’existe plus aucun habitant, tous ayant été évacués, avec 95 % de destruction immobilière constatée depuis le passage de l’ouragan Irma.

 

Ouragan, cyclone ou typhon ?

 

Les termes typhon, ouragan et cyclone tropical recouvrent tous les trois la même réalité : ils désignent un phénomène tourbillonnaire des régions tropicales (entre 30° N et 30° S, accompagné de vents dont la vitesse est supérieure ou égale à 64 nœuds, c’est-à-dire 118 km/h (soit une force 12 sur l’échelle de Beaufort).

La désignation adoptée dépend simplement de l’endroit du globe où se produit le phénomène.

Le terme cyclone ou cyclone tropical est réservé à l’océan Indien et au Pacifique Sud. On parle en revanche d’ouragan en Atlantique Nord et dans le Pacifique Nord-Est et enfin de typhon dans le Pacifique Nord-Ouest. (Météo France)

 

Cuba, l’élève modèle

 

Comment un pays subissant un embargo acharné avec un seuil de pauvreté élevé fait-il pour s’en sortir mieux que des pays comme les États-Unis et les îles françaises ? Le secret réside dans l’éducation de la population, la répétition des exercices et une organisation efficace des forces de la défense civile à tous les endroits du pays, depuis le centre-ville jusqu’à la campagne la plus reculée. Cuba a su tirer leçon de l’ouragan Flora de 1963, qui avait causé des dégâts importants et fait de nombreuses victimes après la révolution. Le président Fidel Castro décida alors de mettre en place un système très organisé pour que plus jamais cela ne se répète. Il n’y a pas d’endroit aussi sûr que Cuba, disent les cubains. Les ouragans ne prennent pas la population par surprise, on sait qu’ils arrivent. Voilà pourquoi le gouvernement multiplie pendant une semaine les consignes de sécurité pour se préparer au pire. Le gouvernement cherche à réduire les risques en évacuant la population des zones sensibles avant l’arrivée de l’ouragan. Tout le monde sait ce qu’est un ouragan et est capable de l’expliquer, et connaît les mesures à prendre pour se protéger. Le bilan de l’ouragan Mattew en 2016 est de zéro victime, alors qu’on dénombrait 473 morts en Haïti, 17 aux USA et 4 en République Dominicaine. La priorité est de sauvegarder les vies et la population l’observe bien en s’impliquant à fond, elle croit à l’efficacité du système politique et social et n’a pas peur de quitter sa maison car celle-ci ne sera pas pillée. Après chaque phénomène, les principales ressources sont rapidement opérationnelles (eau, électricité). Cuba ne lance jamais d’appel à l’aide internationale mais ne refuse pas l’assistance que peuvent offrir des  ONG et autres pays avec une sélection minutieuse des donateurs.

 

Irma

 

L’ouragan Irma a récemment brisé le mythe en faisant une dizaine de morts dans les provinces de La Havane, Matanzas, Camagüey et Ciego de Avila. Certaines des victimes avaient refusé de se plier aux consignes d’évacuation mises en place. Plus petite, l’île de Saint-Martin essuyait le même bilan. Un ouragan majeur, une première, certes, mais avec une polémique sans précédent, des informations erronées, des intox relayées par des grands médias et leurs petits serviteurs, les réseaux sociaux (facebook, tweeter…) aux mains d’experts et commentateurs ignares de tout bord. Des propos désabusés et exagérés quand on sait que l’île étant coupée du monde en termes de communication, ces rumeurs ne pouvaient pas être démenties par les rescapés eux-mêmes. Les bulletins météo étaient retransmis oralement par les rares personnes qui pouvaient communiquer avec la Guadeloupe et l’Hexagone. L’approche d’un nouveau phénomène dans la même semaine, l’ouragan José, qui était en passe de suivre un chemin identique était encore à un stade inconnu quant à sa trajectoire, phénomène propre à retarder la mise en place des ponts de secours. Semer la terreur inutilement, amplifier les choses, parler de scènes de pillage comme si ce n’était pas un comportement avéré, où que l’on soit au monde et dès lors qu’une population se trouve dans une situation chaotique similaire, c’est presque mathématique. Certains biens de consommation sont ensuite utilisés pour faire du troc quand la situation en vient à se dégrader avant de retrouver un cours normal. C’est là le plus grand danger des pillages à chaud et c’est pour cela qu’il faut rapidement organiser les choses. On se rappelle qu’en Haïti, après le séisme de 2010, l’aide humanitaire gratuitement distribuée était revendue aux plus démunis par des individus sans scrupules et parfois dangereux.

 

 

Pour bien comprendre la situation de Saint-Martin, avec un taux important de chômage de 27,1 %, un taux de précarité de 31%, un taux de délinquance de 39 % et une inégalité notoire de l’activité touristique des infrastructures portuaire et aéroportuaire en faveur de la partie néerlandaise, on comprend mieux la situation, sans excuser certains comportements indécents. De nombreuses familles de souche vivent soit aux USA soit dans les îles anglaises proches. L’activité principale générée par le tourisme n’offre pas une opportunité d’emploi à tout le monde. Les étudiants sont obligés de partir pour poursuivre leurs études et ne reviennent pas. De ce fait, les saint-martinois ont ce sentiment d’être dépossédés de leur paradis, surtout quand il leur est tout bonnement  difficile  d’entrer dans certains endroits pour profiter de leur plage. L’avenir proche nous dira si le choix  de l’article 74, en 2003, était la meilleure option économique pour cette dépendance française en concurrence déloyale avec son voisin où presque tout s’achète, en appauvrissant ainsi le côté français. Pour ceux qui ne comprennent pas, c’est tout simple : il n’y a pas de frontière douanière, on rentre et on sort sans même savoir où se trouve la frontière si on ne vous le dit pas ou si vous roulez trop vite pour voir un panneau coloré vous souhaiter : Welcome in St-Maarten !

 

Réagir et agir

 

Des leçons sont à tirer, à commencer par les houles qui balayent tout sur leur passage parce que les constructions se font de plus en plus sur la zone des 50 pas géométriques  (Les « 50 pas géométriques » sont une bande littorale de 81,20 m, propriété de l’État inaliénable et imprescriptible, constituée outre-mer dès le XVIIème siècle.  agriculture.gouv.fr  ) et avec la destruction de la mangrove qui protège les terres contre ces vagues parfois très hautes. Les gouvernements pensent davantage à leur fiscalité qu’à la vie de leurs concitoyens. Les types de construction, leurs qualités, leurs normes sont à revoir. Quand on sait qu’un mètre cube d’eau en déplacement à 30 km/h équivaut à la masse d’une tonne,  il n’existe pas encore de structures capables de résister à des vagues de six mètres et plus générées par les ouragans. Plus on épargnera de vies humaines, plus l’impact psychologique sera moindre, et plus on travaillera à des constructions adaptées, moins coûteuse sera la facture à la sortie et la structure économique sera préservée ainsi que les emplois qui en découlent.

Il est très important de suivre les consignes de sécurité et les différentes phases d’alerte des services de la météo. Si vous n’êtes pas expert en bricolage, demandez conseil à un professionnel pour être sûr de la visserie que vous allez utiliser pour vous calfeutrer. Quoi de pire que de se retrouver dans l’œil du diable alors que vous pensiez vous être bien préparé ? En cas de doute, rejoignez un abri sûr défini par la sous-préfecture et que vous pouvez trouver auprès de votre mairie ou hôtel de ville. Petite astuce : si vous avez une machine à laver ou un lave-vaisselle bien encastré, mettez-y vos papiers importants, votre argent et de la nourriture comme la farine et le riz… ils seront au sec et au  chaud. Prévoyez de quoi tenir plusieurs jours et pour deux ou trois personnes supplémentaires. Peut-être un parent ou un ami risque-t-il de séjourner avec vous quelque temps. Il est probable qu’un évènement futur d’une intensité sans précédent puisse menacer tour à tour la Guadeloupe, la Martinique et les îles du nord en même temps. Il faudrait plusieurs jours avant de voir arriver et répartir les secours. Cette raison impérieuse devrait motiver la capacité à s’auto-suffire et à porter secours avant l’arrivée d’une aide extérieure.

 

Cocks Georges

Auteur de plusieurs romans et recueils de poésies

Secrétariat de rédaction: Colette FOURNIER

© PLUTON MAGAZINE 2017

Photo Ouragan Irma vu de la station spatiale.

 

https://www.youtube.com/watch?v=s1TEZ3AsUzA

Sources :

  • Collectivité de Saint-Martin, publication
  • Direction de la cohésion sociale, publication
  • INSEE, DIECCTE , 2014, publication
  • Météo France
  • Arte : Ouragan ; de la tempête au chaos

 

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