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Enfant de Charleston, Micah McLaurin, un jeune pianiste prometteur.

  • 27 mai 2016
  • Pluton Magazine
Crédit photo Roger Mastroianni
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Charleston ! C’est un nom associé surtout à une célèbre danse prisée des communautés afro, sur des airs de jazz, à la fin des années 1920, à des visages aussi, celui en particulier de Joséphine Baker dont la célèbre « Revue nègre » s’installa en France en 1925 au théâtre des Champs-Élysées : un charleston très en vogue jusqu’en 1927-28.
 
   
 
Charleston Caroline du Sud
   
Charleston, c’est aussi une ville de Caroline du Sud, sur la côte Atlantique de l’Amérique du Nord, avec de jolies maisons basses colorées, des bâtiments tout de jaune, de bleu, d’ocre, une architecture raffinée, dans une végétation parfois luxuriante qui fait d’elle une cité unique, offrant de surcroît des plages magnifiques et des vagues, bonheur des surfeurs. L’époque coloniale y a laissé son empreinte, telles ces propriétés de Boone Hall Plantation and Gardens et Middleton Gardens, ce pittoresque quartier français également du XVIIème siècle, fondé par des familles huguenotes réfugiées, venues de France après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV, en 1685.  La ville actuelle n’a cependant rien perdu de ses charmes, de son âme originelle, de cet historique et fameux marché des fermiers, par exemple, le Farmer’s Market . La cité est reconnue comme offrant les meilleurs produits de la pêche du pays, rien d’étonnant alors si une gastronomie remarquable s’en est suivie. C’est dans ce décor qui fait envie qu’a donc grandi le jeune Micah McLaurin.
            Un beau jour, un piano arriva dans la maison…
Crédit photo Nadja Kilchhofer
Une maison pas très grande, dans le quartier de West Ashley, du nom de la rivière proche, pour cependant une grande famille, chaleureuse, pleine de vie, c’est le foyer de David et Karen McLaurin, David, le père, ingénieur et commercial et Karen, la maman, titulaire d’une maîtrise de géographie, versée dans les maths et les sciences de la mer en particulier. Quel foyer ! 7 enfants !, où l’étude se conjugue avec le sport, le loisir – le jeune Micah pratiquant le football, le baseball, bon nageur de surcroît –  les enfants nourrissant chacun son centre d’intérêt, voyages humanitaires, scoutisme, randonnées, excursions, rafting, exploration sous-marine, une famille où la musique aussi pénètrera très tôt, piano, flûte, guitare classique, pour l’un ou l’autre. On écoutait beaucoup de morceaux et Micah goûtait quant à lui une variété plutôt large de styles musicaux, des classiques, « Casse-noisette » de Tchaïkovski, « Water Music » de Haendel… Et un beau jour, le piano est arrivé dans la maison, cadeau de la grand-mère paternelle, ce qui n’a pas été sans poser quelques problèmes vu l’encombrement d’un salon bondé mais le nouveau venu a été accueilli avec bonheur et tant pis pour la cacophonie épisodique, vu la présence d’autres instruments ! Dans cette maison, l’art est en chacun et chacun s’exprime sans problème.
Depuis, Micah a eu un autre grand piano, à queue celui-là, installé dans sa chambre. Tout jeune, ses dispositions suscitaient déjà l’admiration de son entourage et bientôt de ses professeurs, car bien sûr, il a vite franchi les étapes, pour parvenir à 19 ans au légendaire Curtis Institute de Philadelphie, prestigieuse école de formation de musique du monde, après avoir étudié notamment avec Enrique Graf, dans sa ville natale. Une autre personne a suivi son parcours depuis ses premiers pas musicaux, c’est Lindsay Koob, musicien lui-même bien sûr et surtout incontournable critique de musique qui gère également au Millennium Music Center de Charleston la plus grande collection commerciale du Sud-est de CD de musique classique.
Micah, « le potentiel le plus fameux, depuis une dizaine d’années ».     
Crédit photo Roger Mastroianni
En tordant le coup à l’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays, Lindsay Koob (originaire lui aussi de Charleston) du Charleston Today qui se veut être le meilleur journal d’analyses et commentaires  artistiques de la place, ne tarit pas d’éloge à propos de cet enfant du pays dont il disait en 2014 l’avoir suivi depuis le début, c’est-à-dire dès ses onze ans.  « Charleston, depuis huit ans, a assisté à l’émergence du plus remarquable prodige musical de la ville », écrit-il, fier d’avoir accueilli l’enfant de 11 ans, au Millenium, pour son premier récital de piano public. « A prodigy Among Us » avait-il alors titré ; la suite n’allait pas le démentir. Après sa première année à Curtis, Micah s’en retourna à Charleston où il donna au Hall McBee un magnifique récital qui lui valut l’ovation d’une salle archi comble, pour une interprétation magistrale de Chopin. Enrique Graf, l’ancien professeur du jeune homme, était assis à côté de Koob qui l’a entendu dire : « Il a fait mieux que tout ce que tout ce que l’on pouvait imaginer !  » L.Koob enchaîne sur la puissance émanant de l’esprit et des doigts du jeune homme sur le clavier, il n’est pas seulement un prodige-né mais il conjugue tout à la fois musicalité profonde, raffinement et profondeur de l’interprétation, puissance exprimée de l’affectivité, prouesses techniques… Ce qui lui fait dire que Micah porte en lui le potentiel le plus fameux qu’il lui ait été donné de remarquer depuis une dizaine d’années, à Charleston ! Il faut un musicien de cette trempe-là pour nous offrir le meilleur rendu possible de merveilleuses créations (il parle de Chopin) et tout le romantisme que l’on peut espérer.
Rien d’étonnant alors quand on apprend la suite du palmarès du garçon, distingué depuis lors dans de multiples compétitions internationales, remportant de prestigieux concours, jouant à Cleveland, en Allemagne (où il détient le prix du Concours Ettlingen International de jeunes pianistes), à Montevideo, à Salvador, Miami, Pérouse… Il a été le plus jeune des huit pianistes qui ont été choisis mondialement pour le Verbier Festival Academy, en Suisse et a remporté le concours de concerto de l’Académie de Musique de Santa Barbara.
Nommé récipiendaire du Gilmore Young Artist Award 2016.
Crédit photo Roger Mastroianni
Fondé en 1989, le prix Gilmore Young Artist Award  (héritage du nom de l’homme d’affaire et philanthrope, Gilmore, amoureux de la musique de clavier) est attribué tous les deux ans lors d’un réputé festival international du Michigan. Il s’agit de permettre à de jeunes pianistes prometteurs, de moins de 22 ans, d’avancer dans leur musicalité, de développer leur carrière. Ainsi en a-t-il été décidé pour deux jeunes pianistes américains, Daniel Hsu (originaire de San Francisco, de nombreux concours déjà à son actif dont le Concours de piano russe international) et donc, Micah McLaurin. Chacun reçoit 15.000 dollars destinés à couvrir ses frais pour les deux prochaines années, en lui permettant de travailler dans de bonnes conditions. 30 jeunes pianistes ont ainsi été récompensés entre 1990 et 2014.
À Paris, la Fondation Long-Thibaud Crespin, située sur l’avenue de Matignon, contribue à faire connaître de talentueux jeunes pianistes et violonistes et propose aussi depuis 2011  un concours de chant. C’est lors du dernier concours qu’Olivier Bouley a découvert le jeune Micah. Aussitôt séduit, il a décidé de l’inviter à participer à la saison des « Pianissimes, un coup de jeune dans le classique » dont il est le président et qui organise des concerts (saison parisienne et saison lyonnaise) ainsi qu’un festival d’été (à Saint-Germain-au-Mont d’Or, dans le Rhône).

« C’est un garçon plein de retenue, voire timide mais charmant, souligne Olivier Bouley pour Pluton Magazine, il communique de façon très intense à travers la musique. Encore étudiant au Curtis Institute de Philadelphie, mais déjà une maîtrise du clavier, une émotion intérieure jamais ostentatoire, une maturité dans le choix des pièces (Prélude Chorale et Fugue de Franck ou la 2ème ballade de Liszt) un sens de la grande phrase et du chant qui m’ont tout de suite touché ».

Beaucoup ont remarqué que pendant sa performance, le garçon affiche un grand calme, comme rentré en lui-même, contemplatif en quelque sorte, ne touchant pas le piano, sans doute pour puiser au plus profond l’émotion qui jaillira ensuite en même temps que les premières notes lorsqu’enfin il sera sur scène.
Un pied à Philadelphie et Boston et un pied à Paris !
Parallèlement et en bonne synergie avec Olivier Bouley, Catherine Pierron qui dirige, elle, « Inventio Music », et qui poursuit le même objectif, décidait également de s’intéresser à cette jeune pousse, rencontrée à Curtis lors d’un concert :

« La sensibilité de Micah, sa maturité en complément d’une belle maîtrise m’ont beaucoup touchée », écrit-elle à Pluton Magazine, ajoutant : « Cela a fait écho aussi à la précocité, la sincérité et la profondeur d’interprétation constatée dans le jeu  du jeune violoniste français, Léo Marillier, âgé de 20 ans. Et à l’issue du Concours Long-Thibaud, nous avons eu l’intuition qu’inviter Micah en duo avec Léo, serait heureux. Constater de surcroît que cela lui permettait de réaliser une petite tournée grâce à la synergie réalisée avec Pianissimes en la personne de son président, Olivier Bouley a consolidé le projet. Micah et Léo, quant à eux, ont relevé avec un bel enthousiasme le défi de préparer un concert de musique de chambre pour notre série Inventio, apprenant à se connaître à travers la négociation du choix des œuvres, élaborant le fil rouge du programme à distance dans un premier temps. Et anticipant déjà un planning de  répétitions à venir, un pied à Philadelphie et Boston et un pied à Paris ! » 

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