
Le monde est sublime livre d’histoire.
« Le monde a commencé sans l’homme et s’achèvera sans lui », écrivait Claude Lévi-Strauss, en 1955, dans Tristes Tropiques.
Il y a à peine dix mille ans, le nombre d’animaux sauvages vivant sur notre planète était largement supérieur à celui d’homo sapiens. Une survie que l’homme doit à ses facultés d’adaptation, à ses capacités technologiques et donc à son intelligence.
À quel prix ?
WWF (une ONG internationale pour la protection de la nature), ainsi que de nombreux scientifiques de toutes nationalités, tirent la sonnette d’alarme sur les dangers qui menacent notre planète. Explosion démographique, perte de la biodiversité, accélération des changements climatiques, émission de gaz à effet de serre, boulimie énergétique et consommation effrénée de ressources terrestres sont les responsables de l’extinction d’un très grand nombre d’espèces vivantes…
Dont l’orang utan, « l’homme de la forêt » (du Malais orang : homme – utan : forêt).

Les forêts de Bornéo et de Sumatra sont les derniers refuges des grands primates que je ne pourrais plus jamais appeler « singes » depuis que je les ai approchés à Sarawak, sur l’île de Bornéo. On ne compterait pas plus de 65000 orang utan vivant aujourd’hui en liberté. D’ici à vingt ans, si la déforestation continue à son rythme actuel, l’unique singe anthropoïde d’Asie, le Pongo Pymaeus, pourrait avoir disparu de son habitat naturel.

En Malaisie (à Sarawak), comme en Indonésie (à Sumatra), j’ai longé des kilomètres de palmiers plantés sur des rangées serrées. Monotonie mortelle contre profits immenses pour les États et quelques grandes compagnies. Avec un rendement à l’hectare sept à dix fois supérieur à celui de ses concurrents (colza, tournesol), le palmier à huile est le plus productif des oléagineux et le moins cher du marché.
À elle seule, la Malaisie produit environ 39 % de la production mondiale d’huile de palme, appelée aussi « or vert ». On estime les surfaces cultivées à près de 4,5 millions d’hectares. Pour l’Indonésie, les chiffres seraient plus impressionnants encore.
La déforestation massive, au profit du palmier, est une des plus grandes menaces pour la biodiversité de notre planète. Et les choses ne sont pas près de changer car l’huile de palme est non seulement l’huile végétale la plus utilisée au monde, mais elle est partout : dans nos aliments, dans nos produits de beauté et d’entretien. L’industrie agroalimentaire est la plus terrible des ogresses.
Critiquer « l’or vert » est très mal vu. Lors de son passage à Sumatra, en avril dernier, l’acteur Léonardo Di Caprio, dont on connaît le combat pour l’écologie, a osé pointer du doigt l’industrie de l’huile de palme. Il s’est fait vertement remettre à sa place – celle d’invité, et non d’activiste – par le gouvernement indonésien. « Monsieur Di Caprio est en Indonésie avec un visa touristique, il doit se contenter d’excusions. S’il continue de violer l’ordre public en portant préjudice aux intérêts du pays, les services de l’immigration sont prêts à l’expulser », a déclaré Ronny F. Sompie, directeur général de l’immigration en Indonésie, au journal Républika.
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