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Votre salaire, révèle-t-il la force de votre travail ?

  • 13 septembre 2017
  • Pluton Magazine
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Voilà un élément qui divise, qui est source de polémique et de tension ? D’une entreprise à une autre, d’un foyer à l’autre, il l‘est partout en effet, car il est rattaché à une branche unique : le capitalisme.
Sur quelle base peut-on transformer la force du travail en salaire ? Qui peut s’octroyer ce droit unilatéral, puisqu’il n’est pas à l’origine de cette force et ne peut prétendre la contrôler ?
 
Votre fiche de paie est plus simple et pernicieuse que vous ne l’auriez imaginé. La vrai réalité tient au fait que le capitalisme, dès son essor, a  rapidement compris que transformer cette force en valeur salariale, lui donner un prix à la journée ou à la pièce était en fait tout bénéfique pour son expansion, au détriment et au mépris même de l’homme qu’il parviendrait à aliéner assez facilement.
 
 

 
 
La rétribution du travailleur se présente comme étant le salaire du travail : tant d’argent payé pour tant de travail. Le travail lui-même est donc traité comme une marchandise dont les prix courants oscillent au-dessus ou au-dessous d’une certaine valeur.
Mais qu’est-ce que la valeur ? Tout simplement la forme objective du travail social dépensé dans la production d’une marchandise. Ces petites mains d’à peine dix ans, qui travaillent du matin au soir en Asie et qui produisent un ballon de foot ou encore nos godasses pour  quelques centimes, ne sont pas rémunérées à leur juste valeur, quand la marchandise produite est revendue à un prix  exponentiel.
 
Comment mesurer la valeur d’une marchandise ? Par la quantité de travail qu’elle contient.
 
L’assemblage de notre téléphone de 900 euros à la chaîne (des milliers d’unités par jour) par une machine ne justifie pas son prix. Il devrait être bien moins cher que cela. Notre avidité mise au service de la publicité est le moyen facile de justifier le prix de vente d’un gadget qui permet de faire la chose la plus importante : converser. Si on lui enlevait cette fonction primaire, personne ne l’achèterait. Alors, pourquoi quelques services supplémentaires, souvent inexploités, font-ils monter les enchères ? L’appartenance à un clan, se démarquer, s’afficher et dire qui je suis.
 
L’objectif du capitaliste est d’obtenir le plus de travail possible pour le moins d’argent possible.
 
 

 
Le principe du salaire au temps et aux pièces, selon Marx.
La forme apparente sous laquelle se présente la valeur, soit journalière, hebdomadaire ou annuelle de la force de travail, est donc en premier lieu celle du salaire au temps, c’est-à-dire du salaire à la journée, à la semaine, etc.
La somme d’argent que l’ouvrier reçoit pour son travail du jour, de la semaine, etc., forme le montant de son salaire.
 
Cela vous parle : 35 heures, 38 voire 40 heures et toutes les heures supplémentaires rémunérées ou remboursées. La guerre autour du temps du travail existe depuis les premiers acquis sociaux ; l’emballement des grèves repart aujourd’hui de plus belle avec les lois autour du travail édictées par des législateurs qui n’ont jamais vraiment travaillé eux-mêmes, si l’on s’en tient au sens strict de la force exigée des travailleurs.
Ce type de travail avait l’avantage de rémunérer le travailleur, même quand sa force physique déclinait, ce qui est normal. L’astuce était donc de trouver une autre forme de travail qui obligerait à un double résultat tant pour le capitaliste que pour le salarié. Alors, le salaire aux pièces est devenu le recours ingénieux pour satisfaire cette exigence.
 
Le salaire aux pièces n’est qu’une transformation du salaire payé au temps de travail, de même que celui-ci n’est qu’une transformation de la valeur ou du prix de la force de travail. Le salaire aux pièces semble prouver à première vue que ce que l’on paye à l’ouvrier est, non pas la valeur de sa force, mais celle du travail déjà réalisé dans le produit, et que le prix de ce travail n’est pas déterminé par la fraction. Une fois que le salaire aux pièces est établi, son intérêt personnel pousse naturellement l’ouvrier à tendre sa force le plus possible, ce qui permet au capitaliste d’élever plus facilement le degré normal d’intensité du travail. L’ouvrier est également intéressé à prolonger sa journée de travail, parce que c’est le moyen d’accroître son salaire quotidien ou hebdomadaire. Le salaire à la pièce devint ainsi une arme à la main du capitaliste. Celui-ci pouvait baisser le prix payé à la pièce en réduisant le montant du salaire, et en obligeant l’ouvrier à travailler plus pour gagner plus, un slogan qui n’a rien de nouveau.
Le travail à la pièce est à l’origine de la rémunération : fixe plus commission. Dénicher des contrats pour compléter le salaire, travailler des heures et des heures en plus, ou encore accepter des systèmes de parts variables , plus vicieux, où ce qui est gagné ne sera pas payé en raison d’items scandaleux qui n’ont pas empêché la réalisation de l’acte de vente. Des objectifs de vente sont fixés au salarié et même s’il a réalisé ses ventes sa rémunération est assujettie à une réalisation collective de l’équipe ou encore à des items de satisfaction client. C’est comme si vous devez vendre une voiture mais si  vous n’arrivez pas à vendre des chamoisines avec la voiture votre commission de vente sera tronquée. Le manque à gagner pour le salarié se retrouve ainsi dans la poche du capitaliste et est à l’origine de nombreux maux comme le mal-être au travail. C’est comme si vous deviez vendre une voiture, mais que si vous n’arrivez pas à vendre en même temps des chamoisines, votre commission de vente était tronquée.
 

 
L’exploitation de la force de l’homme n’était point nécessaire pour construire une société stable et durable. Cette exploitation a créé une accélération incontrôlée de dérives qui ont mis en péril la vie et la survie même de l’humanité au nom du progrès. Chaque jour est un progrès de vie, le seul nécessaire à l’équilibre universel de la vie.
Peut-on dire que les salaires d’aujourd’hui sont tous le produit de la force ? Les écarts et les inégalités béants condamnent à un esclavage moderne les salariés de la fourmilière du capitalisme. Le maintien volontaire dans l’enclos du chômage de quelques individus rappelle aux bien chanceux du travail de faire attention et de s’estimer heureux de travailler. Ceux qui attendent sont prêts à dépenser une force colossale pour un salaire inégal.
Le capitalisme serait donc idiot. Les chômeurs lui coûtent aussi cher que s’il les payait à travailler. Il serait donc possible de salarier tout le monde sans que cela ne coûte davantage à un capital déjà en mal de plus-value.  (voir article complet « Vers une fin annoncée du travail »,  publié par Pluton Magazine en  juillet 2016) 
 
 
 
1500, 2000, 4000… 10000 euros ! Quel salaire méritez-vous ? Un salaire minimum garanti ? Nombre de salariés reconnaissent une inadéquation entre l’investissement, l’utilité et le salaire de certains. Médecins, pompiers, policiers, éboueurs, enseignants,… les métiers utiles au bon fonctionnement de la société sont dévalués au profit de métiers dont on pourrait  bien s’abstenir. Aujourd’hui, partout dans le monde, des salariés font le travail de deux personnes ou plus. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés et les actionnaires deviennent les prescripteurs sous-jacents de ce fardeau usant la force de l’individu au travail. Notre salaire n’est qu’une vieille histoire précaire devenue l’outil principal du capitalisme, la baguette magique des vœux pour certains, et pour d’autres, le fouet cinglant qui frappe à chaque fin du mois, la bourse, dans un calcul permanent, jouant avec la force de millions d’humains en quête de satisfaction et de réalisation personnelle.
 
Rédacteur Georges COCKS
Secrétariat rédaction Colette FOURNIER
Selon le livre le  Capital de Karl Marx
© Pluton Magazine 2017

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