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Dédé SAINT-PRIX , artiste musicien: une voix de la culture martiniquaise.

  • 20 juin 2018
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Dédé Saint-Prix, de son vrai nom André Saint-Prix, est un chanteur de musique traditionnelle. Sa marque de fabrique, la musique chouval bwa. Une musique qu’il a su mettre avec succès au goût du jour. Il s’agit d’un genre musical typique de la Martinique, à base de percussions, flûte, issu de la campagne et qui accompagne les manèges de chevaux de bois.
 
Par Patricia MASTAIL

 
Né au François, en Martinique, Dédé Saint-Prix a été élevé par sa grand-mère Man Dèdène, car sa mère Yaya devait ramener le pain quotidien. Toute son enfance a été bercée par la musique et en particulier, celle du chouval bwa. Influencé par cette musique, il construit ses propres instruments et travaille les percussions en écoutant les stations radio de la Caraïbe. Il construira son propre style et s’y confortera au fil du temps. Adolescent, il intègre déjà des groupes musicaux, puis des formations prestigieuses du pays, telles que Les Maxy Twenty, la Selecta, Malavoi, Etc.
Multi-instrumentiste, avec un bagage musical étonnant, Dédé Saint-Prix apporte avec maestria sa touche au sein de grandes formations. C’est un meneur d’ambiance, chanteur, percussionniste, flûtiste, saxophoniste.
Il possède cette voix puissante, qui fait la fierté de notre île. L’une des particularités de cet artiste de renom est de chanter avec des onomatopées si originales. Selon Dédé, un langage universel. Il accapare ainsi notre oreille et notre sensibilité. Il s’est beaucoup inspiré de son environnement, de la ruralité, pour imaginer ses textes. Il valorise le patrimoine et l’identité culturelle de la Martinique.
L’artiste utilise dans ses chansons rythmées, où le tambour et la flûte sont bien présents, d’autres influences et styles : charanga, zouk, ragga, kompa, hip hop… Ses plus grands succès ne se comptent plus : Publisité, Antiyez la, Gansté mélé, Ti Manmay, Katchopine, Drikouraman, Man envi wew, Pa gadé pat mile… Son expérience artistique et les nombreuses sollicitations dont il fait l’objet le conduisent à se produire à travers le monde.
Dédé Saint-Prix a, d’abord, mené de front sa carrière d’enseignant et celle de musicien. En 1991, il démissionne de son poste d’instituteur pour se consacrer pleinement à sa carrière d’artiste. Cette passion de la musique, il œuvre aujourd’hui à en assurer la transmission.
 
À l’occasion de son passage en Martinique pour un concert exceptionnel organisé à Fort-de-France, Dédé Saint-Prix, avec son humilité et sa sympathie légendaires, nous accorde cette entrevue.
 
EN RYTHME ET EN CINQ TEMPS
 
LA MUSIQUE : TOUTE UNE VIE
 

 
 
La musique a fait partie entière de votre enfance et a façonné votre parcours ? Comment tout a commencé ?
 
Tout a commencé le jour de ma naissance. Je suis né un mardi gras. Jeune, j’ai une attirance naturelle pour la musique. Je n’ai pas été encouragé par mes parents à une pratique. La musique ne constituait pas un modèle pour la société de l’époque. Cette musique étant ancrée en moi, alors je me suis construit avec.
On a tendance à me classer dans la case chanteur traditionnel. Je me considère plutôt comme un musicien social qui ne donne pas que de la musique, mais aussi du temps, de l’énergie et surtout qui fait la promotion de son île et de sa culture afro-caribéenne.
 
Multi-instrumentiste, vous avez participé à plusieurs groupes.  Quelles expériences, notamment avec les groupes Pakatak et Avan Van ?
 
J’ai effectivement intégré des formations musicales. La plus significative est l’expérience avec le groupe Pakatak, une formation de recherches rythmiques. Cela a été une révolution au plan culturel et patrimonial. Il y a eu aussi cette réappropriation du créole. Du côté vestimentaire, les boubous africains que nous portions rappelaient nos racines afro-caribéennes. Le groupe Pakatak a réconcilié les gens avec leur culture. En ce sens, il a eu un important rôle social. Je n’y suis pas resté longtemps et j’ai créé le groupe Avan-Van. Ce groupe connaît un franc succès en 1982, au restaurant le Piment Vert (Sainte Luce), au trou Caraïbe (Carbet / St Pierre), au Club 971 (Gosier), stades et fêtes patronales.
 
Le style Dédé Saint-Prix. Un style qui fait toute sa différence dans le monde de la musique antillaise, n’est-ce-pas ?
 
Le style Dédé Saint-Prix est une signature vocale. C’est la musique, bien sûr, mais avant tout une manière d’être. Je le dis souvent, le monde est village. Si je veux transmettre, je dois d’abord aimer. C’est aussi veiller à faire preuve de bienveillance et de compassion. Avec la reconnaissance et l’affection, celui qui te fait face, baisse sa garde et se sent accepté avec ses qualités et ses défauts. Et cela est d’autant plus vrai dans la transmission du savoir.
 
 « GRIOT DES ÎLES ET PASSEUR DE MUSIQUE »
 

 
Vos textes ont trait aux scènes rurales, aux faits de société, aux expériences, à l’actualité ? Quels thèmes vous inspirent ?
 
Un grand artiste a un devoir et un rôle culturel à jouer dans la sauvegarde du patrimoine. Les thèmes développés touchent, entre autres, au rôle parents-enfants, aux scènes de vie, aux événements, à l’actualité, au tour des yoles, par exemple… Mes textes reprennent des expressions anciennes, des proverbes… Le créole est magnifique et j’ai très tôt possédé cette manière de parler le créole des grandes personnes.
L’éloignement a permis une prise de conscience rapide. Ma présence a apporté un équilibre à la diaspora. Pour preuve, suite à une intervention dans une école, le témoignage de cette institutrice qui me fait part de l’enthousiasme de ses élèves face au projet et de la rencontre avec un musicien. Les petites antillaises présentes dans la classe y voient un sentiment de fierté et d’appartenance à une culture. Je suis un ambassadeur de la Martinique. Je raconte des choses et donne du sens à ce que je dis.
 
Quelles influences mêlez-vous à votre musique ?
 
Mes influences sont nombreuses. J’ai beaucoup écouté de la musique dans ma jeunesse et sur toutes les stations de la Caraïbe. Pour jouer dans les bals, je me suis inspiré des musiques de Otis Redding, James Brown, Ti-Raoul Grivalliers, Ti-réchaud… Mes influences sont caribéennes et je les tiens de Cuba, Jamaïque, Trinidad, Haïti… J’ai fait la synthèse de tout pour aboutir, dans sa version actuelle, à la musique du chouval bwa. Une musique qui nous ressemble plus. Les Martiniquais doivent apprendre à se défouler sur la musique de leur pays.
 
50 ANS DE CARRIERE
 

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