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Un fleuriste dénommé Carrément Fleurs
Tout démarre il y a quelques mois, au printemps, lorsque le hasard guide mes pas chez un fleuriste dénommé Carrément Fleurs, au pied du métro parisien Sully Morland, juste en face de la cavalerie de la Garde Républicaine. J’ai un peu de temps. Les fleurs sont belles. Les roses sont nombreuses, de toutes tailles, de toutes les couleurs et il faut bien l’avouer, à un prix qui permet de dire « oui » à toutes ses envies. Je me laisse tenter et sélectionne une bonne trentaine de roses pour un bouquet passion. C’était une opération spéciale. Je ne le savais pas. Mais ce qui fut vraiment spécial fut ma rencontre avec Patrice. Derrière son comptoir je découvre un homme de taille moyenne, brun, tonique, s’affairant avec soin pour que les clients et clientes présents soient satisfaits. Une attitude naturelle, une politesse bienveillante, des conseils, de petites attentions et un sourire au top.
Avec lui je remarque une jeune apprentie : cheveux courts, rousse, à qui il explique en parallèle comment faire pour la carte de fidélité, et un homme plus âgé en arrière-boutique, à qui il confirme quelques points techniques qui m’échappent un peu, je dois dire. Ce trio intergénérationnel me plaît d’entrée et je me dis qu’il y a bien une magie dans ce métier mais aussi beaucoup de travail pour qui sait regarder. Je me demande aussi quelles sont les qualités requises pour faire un si beau métier. De cette question naîtra quelques semaines plus tard l’idée de faire une interview déployée comme une conversation et dont voici le contenu. Que vous soyez désireux de vous lancer dans ce métier ou que vous soyez simplement curieux d’en savoir plus sur les artisans qui font des fleurs et des plantes des antidotes naturels à la morosité, cet article vous est dédié.
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Nous entamons donc l’interview à deux pas de la boutique, à la terrasse très accueillante du bistrot Chez Margot qui est la « cantine » de Patrice. Et c’est parti pour une belle heure d’échanges inspirants. Notre fleuriste m’avoue ne pas être rompu à l’exercice de l’interview mais se prête assez vite au jeu et je peux poser une première question un peu prévisible, mais essentielle : « Comment avez-vous décidé de devenir fleuriste ? ». Question à laquelle Patrice répond d’emblée.

PV : « J’avais 14 ans. J’en ai 33 actuellement. J’ai commencé le 1er mai avec une voisine de chez mes parents. Après, j’ai fait mon stage de 4ème chez elle et j’ai décidé de quitter le cursus classique. Je suis entrée en formation à l’école des fleuristes de Paris. Une semaine d’école. Trois semaines en entreprise. On faisait beaucoup de dessin. Entre 4 et 6 heures par semaine. On découvrait tous les styles de peinture. Le baroque en particulier. Il y avait de la pratique (8 heures) et de la théorie (entre 4 et 5 heures). On avait aussi 6 heures par semaine de cours de vente avec de très bons profs. Je me souviens de Monsieur Germain. Un prof génial ! Il y a plusieurs écoles de fleuristes en France. L’École de Paris dans le 19ème et l’École de Saint-Maur. Il y a aussi des LEP, mais peu forment au métier.»
L’enthousiasme communicatif et la fierté de Patrice lorsqu’il parle de son école me poussent à enchaîner sur une autre question plus personnelle : « Quel a été votre meilleur souvenir à l’école des fleuristes ? » Et la réponse, une fois encore, ne se fait pas attendre. PV : « Le voyage en Hollande avec les profs. Le Cadran. Le clac-clac-clac des boutons. C’est juste magique. »
Sauf que le « Cadran », moi je ne sais pas ce que c’est, alors Patrice m’explique : « C’est la salle du marché international des fleurs avec une grande pendule, d’où son nom : le Cadran. » Je me dis intérieurement qu’il faudra que j’aille y faire un tour prochainement. Cela a l’air saisissant. Mais d’ici-là, timing oblige justement, je passe à la question suivante.
Le métier de fleuriste est-il assez reconnu selon vous ?
PV : « C’est un beau métier qui nécessite d’avoir beaucoup de connaissances. Mais pour la plupart des gens, le fleuriste est juste un vendeur de fleurs. Il est souvent envisagé comme « pas intelligent ». Il y a beaucoup de préjugés. On ne voit pas tout ce qu’il faut connaître et maîtriser pour faire ce métier. Beaucoup de gens pensent que ce n’est pas un métier d’avenir. Et lorsque l’on est un homme et que l’on veut entrer dans la profession, on est confronté aux mêmes clichés que pour les coiffeurs. Vient très vite l’image de la « folle » efféminée. C’est dommage. Alors que c’est un métier qui rassemble un melting-pot de personnes très variées avec des cultures, des niveaux scolaires et des milieux sociaux très différents. Un jour, j’étais membre d’un jury et il y avait à mes côtés une fleuriste qui avait fait Science Po. C’est aussi à l’occasion des concours que l’on se rend vraiment compte de la diversité des profils. »
Je l’interpelle alors immédiatement, « Quels concours ? »
PV : « Il y a des concours pour mettre en avant le savoir-faire. J’ai participé à la coupe espoir interflora départementale du Lot et à celle de Seine-Saint-Denis. On arrive le matin. On voit un gros tas de fleurs. On a le cerveau en ébullition. Un thème est donné. Il y a quatre épreuves et chaque épreuve est spécifique. Comme, par exemple : « un loup pour une cavalière », « un bouquet pour un maître de cérémonie » ou « une composition pour jongleurs ». Cela dure toute une journée. On commence à 7 h et on finit à 19 h mais on ne voit pas le temps passer. Et c’est encore mieux quand on est encouragé par les patrons. Ce qui a toujours été mon cas.»
Cette référence faite aux employeurs me crée une opportunité toute trouvée pour la question suivante. « Quelle a été votre expérience professionnelle la plus marquante ? »
PV : « Celle que je vis en ce moment chez Carrément Fleurs. Ce qui me plaît, c’est le côté convivial et familial. On a plein de possibilités. On est bien entouré. On voit le côté « professionnel de la fleur ». J’ai plus appris en un an avec eux qu’en quinze ans de métier en ce qui concerne l’organisation, la gestion, le côté « entrepreneuriat » du fleuriste. Mais j’ai aussi un excellent souvenir à la Roseraie quand j’étais en BP près de chez mes parents. C’était des personnes humaines et très professionnelles à qui je dois beaucoup. »
Quelles sont, selon vous, les qualités pour être un bon fleuriste ?
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