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Par Yassir Mechelloukh
Le soi, l’humanisme, l’universel : autobiographie et philosophie pratique chez Ibn Khaldûn et Cardan (I)
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.On voudrait, dans le présent travail, proposer une étude comparée entre l’Autobiographie d’Ibn Khaldûn [I] (1332 – 1406), historien et anthropologue tunisien du XIVe siècle et celle de Jérôme Cardan [2], médecin et philosophe italien (1501- 1576). On se propose d’étudier, dans le détail, la question de l’autobiographie dans le cadre proprement philosophique. L’intérêt de ce choix théorique est double : d’une part, il consiste dans une approche comparée de la perception de l’individu ou du soi à travers deux auteurs caractéristiques de deux civilisations et d’autre part à interroger, par une méthodologie archéologique, si les notions centrales de « sujet » et de « personne » ont bien une réelle consistance quand on réfléchit à partir du monde arabe.
Si nous avons choisi ces deux autobiographies, c’est parce qu’Ibn Khaldûn est un polygraphe au statut quelque peu particulier ; il nous semble qu’il est le dernier auteur majeur à proposer un système de pensée caractéristique de l’union entre les productions des sciences gréco-arabes et les fondements de la croyance (أصول الدين) l’auteur de la Muqaddima (مقر مة), connu pour sa théorie cyclique des civilisations, fait état d’une conscience historique aiguë et d’une lucidité critique à l’égard de l’âge d’or des sciences arabes – cela donne à son Autobiographie un statut à la fois classique dans sa méthodologie et en même temps lucide – c’est pourquoi nous espérons qu’il ressortira de notre analyse des conclusions un tant soit peu nettes en ce qui regarde la perception historique arabe et celle proprement « européenne » de la Renaissance.
Il semble, en effet, que Cardan n’a pas pu connaître Ibn Khaldûn. Tous deux, toutefois, écrivent une autobiographie dont la portée morale et historique est manifeste. Ibn Khaldûn [3] est à la fois un représentant de la jurisprudence islamique sunnite [4] et un héritier de la فلسفة (falsafa – philosophie arabe de tradition hellénistique) [5], bien qu’il ne soit pas proprement philosophe. Quant à Cardan, il est un représentant de l’humanisme tardif. Le sens de notre démarche consiste à étudier et à mesurer l’influence de l’héritage antique chez nos deux auteurs. Cela s’inscrit dans un esprit plus général : doit-on réévaluer la place de la civilisation arabe dans son rapport au monde latin ? En quoi le travail des studia humanitatis [6] diffère-t-il de celui entrepris par les Arabes du VIIIe au XIVe siècle ? C’est cela qu’on voudrait analyser. À cet égard, on voudrait analyser la bipartition entre la philosophie théorique et la philosophie pratique depuis l’Antiquité et expliquer comment l’on peut, aujourd’hui – suivant les récents travaux – reconsidérer la place de la civilisation arabe.
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