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High-Profile: Michel Schulman spécialiste de Frédéric Bazille

  • 6 janvier 2017
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Bazille est à l’honneur au musée Fabre, au musée d’Orsay et à la National Gallery de Washington ! Il y figure parmi les grands, ses amis presque d’enfance, à l’âge où les horizons de la vie s’élargissent et où tous les espoirs sont permis. Bazille et ses amis Monet, Renoir, Sisley, compagnons d’une lutte qu’ils ne savaient pas encore pouvoir gagner.
Jean Frédéric Bazille ( 6 décembre, 1841 – 28 novembre, 1870)
Depuis l’exposition de 1992 au musée Fabre de Montpellier, Bazille n’avait jamais été aussi sacralisé. Et ce n’est que justice qui lui est aujourd’hui rendue.
Les plus belles œuvres de Bazille figurent dans cette exposition. Elles marquent et jalonnent tout naturellement la vie du peintre, ses grandes étapes et illustrent ses sujets de prédilection.
Les étapes d’abord. Ses incursions en forêt de Fontainebleau, qui attire alors les plus grands comme l’Italie du Grand Tour au XIX° siècle. Un must pour les artistes de l’époque. Il séjourne à Chailly-en-Bière, près de Barbizon, et exerce ses premiers talents de peintre de plein air. C’est très certainement la présence de ses amis parisiens qui le pousse à venir y peindre, comme le feront Monet, Sisley et Renoir, lesquels, au début de leurs carrières, viennent marcher sur les traces de Rousseau et de  Millet.
C’est ensuite au tour de la Normandie et de ses plages que connaît déjà Monet, mais dont Boudin, Cals et Jongkind ont déjà fait la réputation. Bazille peindra sa célèbre toile, La plage à Sainte Adresse,  (Atlanta High Museum), réplique du tableau de Monet.
Vient ensuite sa vie parisienne adroitement représentée par les tableaux de ses ateliers dont le plus emblématique est l’Atelier de la rue La Condamine  (musée d’Orsay), où il se représente avec ses amis, toujours les mêmes, auxquels il a ajouté Zola et Edmond Maître.
L’atelier de Bazille, rue de la Condamine1870
L’été, il rejoint sa famille à Montpellier. Douceur de vivre dans l’environnement familial.  Aucun été n’échappe à la règle. Il se retrouve à Méric, la grande propriété familiale qui surplombe la ville et qu’il semble particulièrement affectionner. Il y peint dans la serre ses bouquets de fleurs et, dans le jardin, ses personnages avec, en arrière plan, le village de Castelnau-le-Lez dont on pouvait alors apercevoir les maisons depuis la terrasse. Il peint sur cette même terrasse sa célèbre Réunion de famille (musée d’Orsay) où figure sa famille proche : ses parents, son frère Marc et sa femme ainsi que ses cousines. Il se représente discrètement dans le coin gauche du tableau, en observateur de la scène, reflet du milieu social qu’elle incarne.

Réunion de famille (musée d’Orsay)
Parfois, il s’échappe pour un séjour à Aigues-Mortes, où il peindra trois tableaux aujourd’hui connus, chacun représentant les remparts vus sous des angles différents.
Ses sujets de prédilection reviennent souvent sous son pinceau : sa famille, ses ateliers qui sont souvent vides de personnages, à part l‘Atelier de la rue La Condamine dont nous venons de parler. Ainsi se pose-t-il en véritable peintre, à l’image de Delacroix qu’il pouvait apercevoir dans son atelier et son jardin de la place de Furstemberg.
Certains sujets soulèvent des questions toujours actuelles et auxquelles nous ne pouvons répondre. À travers le Pêcheur à l’épervier et la Scène d’été, peut-on discerner les signes d’une quelconque homosexualité chez Bazille ? Evidemment les deux tableaux mettent en valeur le corps masculin et leur qualité nous porte à y voir le talent d’un observateur concerné.  Mais ses tableaux de nus féminins ne sont pas moins emprunts du même don d’observation. Quant à sa correspondance, on n’imagine pas qu’elle puisse, à cette époque, évoquer la question. Peut-on s’imaginer qu’il parle d’un tel sujet, aussi intime et personnel, à ses parents ?
Scène d’été1869Fogg Art Museum , Harvard UniversityCambridge, Ma. USA
Un tableau de l’exposition ne saurait échapper, par son histoire, à notre attention. Il s’agit du Mariage mystique de Sainte Catherine, d’après Véronèse. Présenté au début de l’exposition, il symbolise la mort de Bazille. Le début et la fin d’une vie ! En effet, peint probablement en 1864, il est donné au curé de Beaune-la-Rolande en 1871, en remerciement. À l’annonce de la mort de son fils, Gaston Bazille part à sa recherche et, grâce à ce prêtre, le retrouve dans un charnier, revêtu de son uniforme de sous-officier. À travers les lignes du front, il le ramène à Montpellier pour une digne sépulture.  Ce tableau est donc plus qu’un symbole.

Mariage mystique de Sainte Catherine

L’exposition qui égrène la vie de Bazille ne tient malheureusement pas compte des dernières recherches et découvertes que nous avons faites depuis la publication du catalogue raisonné, en 1995. Les deux suppléments, respectivement parus en 2005 et 2016, présentent une quinzaine d’œuvres nouvelles totalement exclues de l’exposition par l’establishment bazillien.  Certaines sont des œuvres majeures dont le Portrait de Verlaine qui vient détrôner le faux et désastreux Verlaine en troubadour acquis par le musée de Dallas en 1978. On évoquera aussi la découverte d’une gouache et aquarelle Négresse aux pivoines, acquise dernièrement par le Fitzwilliam Museum de Cambridge, et exclue par les organisateurs de l’exposition.

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