Les Capétiens: cette dynastie prestigieuse qui a régné sur le royaume de France de 987 à 1328

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MOYEN ÂGE :

UNE SOLIDE DYNASTIE DE SOUVERAINS BRILLANTS ET ÉCLAIRÉS PERMIT UN « MIRACLE CAPÉTIEN » ET PROPULSA LE ROYAUME DE FRANCE AU SOMMET DES MONARCHIES EUROPEENNES

Cette dynastie prestigieuse a régné sur le royaume de France de 987, porte du haut Moyen Âge, à 1328 avec Charles IV le Bel, dernier souverain sans héritier mâle. Après cette lignée ininterrompue depuis presque trois siècles et demi, il eut fallu transmettre le trône de France. Deux descendances indirectes permirent à la maison capétienne de poursuivre sa toute-puissance, d’abord avec les Valois issus de Philippe le Bel puis les Bourbons rattachés au sixième fils de Louis IX. La période capétienne dans son intégralité historique, de 987 à 1848 avec Louis-Philippe le tout dernier souverain, un Bourbon-Orléans, a profondément marqué l’histoire de France durant presque neuf siècles. Mais c’est surtout au Moyen Âge que cette solide dynastie a offert des souverains brillants et éclairés. Ce « miracle capétien » a propulsé le royaume de France au sommet des monarchies européennes.

Trois figures déterminantes du Moyen Âge

LES CAPÉTIENS ASSURENT LA MISE « HORS D’EAU » DE LA FUTURE MAISON FRANCE

Hugues Capet a donné son nom à la dynastie, succédant ainsi aux Carolingiens du grand Charlemagne. Pépin le Bref, fils de Charles Martel et père précisément de Charlemagne, avait lui-même abattu la lignée mérovingienne pour ouvrir la voie carolingienne. Ainsi vont les dynasties dans les royaumes d’Europe. Elles se terrassent à tour de rôle par l’action des armes ou par les machinations, complots et intrigues, parfois la combinaison de tous ces éléments. C’est la date de 843, partage de l’empire de Charlemagne, qui valide l’acte de naissance de la future France dotée de frontières qui ressemblent un peu à celles que nous connaissons de nos jours. Si les Mérovingiens et les Carolingiens, de 428 à 987, ont assuré les fondations d’une future nation, avec les Capétiens la construction d’un royaume franc se dessine et s’accélère au cœur de l’Europe de l’ouest. C’est en quelque sorte, la mise « hors d’eau » de la future maison France.

Duchés et provinces sous Hugues Capet juste avant l’an 1000

PHILIPPE AUGUSTE, LOUIS VI LE GROS, LOUIS IX, PHILIPPE LE BEL… DE GRANDS ROIS POUR UNE « RENAISSANCE CAPÉTIENNE »

Sortant d’une sombre et rude période de conflits permanents avec les dynasties mérovingiennes et carolingiennes, la nouvelle période franque qu’ouvre Hugues Capet apparaît comme une véritable renaissance de l’autorité politique et du progrès économique des provinces. Cette dynastie s’attache à développer et affirmer son autorité sur le domaine royal face aux grands seigneurs vassaux en favorisant alliances, conquêtes et mariages. Jamais l’histoire de France n’a offert autant de souverains de qualité, éclairés, ambitieux et puissants sur plus de trois siècles. Même ceux qualifiés de médiocres qui furent cependant peu nombreux sous cette dynastie, comme Henri Ier ou Louis X, ont tout de même marqué leur temps. Après Hugues Capet qui eut le génie d’imposer « la paix de Dieu » pour éviter les guerres féodales contre les provinces vassales et assurer l’unité du royaume, et Philippe 1er qui sut préserver la paix avec l’irrésistible duc de Normandie Guillaume le Conquérant, nouveau maître de l’Angleterre, c’est bien Philippe II dit Philippe Auguste qui marqua de son autorité et de son immense prestige l’ère capétienne. De toute la chronologie des monarques qui se succédèrent jusqu’au 19e siècle, les esthètes le considèrent en effet comme l’un des plus grands rois de notre histoire et peut-être même le tout premier d’entre eux.

Philippe Auguste fait du royaume un état dominateur en Europe

Il va considérablement renforcer le pouvoir royal et la puissance du royaume en poursuivant la lutte contre Richard Cœur de Lion et les français issus des Plantagenêts qui règnent en Angleterre. C’est somme toute une lutte franco-française entre la famille capétienne et celle des Plantagenêts qui conduira inévitablement à la Guerre de Cent Ans un siècle plus tard. En remportant en 1214 la bataille de Bouvines face aux anglais, aux germains et aux armées du comte de Flandres, Philippe Auguste fait du royaume de France la principale puissance européenne. Après avoir réorganisé l’administration en créant les sénéchaux et les baillis, en quelque sorte des préfets de région, le grand roi réforma le système d’imposition et assura une rentrée régulière d’argent qui permit d’entretenir une armée permanente. À la fin de son règne, le domaine royal est quatre fois plus étendu. Philippe Auguste entreprendra la construction du Louvre, une forteresse à l’époque, dont on peut encore de nos jours découvrir la base des murs, et pourra voir le début de la construction de Notre-Dame avec l’épanouissement du style gothique.

Deux cartes qui résument l’action déterminante de Philippe Auguste

Louis IX devenu Saint-Louis, un modèle du prince chrétien

Cette figure dominante au Moyen Âge fut à juste titre associée à la piété, à la bonté et à la justice. Ce n’est pas une image d’Épinal, Louis IX guidé par une foi inébranlable apparaît comme un monarque généreux et charitable. Souverain éclairé, il dota le royaume d’institutions durables et poursuivit la lutte contre les anglais. Il offrit la possibilité à tous de saisir le roi pour rendre la justice. La diffusion d’une monnaie royale, la création du Parlement et de la Chambre des comptes traduisent l’audace et la clairvoyance de Louis IX. Sa foi et son énergie chrétienne le conduisirent en permanence auprès des pauvres et des plus faibles. Il fit édifier la Sainte-Chapelle, chef-d’œuvre du style gothique flamboyant, pour y abriter la Couronne d’épines du Christ, un morceau de la Croix et quelques reliques de la Passion. Louis IX s’éteignit lors de la huitième croisade, probablement à Carthage près de Tunis, en 1270, et fut canonisé par le pape en 1297. Seulement 27 ans après sa disparition, il devint Saint-Louis.

La basilique inférieure de la Sainte-Chapelle à Paris

Philippe le Bel, le troisième des « géants »

En imposant au pape le principe que le roi est le seul maître de la politique française, Philippe le Bel porta un coup d’arrêt à l’influence grandissante du clergé épiscopal. Après s’être brouillé avec l’autorité papale, c’est sous son règne précisément que s’installèrent les papes en Avignon avec le premier d’entre eux, un gascon, le bordelais de Villandraut Bertrand de Goth devenu Clément V. Philippe le Bel, habile manœuvrier, persécuta les Templiers, les juifs et les commerçants étrangers pour des raisons d’apparence religieuse qui masquaient en fait une spoliation financière organisée, bien destinée à remplir les caisses de l’État. C’est sous son règne que pour la première fois les états généraux, représentation de la nation, furent réunis et accordèrent leur confiance au roi.

Habile et manœuvrier, Philippe le Bel rompt avec le clergé

RENAISSANCE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE

La paysannerie profita de progrès techniques importants, comme l’invention de l’attelage par collier, la charrue à roues et à versoir ou encore la généralisation de la ferrure du cheval. L’écrasante majorité de la population vivait à la campagne et commençait véritablement à se regrouper en villages. C’est cet essor rural qui va impulser aussi celui des villes, nourries désormais par des campagnes capables de produire des excédents. Avec le développement des foires commerciales dans les villes majeures, Louis VI et Louis VII encouragèrent le renforcement des communes. Offrir plus de pouvoir aux communes permit aussi d’affaiblir l’arrogance des grands seigneurs provinciaux.

La puissance de l’église au Moyen-Age

L’église fut omniprésente dans la vie des hommes du Moyen Âge. Les cloches de la paroisse et les fêtes chrétiennes rythmèrent la vie quotidienne du peuple. Les cathédrales « chefs-d’œuvre de l’art français » virent le jour grâce aux nouvelles techniques du gothique, la croisée d’ogives puis les arcs-boutants. Les maîtres-verriers permirent aux vitraux de couvrir de grandes ouvertures et laisser ainsi se diffuser plus de lumière que dans les sanctuaires romans, pour mieux éclairer les fidèles. La prise de Jérusalem par les armées musulmanes turques et la menace qui en résulta sur les chrétiens d’Orient ouvrirent la voie à huit croisades en Terre Sainte. La création des États latins d’Orient qui en résulta ne permit que temporairement de reprendre Jérusalem et de s’y fixer.

La construction de Notre-Dame sous Philippe le Bel

Le « miracle capétien »

Le « miracle capétien », c’est bien la combinaison d’un ensemble de facteurs politique, économique et culturel. En tout premier lieu, une dynastie de souverains exceptionnels qui assura une période d’autorité et de grande stabilité dans la succession au trône. Ensuite une véritable renaissance économique suivie d’une forte impulsion culturelle, dictée par une foi religieuse installée à tous les échelons du royaume de France. En moins de 350 ans, les Capétiens directs ont mis en place une véritable administration, étendu de manière remarquable le domaine royal face aux provinces vassales et élaboré de nouvelles institutions, tels le Conseil du roi, la Chambre des comptes ou le Parlement. C’est ce qu’il fallut pour donner une réelle puissance au royaume de France et en faire la nation phare au cœur du jeu européen.

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Rédacteur Philippe Estrade

Secrétaire de rédaction Colette Fournier

Pluton-Magazine/2018

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