Avocate française spécialisée dans le droit pénal international, Anta Guissé est depuis quatre ans l’un des principaux avocats de la défense de Khieu Samphan, l’ancien président du Cambodge sous le règne des Khmers Rouges, aujourd’hui emprisonné et poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité. En exclusivité, Pluton Magazine a pu rencontrer maître Guissé, à Phnom Penh, au Tribunal spécial pour le Cambodge.
Situé à la périphérie de Phnom Penh, la capitale du Cambodge, le Tribunal spécial pour le Cambodge (Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia, ECCC) ne paye pas de mine. Fonctionnel, sans plus, et bien loin des yeux de la population. C’est pourtant là que se joue l’un des derniers actes de l’affreuse tragédie, le génocide, qui a ensanglanté le Cambodge au milieu des années soixante-dix, faisant plus d’un million et demi de morts. On y juge actuellement Khieu Samphan, 84 ans, qui fut président du Kampuchéa démocratique à l’époque, et Nuon Chea, 89 ans, alias Frère numéro 2, ancien membre du comité central du Parti communiste du Kampuchéa.
L’un des deux avocats de la défense de Khieu Samphan est maître Anta Guissé. A la tête d’une équipe d’une demi-douzaine de juristes, cette Française quadragénaire a une longue expérience à l’international. Elle a notamment défendu des personnes accusées (condamnées depuis) de génocide et de crimes contre l’humanité au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha (Tanzanie) de 2002 à 2010, ainsi que des victimes à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye (Pays-Bas). Un CV long comme le bras, un regard pénétrant derrière de grosses lunettes, Anta Guissé fut par ailleurs lauréate en 2006 du Prix du Mémorial et de la ville de Caen du concours international de plaidoiries, sur le thème « Justice pour les victimes tchadiennes du régime de Hissène Habré ».
« Mais comment peux-tu défendre des génocidaires ? »
« Dans les dossiers dont je m’occupe on me demande souvent : mais comment peux-tu défendre des génocidaires ? Mais quand on est en charge de tels dossiers la vraie question ce sont les faits », explique Anta Guissé. « Comment cela s’est passé, est ce que tous les faits sont constitués, est ce que les témoins sont crédibles, où est la responsabilité de mon client, a-t-il participé à une prise de décision ? Les personnes que je défends ce ne sont pas des gens qui ont utilisé leurs machettes, ce sont des personnes qu’on accuse d’avoir soit encouragé, soit d’avoir participé à des réunions pour élaborer des politiques meurtrières. Dans ce cadre ma démarche est une démarche d’étude de dossiers. Donc, si le travail de l’accusation ne tient pas la route, on le combat. »
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