ENTRE LES LIGNES -H-Un garçon ordinaire de Joseph d’ANVERS

Par Dominique LANCASTRE

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Souligné pour son originalité, lauréat du Prix Marcel Pagnol 2023 roman jeunesse, Un garçon ordinaire est une plongée dans la génération X bouillonnante, dont les parents ignorent le mode de vie mais aussi les aspirations.

Ils sont jeunes, ils passent le bac dans trois mois mais leur cœur bat pour la musique, le rock. Ils vivent dans une ville où le seul endroit qui vibre est La Taverne, un bar générationnel mais même s’ils savent que leurs parents sont passés par là, le bac est pour eux un ticket pour échapper à l’ennui, à la vie monotone comme on peut l’imaginer à cette époque. Se sauver du lycée et de cet endroit.

Les discussions politiques des parents ne les intéressent pas et malgré leur envie de vivre pleinement cette fin d’adolescence, l’auteur souligne leur peur d’entrer dans la vie d’adulte avec tous les problèmes que cela peut engendrer.

Joseph d’Anvers réussit un coup de maître en se mettant au niveau des adolescents et en nous envoyant toutes les expressions de leur époque. Des jeunes que des lecteurs n’auront pas de mal à suivre, à comprendre, car ce sont les adultes d’aujourd’hui. Les adultes que l’on retrouve sur Facebook, par exemple, et facilement identifiables.

Nous sommes dans un environnement de jeunes et donc les conflits et les bagarres font leur apparition mais en se détachant de ces scènes l’auteur explique bien une France coupée en deux. Le roman est situé quelque part dans le sud de la France mais pourrait bien être se passer en banlieue car au fur et à mesure que nous avançons dans ce roman, la fracture sociale apparaît.

D’un côté, vous avez ceux dont les parents ont réussi à peu près leur vie en s’achetant une maison, rien de très grandiose, mais tout de même assez pour se rendre compte qu’à la maison ils ne vivent pas de la même façon. Et puis ceux qui vivent dans les cités, fils d’émigrés qui sont nés là et dont l’avenir est incertain.

Ce qui est très frappant c’est qu’ils en sont conscients mais l’amitié balaie tout cela et c’est assez touchant et donne une certaine force au récit car un lecteur avisé comprend où l’auteur veut en venir. Derrière une écriture relaxe, car il s’agit de jeunes, l’auteur n’hésite pas à mettre à nu cette France paradoxale.

C’est loin d’être un roman politique. L’auteur nous livre une brillante analyse de la société française à travers des jeunes qui sont à une époque charnière. Il y a des moments de joie, des moments de tristesse, des aspirations naissent. Ils n’hésitent pas à souligner leur fierté. Il y a aussi des moments de déprimes passagères, de l’amour incertain qui naît avec le sentiment qu’une fois le bac obtenu, chacun va prendre des chemins différents. Des cris contre l’injustice sociale, une dénonciation du système scolaire qui parfois ne comprend pas vraiment ce qui se passe dans la tête des jeunes. Et s’ils s’embrouillent ce n’est jamais trop grave, enfin pas comme les adultes.

Même si le roman porte sur la génération X, il n’en reste pas moins un excellent outil de référence en matière de sociologie. C’est sans doute tout cela qui lui a valu le Prix Marcel Pagnol, composé d’un Jury qui s’y est retrouvé et a parfaitement compris ce que Joseph d’Anvers a voulu faire en nous projetant dans un autre monde, le monde de Dominique, de Youri, de Kim, des « cassos » , du parfum d’Alice, des blagues de Sakina, des dessins de Tom, du BMX de Karim et de la mort de Kurt Cobain, comme il le dit si bien.

Un garçon ordinaire est publié aux Éditions Rivages, un roman qui ne devrait pas laisser insensible le monde de l’enseignement.

Dominique Lancastre (CEO, Pluton-Magazine)

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Extrait

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Comment nous construire quand tout autour de nous se désagrège ?

Combien de temps nous reste-t-il encore à danser ?

Nous sommes les adolescents des années 1990, les héritiers d’une époque fastueuse en pleine gueule de bois. Mais c’est notre époque, notre jeunesse, alors on se doit de la vivre à cent l’heure, furieusement, d’en profiter avant qu’elle ne s’évanouisse, la tête enfouie dans le sable de nos illusions, de nos rêves encore grands et possibles. Nous sommes une génération d’enfants pâles, sans repères, subissant les regrets de nos ainées, fracassés par la peur qu’ils nous inoculent malgré eux, terrorisés par le monstre qu’ils ont nourri depuis si longtemps et qui s’apprête à leur voler leur descendance. Nous sommes le fruit des guerres et du capitalisme florissant, de l’inconséquence des élites et de la résignation du peuple. Nous sommes les supporters d’une équipe qui enchaine les défaites.

Nous sommes la génération X

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Dans l’univers de Joseph d’Anvers

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ISBN 978-2-74365-9127 Éditions Rivages Prix 20 euros

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Par Dominique LANCASTRE

Pluton-Magazine Entre les lignes abécédaire 2023

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