Carl Jaro, réalisateur engagé et déterminé

 

Originaire d’Haïti et plus connu pour ses années de mannequinat international, Carl Jaro, qui a embrassé le métier de cinéaste avec beaucoup de courage, n’hésite pas à se définir comme un cinéaste engagé.

 

Né à Port-au-Prince, le 16 aout 1987, c’est par un pur hasard, en allant acheter un sandwich, qu’il fut découvert à l’âge de 16 ans par des chasseurs de tête en mannequinat. Commence alors pour lui une série d’aventures qui va le conduire en Europe et dans d’autres pays.

Aîné d’une famille de 10 enfants, à 12 ans, il emménage avec sa famille sur l’île franco-hollandaise de Saint-Martin (Guadeloupe). Déjà, enfant, il s’intéresse au théâtre et a toujours voulu être acteur. Mais, on ne fait pas toujours ce dont on a envie ou ce que l’on désire, surtout quand on est originaire de ces îles où les difficultés sont grandissantes lorsqu’on a en tête un projet bien déterminé.

Sa carrière de mannequinat commence à 17ans et on lui attribue vite le sobriquet de « petit prince d’Haïti », ce qui se comprend largement. Car il est le seul Haïtien à avoir exercé à l’échelle européenne dans ce corps de métier.

Malgré sa timidité et son côté réservé, Carl garde la tête froide et il ne perd pas de vue que la carrière de mannequin est assez courte et qu’on peut être remplacé rapidement. C’est dans cette optique-là qu’il poursuit ses études lorsqu’il arrive à Paris, en 2009, tout en gardant le mannequinat.

 

En 2013, il décide de tourner la page et de faire ses adieux aux podiums lors du Fashion Week, à Haïti. L’idée de devenir réalisateur de film a pris le dessus et commence alors la rédaction de longs métrages. Mais le cinéma n’est pas chose facile, surtout en matière de financement.

 

 

 

 

Carl a pu s’initier au théâtre pendant quatre ans et ses études en communication lui ont permis de se faire une idée claire sur la montagne de difficultés, notamment financières, que peut rencontrer un jeune cinéaste. En septembre 2016, il présente son court métrage à une équipe de journalistes et de professionnels du milieu. Un film au sujet sulfureux, mais non cliché. Car, comme il le fait remarquer, il aurait pu choisir un autre thème que celui de l’homosexualité des noirs, notamment aux Antilles, peut-être de raconter sa propre histoire. Mais, quel intérêt, surtout lorsqu’on veut se distinguer sur la scène internationale et traiter des sujets à chaud.

Du haut de ses 30 ans, le jeune cinéaste préfère s’attaquer aux problèmes qui lui tiennent à cœur et se faire une place parmi les réalisateurs engagés. Bosseur et têtu, il n’a pas peur de se mouiller ni d’affronter les critiques, car il est à la fois derrière et devant la caméra. Il a en tête divers projets, notamment sur la femme antillaise et c’est pour cela qu’il continue ses études tout en cherchant à promouvoir son film. Comme il le dit lui-même :

 

« J’ai d’énorme choses en tête et je promets des surprises ».

 

Le sujet des amants homosexuels de couleur est davantage l’idée de traiter un sujet dans un contexte culturel et traditionnel pour essayer de briser les tabous en insistant sur le savoir vivre ensemble. Loin de faire le prosélytisme de l’homosexualité de l’homme noir, le jeune cinéaste tente de traiter des faits de société qui lui semblent importants, quitte à choquer son entourage. Carl s’est inspiré de l’histoire d’un ami, qu’il a bien entendu remodelée de façon cinématographique.

 

Synopsis :

Yann est amoureux d’Aman, ils vivent une belle aventure entre hommes. Mais cette idylle va être dérangée par une femme qui veut contraindre Yann à une relation hétérosexuelle. Un trouble entre les deux amants homosexuels et une vie amoureuse déchirée pour Yann, qui souffre des préjugés et de l’homophobie de cette intrigante.

Le court métrage aurait pu paraître banal s’il eut été réalisé par un autre cinéaste. Mais, le jeune réalisateur engagé touche à un sujet tabou sachant que l’hypocrisie règne en maître dans ces îles. Il reçoit alors des menaces, car la tendance îlienne à « faire et ne pas en parler » n’accepte pas qu’on jette en pâture des sujets aussi délicats. La religion, qui est presque omniprésente dans la vie des îliens, se trouve mise à rude épreuve. Le petit Prince d’Haïti est même menacé dans son propre pays et sur la page facebook destinée à promouvoir le film ; injures et menaces inbox vont bon train. Le film n’a jamais été projeté aux Antilles, des menaces de mort arrivent de la Jamaïque et dans certains pays d’Afrique, le film est interdit.

 

Mais, in fine, le jeune réalisateur est en train de gagner son pari de cinéaste engagé, car peut-on être vraiment engagé sans entraîner des remous et des constations allant jusqu’à l’intolérance ?

 

 

 

 

©Pluton-Magazine/2017

Secrétariat de rédaction Colette FOURNIER

Photos: Ernest Collins & Daniel Nassoy

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