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Statues et statuts : quelle histoire ?

  • 19 octobre 2017
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Par Prof. Jacqueline COUTI
 
STATUE, subst. fém. Étymol. et Hist. 1. 1re moit. xiies. estatües (Psautier d’Oxford, 113, 12 ds T.-L.) ; ca 1170 statue (Livre des Rois, éd. E. R. Curtius, p. 196, 26) ; 2. 1690 « personne insensible » (Fur.). Empr. au lat. statua, même sens, dér. de statuere (v. statuer). Cnrtl.fr
 
STATUT, subst. masc
Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1250 « règlement d’une communauté » (In Le Grand, Statuts d’hôtels-dieu et de léproseries, recueil de textes du 12e au 14es., 68 ds Quem. DDL t. 4) ; b) 1653 « règles établies pour la conduite d’une association » (Pellison, Hist. Acad., I ds LittrÉ) ; 2. a) xiiies. « ce qui a été statué » (trad. du XIIIes. d’une charte de 1261, Cart. du Val S. Lambert, B.N. L 10176, fo48a ds Gdf. Compl.) ; … Empr. au lat. tardif statutum « décret, statut », neutre subst. du part. passé statutus, de statuere (v. statuer). Cnrtl.fr
 
Quand j’ai commencé mes études doctorales à l’Université de Virginie (Uva), à Charlottesville, une charmante petite ville de la Virginie, je ne m’attendais pas à que ce haut lieu d’éducation/d’enseignement ait tant à nous apprendre sur la manipulation mémorielle et historique dans les relations raciales. Je ne pensais pas non plus découvrir avec autant d’acuité la nécessité de connaître l’histoire pour contrer la montée d’une « nouvelle » expression d’un nationalisme tendancieux, et très tendance. Il est vrai que poursuivre des études dans une université créée par Thomas Jefferson aurait dû me préparer très tôt à ce type de prise de conscience.
 
Homme de lettres et politicien éclairé et adepte des préceptes des Lumières, il était aussi un propriétaire d’esclaves qui, comme tant d’autres, a eu des relations sexuelles avec une afrodescendante réduite en esclavage. Sa relation illicite avec la mulâtresse Sally Hemings, qui aurait commencé lors d’un séjour en France quand il avait la quarantaine et qu’elle n’était encore qu’une adolescente, reste singulière. En effet, cette union aurait duré 38 ans ; leur relation aurait donné le jour à plusieurs enfants. La polémique autour de cette liaison a fait couler beaucoup d’encre parmi les historiens. De nos jours, lors de la visite de Monticello, la plantation de Jefferson, non loin de Charlottesville, les guides n’ont plus aucune gêne pour insérer dans leur discussion de la vie de Jefferson des références à ces amours interdites. Toutefois, ce n’est pas lors de mon séjour à Charlottesville, de 2002 à 2008, que j’ai appris et compris la leçon sur les ramifications de la manipulation mémorielle et historique, mais récemment, en août 2017.
 
Comme beaucoup, j’ai pris connaissance des manifestations et de l’envolée d’une voiture folle dans la foule qui a causé la mort d’une jeune femme, les yeux collés à un écran, celui de mon ordinateur. J’habite désormais dans le Kentucky, à Lexington. Toutefois, en tant qu’internaute, j’ai découvert avec horreur et inquiétude les commentaires à chaud de mes amis et collègues sur Facebook. À travers leurs posts, photos et vidéos, je marchais avec ceux qui avaient décidé de se réunir pacifiquement et de défiler dans les rues pour montrer leur soutien à la personne humaine dans tout ce qu’elle a de plus beau. C’est comme si j’y étais et que je n’avais pas quitté Charlottesville. Plus tard, j’ai lu avec fierté et tristesse les commentaires qu’avait donnés au journal Libération une professeure du département de français de Uva, Janet Horne. Elle avait participé à la « contre-manifestation » et témoignait de ce qu’elle avait pu observer[1].
 
On pourrait penser que la polémique autour du désir de retirer du lieu public certaines statues qui rappelaient à Charlottesville une histoire problématique ne pourrait me toucher que de loin. En tant qu’ancienne étudiante de l’Université de Virginie, ma réaction horrifiée et attristée aurait pu être simplement nostalgique et de fait, purement émotionnelle. Et bien non : l’Histoire avec un grand H a une façon particulière de rattraper tout un chacun. En effet, comme à Charlottesville, il y a aussi des statues à Lexington. Trois sont au cœur d’une dispute alimentée par l’ardeur de ceux qui veulent les voir déboulonnées et retirées de l’espace public contre la rancœur d’ardents défenseurs de l’histoire et/ou des droits d’une certaine hégémonie, celle du suprématisme blanc. La distinction entre les hérauts de l’histoire de la Guerre de Sécession et les héros d’un nationalisme exclusif se révèle être, en définitive, assez fluide. Toutefois, la polémique autour de ces monuments démontre à quel point ils deviennent des emblèmes mémoriels et idéologiques : des « lieux de mémoires » contestables et instables, pour reprendre une expression chère à Pierre Nora. Au centre de Lexington, se trouvent donc la statue de John C. Breckinridge et celle du général confédéré John Hunt Morgan qui furent érigées sur le site Cheapside, ancien lieu d’un marché aux esclaves et de l’ancienne Cour de Justice. Le Kentucky avait une part très importante, hélas trop souvent ignorée de nos jours, dans la traite des noirs et l’esclavage, ce qui rend l’emplacement de ces monuments d’autant plus problématique.
 
    
 
Le visiteur qui se promène à Lexington en ce moment remarquera que l’ancienne Cour de Justice, devenue depuis une décennie The Lexington History Center, est en pleine rénovation. Malgré le ravalement de façade de ce bâtiment et de ses alentours, on peut admirer la statue du général Morgan et celle de Breckinridge. Les multiples rénovations de ce site deviennent le symbole parfait des couches historiques et mémorielles qui forment le palimpseste de l’histoire locale à Lexington. Le poids de ces monuments en fonte les rend difficiles à déplacer à moindre coût ; leur densité souligne aussi le poids d’une histoire et d’un passé toujours trop présent. La statue du général Morgan se retrouve claquemurée dans une caisse, pour être protégée des travaux de réaménagement du terrain sur lequel elle se trouve. Alors que ce lieu de mémoire reste au cœur d’une polémique qui vise à l’expulser de son emplacement, il se transforme de même métaphoriquement en chantier mémoriel qui repose sur le marécage idéologique dans lequel Lexington, tout comme les États-Unis, s’enlise.
 
   
 
De leur côté, divers groupes de citoyens avaient déjà contacté la mairie de Lexington, depuis plusieurs années, pour faire enlever ces statues. En novembre 2015, The Urban County Arts Review Board de la ville a fait une recommandation officielle en ce sens, mais le maire l’a initialement rejetée[2]. Les efforts de ces groupes n’ont fait que redoubler depuis l’arrivée du président Trump au pouvoir. Depuis les événements de Charlottesville, le maire de Lexington a décidé de revenir sur sa décision. Ce « problème des statues » se révèle ainsi être un problème national : que peut-on dire des deux statues de Lexington ? Pourquoi posent-elles problème ? En quoi marqueraient-elles, non pas simplement un souvenir de l’histoire, mais bien une vision particulièrement tendancieuse d’une période historique ? Avant de s’attaquer à ces questions, il faudrait se pencher sur d’autres, bien plus simples. Quel est le but ou la motivation première dans l’érection d’une statue dans un lieu public ? Veut-on simplement marquer et commémorer un moment historique, une certaine histoire ? Ou alors veut-on célébrer la personne que cette statue incarne ? Ou alors, est-ce les deux ? La façon dont on répondra à ce type de questionnement préliminaire guidera la manière dont on se penchera par la suite sur des idées plus complexes. Comment répondre à ces questions, si on ne cherche pas à saisir non seulement les motivations qui ont donné jour à ces monuments, mais aussi ce que ces statues incarnent : leur statut soi-disant intrinsèque ainsi que les statuts extérieurs qu’elles représentent ?
 
La plupart du temps, ce type de monuments est payé avec l’argent du contribuable sous l’égide de ceux qui se trouvent à la tête d’une localité. En un mot, en consultant les divers débats autour de ces monuments aux États-Unis, l’esprit curieux se promènera ainsi entre incarnation et réincarnation symboliques et politiques des lieux de mémoire.
 
Ce type de promenade ne dépaysera pas quelqu’un qui vient d’une petite île, ancienne colonie française où l’on peut admirer dans sa capitale, Fort-de-France, la statue de la créole Joséphine Bonaparte, veuve de Beauharnais, née de la Pagerie. Ce monument commémoratif en marbre, inauguré sous le Second Empire en 1858 et sous l’égide de Napoléon III, a été, depuis les années 1970, fréquemment malmené. Cette maltraitance ne fut pas occasionnée par les intempéries ni par les tremblements de terre. En mai 1974, lorsque Aimé Césaire était maire, ce monument commémoratif fut démis de son impressionnant socle. D’autres types d’attaques, tels que des jets de peinture intempestifs, la décapitation en 1991 ou encore diverses installations artistiques disposées tout autour, visaient à dénoncer la glorification de ce que la figure de l’impératrice représentait dans une ancienne colonie. Des chercheurs se sont déjà penchés sur les diverses maltraitances subies par ce monument, à des moments précis de l’histoire contemporaine de la Martinique[3]. Si on doit reconnaître que le déplacement de la figure de marbre de Joséphine en 1974 fut un geste politique, ne devrait-on pas reconnaître aussi que la création de cette statue fut elle aussi l’expression du point de vue d’un certain gouvernement ? Après tout, cette œuvre fut créée lors d’une période où le pouvoir métropolitain a modifié le statut de la colonie, en Martinique, pour fortifier le règne des blancs créoles. Le but de ces modifications législatives était aussi d’amoindrir le pouvoir politique qu’avaient obtenu les gens de couleur juste avant la Révolution française, et de faire disparaître les avantages socio-politiques et économiques qui devaient améliorer la condition de tous les afro-descendants, après l’émancipation.
 

 
Tout cela pour dire que la polémique autour des statues aux États-Unis, à travers l’émotion qu’elle génère, pourrait refléter une fois de plus l’importance de l’affect dans le discours politique, cela d’autant plus lorsqu’une certaine idéologie s’exhibe sur une place publique. Ces statues peuvent incarner le soutien de divers statuts et de la législation qui leur ont donné jour. Dans cette optique, ces monuments indiquent que certaines lois et dispositions législatives, soi-disant subjectives, sont en fait l’expression de l’affect : manifestation d’émotions et de sentiments qui sont pour ainsi dire pris dans la trame de l’édification de nos institutions et notre société. Ces ouvrages sculptés ou moulés semblent ressusciter un sens ancien du mot statue, celui d’une personne insensible et qui manifeste un profond mépris face à l’autre. Dans ce cas, un trop-plein d’émotions, d’égocentrisme ou encore d’eurocentrisme, habillé sous un couvert législatif, justifie leur existence. Cet excès émotionnel finit par tuer, étouffer la personne de l’autre ainsi que la différence qu’il représente.
 
À Charlottesville, tout comme à Lexington, la controverse des statues ne se réduit pas simplement à un problème culturel ou à une vision différente de l’histoire : c’est un problème politique dans le sens qu’il a trait à la cité et notre bien vivre ensemble. Je ne parle donc pas simplement de la politique, mais du politique. Ce problème se niche au cœur même du tissu social dans ce qu’il a de plus viscéral car il touche les gens et leur relation à leur communauté et à la nation. Un exemple de la façon dont ce problème reste avant tout politique est l’étroitesse des liens entre le politique et le religieux. Le discours d’un jeune diacre dans l’église catholique Saint-Paul de Lexington, deux semaines après les événements de Charlottesville, illustre parfaitement ce point. Lorsqu’on sait à quel point l’Église catholique aux États-Unis peut être conservatrice, surtout sur le plan politique, on est d’autant plus surpris par les propos de cet homme d’église. Toutefois, comme les États-Unis, l’Église catholique est pleine de contradictions et parfois d’heureuses surprises. Ce diacre né dans les montagnes défavorisées du Kentucky, ayant connu la pauvreté et observé les ravages de l’héroïne dans son village, ne peut que difficilement être accusé d’être « un libéral » ou un « élitiste » (insultes suprêmes assenées par ceux qui s’arrogent le droit de faire taire ceux qui s’insurgent contre une expression de plus en plus décomplexée de préjugés racistes, xénophobes, islamophobes et haineux de tout poil).
 
 
 
Ce jeune diacre a pris parti avec ferveur et brio pour le démontage de ces statues en s’attachant à montrer le danger de ces symboles et de ces signes. Pour ce faire, bien sûr, il a utilisé l’idéologie catholique avec une critique sous-jacente de l’idolâtrie, une critique que les fidèles ne pouvaient pas ignorer. Tout rhétoricien a conscience de l’importance de connaître son public ; il faut que les idoles tombent. Toutefois, ce jeune diacre a surtout parlé de l’importance de l’histoire, ce qui peut paraître incongru dans une homélie. Il a rappelé le rôle des États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale et le combat héroïque des soldats américains contre Hitler et le nazisme. Ces commentaires ont dû mettre du baume au cœur des vétérans présents dans l’assemblée. Présenter les États-Unis comme le sauveur du monde et défenseur du bien contre le mal est toujours une formule gagnante. Toutefois, notre diacre ne s’est pas arrêté là. Il a évoqué comment la coalition a fait en sorte de détruire en Allemagne tous les symboles, particulièrement le swastika qui valorisait le régime nazi, pour finir par demander comment et pourquoi ces mêmes symboles étaient brandis avec joie à Charlottesville, aux États-Unis, dans le pays des défenseurs du bien contre le mal. Premier moment intense d’autoflagellation et de dénonciation d’une absurdité que beaucoup ont embrassée dernièrement, dans des explosions de joie.
 
Le jeune diacre a ensuite retracé quelques faits historiques autour de John C. Breckinridge et John Hunt Morgan, et de leurs actions, pour demander aux fidèles : « Comment pouvait-on de nos jours, célébrer de tels individus et leurs idées tendancieuses, si on ne partageait pas leur vision ? Pour ceux qui l’ignoraient, John C. Breckinridge, alors Vice-Président des États-Unis, s’est présenté contre Abraham Lincoln pendant les élections sur un programme politique qui défendait la préservation de l’esclavage. Le général confédéré John Hunt Morgan, quant à lui, était un fringuant officier dont les troupes, selon certains historiens, n’hésitaient pas à s’attaquer aux simples citoyens et à s’adonner au pillage – ce que d’autres historiens rejettent. Notre jeune diacre finit par se demander : « Comment peut-on prétendre, de nos jours, que de tels hommes n’avaient pas de préjugés contre les noirs ? Comment peut-on refuser de comprendre que certains groupes de personnes puissent aujourd’hui être outrés et blessés par la présence de la statue d’un homme qui leur aurait refusé tout droit, en son temps ? Comment vouloir parler d’union sociale et de rapprochement national quand une portion de la société glorifie et impose les valeurs d’individus qui désiraient maintenir un autre groupe en esclavage ou dans une position d’infériorité ? »
L’accusation sous-jacente d’hypocrisie était ainsi perceptible entre les lignes de son prêche.
 
Ce que ce jeune diacre n’a pas mentionné dans son sermon et sa dénonciation d’un certain type de mémorialisation, c’est que l’érection des statues de Morgan et Breckinridge faisait partie d’un mouvement de récriture historique initié par un groupuscule politique réactionnaire appelé “Lost Cause” (La cause perdue). Ce mouvement, comme tant d’autres, minimise la violence de l’esclavage ainsi que les exactions des soldats confédérés et a surtout l’avantage d’offrir une vision des états confédérés et de leurs actions qui sent bon la rose[4].
 
Ce mouvement restait attaché aux valeurs confédérées et voulait rappeler aux descendants d’esclaves nouvellement libérés « leur place ». La fin de l’esclavage ne sonna pas le glas d’un système qui visait à promouvoir la suprématie blanche comme le rappelle la mise en place des lois Jim Crow (de 1876 à 1964). La statue de John C. Breckinridge fut érigée en 1887 ; celle du général confédéré John Hunt Morgan, près de l’ancien Palais de Justice, l’a été en 1911. Il est à noter que ces statues installées bien après la fin de la Guerre de Sécession ont été payées avec des fonds publics alloués par l’État, bien que ces deux hommes aient œuvré contre la libération des esclaves et l’Union. L’un d’eux était même considéré comme un traître pour avoir été à l’origine de la sécession ! Il ne faut pas oublier que pour beaucoup, l’érection de ces statues dans l’espace public manifestait les effets de la ségrégation raciale qui excluait les noirs de l’espace urbain. En un mot, ces statues peuvent se lire comme l’incarnation ou le symbole des institutions (les statuts et lois racistes) qui ont permis leur création.
 
Ainsi, arguer qu’enlever ces statues est une façon d’effacer l’histoire sans reconnaître que leur érection était déjà une manipulation mémorielle et politique, démontre une vision partisane de l’histoire qui flirte avec la mauvaise foi. Ces lieux de mémoires n’évoquent pas la Guerre de Sécession, mais la persistance d’un pouvoir à la fois exclusif et discriminant. Cette persistance rappelle la façon dont l’histoire a été réécrite pour glorifier la cause confédérée et taire la souffrance de ceux réduits en esclavage : ces statues rappelaient aux afro-descendants qu’ils n’avaient pas droit de cité[5].
 
Toutefois, ceux qui aimeraient ne montrer du doigt que les États-Unis, sans reconnaître que ce type de controverse ne se limite pas au seul continent américain, devraient se montrer plus circonspects. En effet, en France, le nom du Maréchal Pétain qui était chanté en tant que héros de la Première Guerre mondiale, a aussi causé des polémiques de par son rôle dans la France de Vichy et de sa collaboration avec le régime nazi. En 2011, Tremblois-lès-Carignan (commune française), fut la dernière commune de France à retirer le nom de Pétain sur le mur des rues, sous la pression de diverses associations[6]. La période noire de l’occupation reste une tache sombre dans l’Histoire de France, si bien que plusieurs individus, accusés de révisionnisme, se sont échinés à la réécrire et à prétendre, par exemple, qu’il n’y a jamais eu de chambre à gaz…
 
Les États-Unis ne sont donc pas les seuls à connaître des controverses autour de certains lieux de mémoire, mais ce pays se distingue par son manque de volonté à régler ce problème rapidement. Dès les lendemains de la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous l’égide des alliés, l’Allemagne a enlevé toutes les effigies qui glorifiaient le nazisme et a créé des statuts pour condamner les personnes qui utilisaient ce type de symboles.
 
La défense des statues comme élément incontournable du fait historique démontre la mémorialisation perverse du passé dont parlait Pierre Nora dans Les Lieux de mémoire. À travers des dérives nationalistes et politiques, ce n’est pas simplement une Histoire nationale qui est louée, mais une histoire locale qui prétend réécrire l’Histoire nationale et les horreurs de celle-ci. L’Histoire devient ainsi une sorte de buffet où chacun se présente avec son assiette et pioche les éléments qui l’intéressent. L’Histoire se présente alors comme un collage ; on ne cherche pas vraiment à la connaître. On veut juste y retrouver des éléments qui nous rassurent. Un message internet qu’une amie a posté sur son mur Facebook met le doigt sur cette sélection abusive et suggère ce qui suit : « Qui veut vraiment connaître l’histoire, commence par aller à la bibliothèque et aux archives, et se met à lire. » Compulser des livres et des articles d’auteurs devrait permettre une meilleure connaissance du passé que la simple protection de l’existence de statues. Évidemment, la lecture critique et approfondie des documents historiques est un travail personnel un peu plus intense. L’histoire comme buffet où chacun pioche ce qui l’arrange, est un concept bien plus appétissant pour beaucoup.
 

Pour revenir à Lexington, on peut entendre dans certaines discussions l’idée sous-jacente que cette ville du Kentucky pourrait devenir une nouvelle Charlottesville. Après les incidents à l’université de Virginie, le Président de celle du Kentucky, bien conscient du danger qui pourrait s’annoncer, a envoyé plusieurs courriels en début de semestre pour prévenir et rassurer les divers employés de cette institution. Toutefois, Lexington n’est pas la seule ville américaine où il y a des statues, bien que son passé colonial et esclavagiste soit bien particulier.

 

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