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Géraldine ENTIOPE, artiste en arts plastiques : le livre en passion…

  • 20 février 2018
  • Pluton Magazine
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Par Patricia MASTAIL
 
Originaire de Martinique, installée à Montréal, Géraldine Entiope est une artiste en arts plastiques hors pair. Ses œuvres aux visuels expressifs, colorés et modernes, lui confèrent une identité.
Avec une recherche constante de la perfection de l’image, elle a, tout au long de son parcours comme graphiste, réalisé des créations à la télévision et en studio, La parole, les faits, la vie, la nature humaine, l’intégration, autant de sujets mis en exergue dans ses peintures et installations qui inspirent Géraldine. Ses œuvres reflètent créativité, beauté, dialogue, équilibre et parfois gravité. Toute une sensibilité s’exprime chez cette artiste. Toute sa féminité transparaît à travers son art, en particulier dans ses livres. C’est tout ce qui fait la signature, sinon la « touche Géraldine Entiope ». Formes, matériaux, jeux de textures, espaces n’ont pas de secret pour cette artiste qui foisonne d’idées et de propositions porteuses d’une culture.
Géraldine s’exprime avec un accent ravissant. Avec la gentillesse et l’humilité qu’on lui connaît, elle a accepté de répondre aux questions de Patricia Mastail pour Pluton-Magazine.
 
 
P.M. : Ici commence l’aventure… Conte de faits ou conte de fées ?
 
G.E . :  L’exposition Conte de faits est bien le début de l’aventure, le point de départ de mon parcours. Conte de faits,  que j’écris également Compte de faits. C’est vrai que je suis partie de la symbolique du conte. Dans le conte traditionnel, le héros part vers une quête et subit les contrariétés de la vie, avec à la fin une récompense. C’est dans cette logique que s’inscrit mon travail. Dans notre société et nos traditions, cela reflète nos conditions. De là est parti mon projet, où je deviens conteur. Un accueil extraordinaire a été réservé à ce travail.  Je ne m’attendais pas à ce que les gens s’y reconnaissent autant. Mon premier public est celui de la Martinique, des Antilles. Cette exposition a été en ce sens, un véritable tremplin et m’a ouvert des possibilités. J’ai également présenté Conte de faits à Montréal.  Le public a découvert mon univers d’artiste avec une portée traditionnelle mais aussi l’âme de notre culture antillaise. Conte de faits reste toujours bien présent et je travaille encore dessus.
 
 
 
 
P.M. : Inspiration, créativité, où puises-tu tout cela ? Parle-nous de tes œuvres, de ton imaginaire.
 
G.E. : Je m’inspire comme le conteur et deviens à mon tour un conteur, avec un travail de transmission et de mémoire. Je me nourris de mes expériences, de celles des autres et du quotidien. C’est un travail dans l’instant.
 
P.M. : Quel message veux-tu véhiculer à travers tes œuvres ?
 
G.E. :  Mes œuvres sont représentées par les livres. Le livre est mon objet magique dans Conte de faits. J’ai choisi le livre comme support plastique. C’est l’emblème de la connaissance, de l’éducation, de l’épanouissement.  Il vient solliciter l’imaginaire, la réflexion. Il devient un refuge, une pause. Lire un livre est devenu presque un acte de résistance. Cela devient d’autant plus important que le monde de l’information est un flux continu et infini.  Dans ma démarche, je veux faire prendre conscience de l’importance de la lecture. Mes livres deviennent alors des chapitres, un instant, une émotion, un patchwork qui raconte un parcours.
 
P.M. :  Tu as une grande passion pour le livre ? Le papier ?
 
G.E. : Dans une autre vie, j’étais peut-être écrivaine. J’ai une véritable passion pour le livre. J’ai une collection de livres avec des pages blanches. Il y a ce côté sensuel lorsque l’on tourne les pages d’un livre, que l’on n’a pas avec sa tablette. J’aime la texture, le papier, le texte, le livre majestueux. Je façonne le livre avec mes doigts. Mes livres sont faits de grillage, de plâtre, de toile de coton et de papier recyclé. Monochromes ou colorés. Chaque page est travaillée en recto verso. Ils sont assemblés et cousus à la main.
 
 
 
P.M. : La parole semble avoir une place prépondérante dans tes œuvres. Ces œuvres entrent-elles en résonance avec des référents culturels bien de chez nous ?
 
G.E. :  Oui, la parole a une importance. Dans notre culture, il y a une grande place pour la tradition orale, le conte. Quand le conteur prend la parole, il parle fort dans une ronde et a une capacité à transporter et à capter l’auditoire. Je suis sensible à l’énergie de la parole et cela se ressent dans mes œuvres.
 
P.M. : Les temps forts de ton parcours qui t’ont le plus marquée :  créations graphiques, expositions, performances…
 
G.E. :  Difficile d’y répondre… La vie est faite de cheminements. Ma première exposition personnelle, en 2002, à Calebasse-Café, est un moment marquant. C’est aussi le début d’un cheminement artistique et des expositions. Ce sont des rencontres avec des gens extraordinaires, qui m’ont permis d’en arriver là.  Ma collaboration au Mois de l’histoire des Noirs est une belle aventure, un moment particulier qui m’a permis de rentrer dans un nouveau réseau.
 
 
 
P.M. : Quel accueil a reçu ta participation au Salon du livre de Martinique et au Salon de Montréal ? Quelles expériences cela a nourri ?
 
G.E.:  Le salon international du livre de Martinique, d’abord, puis celui de Montréal ont été une vraie surprise. Les gens ne s’attendaient pas à m’y trouver, parce que l’on a affaire à un public de lecteurs. Ils ont lu autrement en découvrant mes créations. J’ai par la suite été contactée par des gens qui sont venus visiter mon atelier et faire l’acquisition de mes créations.
 
P.M. : Qu’est-ce qui t’a conduite à t’installer à Montréal ? Quelles possibilités t’offre Montréal ? Pourquoi avoir choisi une ouverture internationale ?
 

 
 
G.E. : J’avais besoin de changement  et de sortir de ma zone de confort. J’avais besoin de m’épanouir différemment pour me ré-inventer.  Montréal a un caractère multiculturel. Il y a toujours quelque chose à faire, à découvrir, à savoir sur un artiste. J’avais besoin de cette nourriture pour me « challenger ».  Au Canada, et singulièrement à Montréal, l’offre de formation est riche et l’accès aux subventions plus facile.
 
P.M. : Adaptation,  intégration, est-ce facile  au quotidien ? As-tu pu facilement trouver une place avec ton art ?
 

 
G.E. :  Tout est segmenté à Montréal. Il y a des salons et des espaces pour tout.  Chacun peut trouver sa place. Intégration et adaptation peuvent paraître à la fois facile et difficile. J’ai vécu 40 ans aux Antilles, on vit forcément un déracinement. Il faut tout reconstruire. C’est une question de volonté et de challenge.
 
 
P.M. : Quels sont tes projets artistiques sur place à Montréal ? Et pour la Martinique ?
 
 

 
 
G.E. :  Actuellement, en phase d’écriture et de recherche, je travaille à un projet multidisciplinaire, mêlant théâtre (oralité), travail plastique, nouvelles technologies.  Cela prend du temps, car je travaille et je suis en création le soir. Mon vœu le plus cher est de montrer ce travail en Martinique, en Guadeloupe, aux Antilles.
 
P.M. : BE CREATIVE by Géraldine Entiope… déjà un succès !
 

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