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Jazz : TOM IBARRA, du Périgord au Rajasthan, de l’or au bout des doigts.

  • 30 juin 2016
  • Pluton Magazine
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Sur la rive d’en face, un bateau de croisière.  Sur celle-ci, La Guinguette Chez Alriq. Le légendaire établissement revendique son âme bohème, sous les lampions en dentelles multicolores qui courent d’un arbre à l’autre, et sous lesquels ,au soir tombant, il fait bon saucissonner ou boire un verre, quand de l’autre de côté s’illumine la ville majestueuse à la courbe du fleuve, cette Garonne aux effluves d’océan qui amène aussi de subtils parfums d’herbes chaudes. L’espace se remplit vite, car la guinguette offre des concerts chaque soir ou presque. Le public est divers et bon enfant, le lieu et la musique sont fédérateurs, toutes générations confondues.  Ce soir, c’est une première avec JazzIndia …
Il est là, le jeune garçon, guitariste de jazz prêt à jouer, mais c’est aussi un pari en effet que ce mariage d’une guitare et du sarangi, vielle traditionnelle. Tom Ibarra n’a que 16 ans et Ayan Khan, le jeune indien qui l’accompagne, n’est guère plus âgé. Rencontre inédite de deux très jeunes virtuoses. Shahid Khan, le père du second, est au tabla, le bordelais Pierre Lucbert à la batterie, et à la basse officie le périgourdin, Jean-Marie Morin. Pendant qu’on installe le matériel sur scène, Pluton-Magazine tend son micro…
  
 
Comment les garçons se sont-ils connus ? Le photographe Jean-François Mousseau qui suit le parcours de Tom et réalise aussi ses vidéos, a fait la connaissance du jeune indien à Paris, au Centre Mandapa, dans le 13ème où sont jouées les musiques du monde. L’idée lui est alors venue de mettre Ayan Khan en relation avec Tom, découvert en 2014 au Festival Jazz des Puces de Saint-Ouen, où il participait au concours jeunes talents. Tom avait alors 14 ans et devait y remporter d’ailleurs, le 1er prix SACEM, déjà gagné en 2013. Il faut croire que Jean-François Mousseau eut l’inspiration heureuse, puisque de cette rencontre allait naître Jazzindia,  soutenue par les Chantiers des Détours de Babel, à Grenoble, création présentée en avril dernier au Prunier Sauvage et inspirée, on l’aura compris, des compositions que Tom crée dans l’optique d’une fusion du jazz et de la musique classique hindoustanie.
 
Quand la guitare croise le sarangi …
 
Mais il y aura d’abord ce voyage en Inde du jeune français, désireux de rencontrer Ayan Khan à Jodhpur, pour s’imprégner davantage des traditions musicales locales et jouer en sa compagnie, dans ce Rajasthan si loin de son Périgord natal, et du moins, de sa propre musicalité. Il en ramènera bien des sensations, sources d’inspirations nouvelles, à son retour en France : « Je ne connaissais pas la musique indienne, j’avais assisté à un concert de musiciens de là-bas, en France, en mai – le garçon n’y était pas, il était resté en Inde – et en octobre, je suis parti pour l’Inde, où j’ai pu jouer sur des scènes  de grande dimension. On a monté tout ça, puis on est venu jouer à Grenoble avec Jazzindia. »  – Mais, jazz et raga !  « Oui, c’est complètement différent, et ce n’est pas n’importe quelle musique indienne, les ragas indiens, c’est comme pour nous la musique classique, avec des choses très anciennes et ils ont vraiment une philosophie différente de nous, une autre approche de la musique qui se transmet de père en fils et de génération en génération ; quant à l’instrument, un instrument soliste avec des modes, avec des gammes très différentes, faire des compositions, cadrer tout ça, c’est pas facile. En tout cas c’est très intéressant. Je n’étais jamais allé en Asie. Ça ouvre les oreilles ! »
 
Et alors, le croisement de ces deux instruments, de ces deux musiques ?
 
« Moi j’ai composé l’ensemble de la prestation, et  j’ai amené tous les thèmes, lui, il a senti les choses mais c’est parti sur de l’improvisation. On a donc joué en France,  et à Bordeaux ce soir. Maintenant, oui je crois qu’on se reverra car on pense créer un festival en Inde ». 
Micro tendu à Ayan Khan qui est de la neuvième génération de sarangistes attachés à la cour du Maharadjah de Jodhpur, pour savoir comment l’équilibre entre instruments et musiques aussi différents a pu se faire : « Ça n’était pas évident parce que le jazz c’est une culture différente et qui est assez méconnue en Inde, moi je suis dans la musique classique indienne vraiment traditionnelle, on n’a rien d’écrit, ça se passe oralement, de maître à élève, et là de grand-père à père et à petit fils, on joue à l’oreille, on chante la mélodie pour la reproduire ensuite sur notre instrument.  Et pour moi, mon travail était assez difficile, parce que je ne suis pas habitué à ces sonorités. J’écoute Tom, attentivement, les sonorités de jazz qu’il a écrites et moi je vais essayer de les reproduire sur mon instrument, caller tout ça et dans les rythmes, mais on y arrive ». 

Et ils offrent chez Alriq un cocktail inédit, la virtuosité de chacun éclate, comme du côté de Pierre dont le dosage du jeu de batterie est remarquable, amenant un son atténué pour que les tablas dont joue le père du jeune Ayan puissent ressortir. « Pierre a su parfaitement à la fois écouter et comprendre en un rien de temps ce qu’on attendait de lui. Et ça, c’est une véritable qualité » déclare Claire, la mère de Tom.
 
« À six ans, une première guitare et la chance d’avoir un grand-père musicien »
 
Tom Ibarra est né juste avant l’an 2000, à Hyères-les-Palmiers, dans une famille de mélomanes, où ce grand-père qu’il appelle Menou va l’aider à réaliser ce qu’il pressent être une passion chez l’enfant dès ses cinq ans. Menou, c’est un musicien bien sûr, multi instrumentiste mais principalement guitariste, qui joue également du clavier et de la basse. Jeune, il se produisait dans les bals, ensuite, il a toujours joué mais en famille, pour les amis. Tom, impatient de s’y mettre, aura donc sa première guitare à six ans et à onze, il compose déjà … Depuis, les instruments se sont succédé mais il en a conservé le tout premier, sa guitare Stagg1/2 à diapason acoustique : «  Menou m’a donné le goût de la musique, simplement ; après, les premières influences que j’ai eues, j’étais très loin du jazz, j’ai commencé à écouter du hard rock, du métal instrumental, des artistes comme Jimi Hendrix, d’autres et c’est quand j’ai eu 10 ans que j’ai commencé à écouter vraiment du jazz, du jazz fusion, du funk, j’ai essayé d’écouter de tout, du blues. Mon univers, aujourd’hui, c’est plutôt le jazz, le funk, le jazz rock oui, mais je suis ouvert à tout, je suis un grand fan de Bach, j’adore, j’aime beaucoup Ravel, j’ai encore tellement de choses à écouter, à apprendre … »
 
« Sa force à Tom, c’est surtout son génie de la mélodie »
 
Menou influencera bien évidemment Tom, que d’autres séduiront ensuite : Georges Benson, Santana, Wes Montgomery, Stevie Wonder, Stevie Ray Vaughan, Earth Wind and Fire, James Brown, Uzeb, Prince… mais le garçon, précoce par rapport à son instrument et qui a une technique bien à lui, trace sa propre voie ;  il est capable de composer des morceaux qui à la fois restent en tête et sont souvent décrits comme difficiles à cerner, avec des ruptures de temps. Tom a cette qualité de mélodiste, il est extrêmement exigeant. « Sa force, c’est surtout son génie de la mélodie, ses mélodies sont belles, savent toucher, on les retient » signale Claire. De très belles mélodies de ballades. Mais quels sont les secrets d’une bonne composition ? Comment travaille-t-il ? : « Ben, c’est vrai que chacun a son modèle de travail,  il faut que ce soit naturel, je pense notamment à Steve Vai,  guitariste et chanteur de rock très connu qui, lui, disait préférer s’asseoir, réfléchir et alors la musique vient, moi je ne fonctionne pas trop comme ça, j’écoute ce qui m’entoure, même les événements de la vie de tous les jours, la rue, quelque chose tourne alors dans ma tête et j’ai envie de le mettre sur papier… et je préfère être seul ensuite dans ma chambre ».

 
« L’endorsement » cette consécration…
 
Je retrouve le groupe peu après, au Caillou du Jardin Botanique, où Christophe de Miras, autre compagnon de route, est au clavier. Tom se dit être en totale osmose avec eux tous et recevoir beaucoup de leur interprétation de ses créations. L’ambiance est plutôt jazz funk, jazz rock, fusion, avec bien sûr des influences de styles différents. Avec des nouveautés au programme ce soir, mais également des morceaux tirés de son 1er album.  Pierre Lucbert, 19 ans, a rejoint Tom Ibarra Quartet en février 2016 ; ils se sont entendu jouer et ils ont eu cette envie commune de partager cette musique parce que Pierre aime la musique que Tom compose et que Tom, lui, attendait d’un batteur à la fois la rigueur et le génie. Ils se sont retrouvés avec les mêmes perspectives, les mêmes valeurs.
 
 
Patrick, le père de Pierre, est fier de son fils qui a obtenu la veille son DEM avec brio, terminant ainsi son cursus professionnel au Conservatoire de Bordeaux. Le DEM est un diplôme d’études musicales majeur, et Pierre a reçu les meilleures notes dont on puisse rêver : « Un A dans le cycle Jazz, un A dans le cycle des musiques actuelles amplifiées, et sur l’instrument, batterie seule, avec un A+, un A majoré donc qui se donne très rarement. Pierre est endorsé officiellement depuis 2015 par la marque Yamaha France, au niveau de la batterie.  C’est un partenariat qui lui donne droit aux instruments de musique à des tarifications très particulières, et où qu’il joue, en France ou ailleurs, il pourra espérer jouer sur une batterie du constructeur. Il est le plus jeune batteur endorsé par Yamaha en France. »
Le papa est aux anges mais l’artiste surtout l’est aussi, car être soutenu par une marque instrumentale à cet âge-là constitue la reconnaissance de ses capacités, de son talent ! C’est aussi le cas de Tom, endorsé en mars 2015 par Ibanez France, représenté par Mogar Music, et qui a reçu une magnifique guitare AS200 Arstar Prestige qui sonne « incroyablement bien » dit-il, et qui l’est également chez Roland, autre grand et réputé instrumentiste … Rappelons que l’endorsement désigne la collaboration, souvent sous contrat d’exclusivité, entre une marque réputée et un artiste. À moins de 20 ans, pour ces deux garçons, c’est assez exceptionnel, car il faut vraiment croire en leurs capacités pour les mettre sous contrat aussi jeunes.

 
 

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