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Ricardo Ozier-Lafontaine: artiste peintre plasticien… tout un univers

  • 28 juin 2018
  • Pluton Magazine
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Par Patricia MASTAIL
 
Tout un univers… Un orfèvre d’art
L’artiste peintre Ricardo Ozier-Lafontaine présente son exposition « RESET », au François en Martinique, du 25 mai au 18 juillet 2018, à la Fondation Clément, à la Cuverie et la salle Carrée. Cet artiste de talent livre ses créations aux regards du grand public. Une collection exceptionnelle présentée dans un univers et un imaginaire propres à l’artiste.
 
Ricardo se révèle à travers ses oeuvres, avec des tracés bichromiques en noir et blanc. Ces tracés allient des formes, des techniques de points, entre pleins, déliés, lignes courbes… Ses personnages hybrides interpellent et nous renvoient à nos influences africaines et surtout amérindiennes. Comme une empreinte, il offre à la vue des oeuvres magnifiques qui révèlent ombre et lumière. Impressionné, on ne peut que l’être devant cette profusion de détails, ce travail de précision empreint de génie artistique. Expression libre dans un tracé automatique, les oeuvres de Ricardo Ozier-Lafontaine se déclinent à l’infini.
 

 
Ce martiniquais qui a fait ses études à l’ISCOM Paris en communication visuelle et publicitaire travaille comme éducateur spécialisé de l’enfance en danger. C’est en pleine promotion de son exposition que nous retrouvons Ricardo qui nous accueille avec gentillesse.
 
P.M. : Dès votre enfance, vous baignez dans un environnement propice à la création et à l’expérimentation. Cela vous a-t-il aidé dans votre parcours ?
 
Je suis né dans un atelier. Avec une mère plasticienne, j’ai été plongé très tôt dans l’univers de création et de réflexion, avec aussi une prise de conscience d’une identité martiniquaise forte, mais en même temps ouverte sur le monde.
 
P.M. : On ressent dans vos oeuvres des influences africaines et surtout amérindiennes… Qu’est-ce-qui caractérise votre univers ?

 
En réalité, ce qui caractérise mon univers, est un langage universel propre à la nature humaine. Les influences socioculturelles sont bien là. Mon art se veut être accessible à tous. Je ne veux pas m’enfermer dans cette question de l’identitaire. Je fais partie d’une génération qui propose autre chose, une affirmation caribéenne fondamentale qui se veut aussi universelle avec des pratiques artistiques contemporaines.
 
P.M. : Quel mode d’expression et quel langage pictural ? Le dessin est un élément présent dans vos fondamentaux. Le noir et le blanc omniprésents dans vos oeuvres ? Et vous avez une technique très singulière ?
 
FONDATION CLÉMENT SAISON 2018,REPRODUCTIONS TABLEAUX DE RICARDO OZIER-LAFONTANE.
 
La première spécificité de mon travail, est le va-et-vient permanent entre le dessin et la peinture. La deuxième particularité, est un travail à l’aveugle. Sur les grands formats, sur la toile roulée, je crée sans avoir une visibilité complète de la surface. Je travaille à plat, latéralement de haut en bas et je déroule au fur et à mesure. La troisième caractéristique est le choix du noir et du blanc, parce que c’est pour moi une façon de sortir d’une esthétique imposée avec une codification qui me gêne. J’ai voulu investir une pratique pour casser cette dynamique avec une esthétique qui se veut être ambivalente, à la fois simple et compliquée, afin d’être comprise de tout le monde. Le noir et le blanc restent une façon de toucher l’universel et d’intéresser tous les regards. La quatrième particularité, est l’utilisation des techniques modernes de peinture une fusion entre la peinture acrylique hybride et la peinture classique.
 
P.M. : Quels messages souhaitez-vous véhiculer à travers votre art?
 
La recherche d’une nouvelle vision de la vie et de la société. Une place prépondérante à la création, afin de mieux appréhender les moments difficiles de la vie et un besoin de revenir à l’essentiel.
 
P.M : « RESET », une exposition appréciée du grand public. « Une cosmogonie, un récit de création de l’univers ».  Pourquoi ce titre?
 

 
RESET, comme l’ordinateur, on redémarre une nouvelle configuration. On force l’arrêt pour avoir une nouvelle configuration qui permet de travailler. RESET est un parallèle que j’ai fait avec la société, véritable monde de blocages. On recrée un monde avec les valeurs que je souhaite véhiculer : la tolérance, la place de la spiritualité, le retour à l’essentiel… RESET est une manière de me défaire d’un trop plein d’influences. Je tente de tout oublier tout et je recommence à zéro. 
 
P.M. : Une exposition tout en noir et blanc, un choix. Particularité, en fin de parcours le visiteur découvre le dernier tableau en rouge et noir. Pourquoi ? Et ce point rouge qui revient dans chacune de vos oeuvres ?
 
RICARDO OZIER-LAFONTAINE
 
La toile rouge représente dans l’exposition, l’aboutissement d’un parcours de séries de toiles. On raconte une histoire de la création du monde et puis intervient le dénouement. La toile rouge représente ce dénouement. Elle est aussi le lien avec toutes les autres toiles qui comportent un point rouge et elle représente aussi l’avenir sur le plan technique et celui de la pensée. Après une exposition, on est dans un éternel recommencement.
Quant au point rouge, il est là pour susciter le questionnement des visiteurs. Il créé du lien avec l’artiste.  Tout le monde me pose la question de sa signification. Ce point rouge neutre scelle mon oeuvre comme une lettre postale.
 
P.M. : A travers cette exposition, quels thèmes sont explorés en particulier ?
 
La peinture automatique révélatrice de mémoires oubliées. Nous ne sommes pas assez conscients des mémoires qui nous habitent.  A travers une peinture automatique, les traces de ces éléments resurgissent. Deux notions reviennent l’origine et la guérison.
 
P.M. : Quels sentiments et émotions se dégagent de vos oeuvres ? Comment les appréhender ?
 
Ma peinture est une vraie contradiction. On peut éprouver plusieurs sentiments en même temps, de satisfaction, de bien-être, d’un trop plein. C’est tout cela à la fois. Il y a aussi une dimension onirique, cela suscite des choses très personnelles.  Mais le public est plus apte à en parler.
 
P.M. : Quelles séries sont mises en valeur. Quelles particularités ?  Quelles originalités ?
 
Le travail automatique a fait émerger un travail très graphique, dense, où toute la surface de la toile est colonisée. Il a mis en évidence des petits personnages, êtres hybrides, qui prennent de la place dans le magma de signes retrouvés sur mes toiles. Pendant plusieurs années, j’ai cherché à investir cette peinture et à extirper ces personnages de la toile pour leur donner vie autrement.  Quatre séries se complètent. J’ai ainsi cherché à décrire les écritures intérieures avec la série Le vivant. Dans la série Les signes j’extirpe les personnages pour leur donner vie dans une scène de vie aléatoire. Ces personnages entrent en dialogue et en résonance, ils se parlent. Ils portent en eux tout ce travail automatique d’un corps reconstruit. Cette série mène vers la série Les villes qui sont comme des cartographies et topographies. Avec ses villes, on a une proposition de structuration et puis vient le chaos. On arrive à la série Le réel, où on a une synthèse des trois premières séries. On sort des aplats pour revenir à des choses spontanées mais toujours avec la peinture automatique.
 

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